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Comment gouverner l’Internet au Sénégal ?

lundi 23 septembre 2013

Internet

Beaucoup de panelistes ce sont prononcés sur l’économie numérique, lors d’une rencontre organisée à Dakar. Des discussions autour du thème « le Sénégal dans l’économie numérique : forces et faiblesses » qui ont permis aux différents acteurs de dégager des esquisses de solutions.

« Si les acteurs n’arrivent pas à travailler ensemble, il est impossible de rêver d’une révolution de l’économie numérique au Sénégal », a soutenu l’ancien ministre Moustapha Guirassy. Le président de l’IAM était l’invité spécial de cette rencontre. Pour lui, il faut que les acteurs se mobilisent afin de booster l’économie numérique.

La révolution du numérique est une chance pour l’Afrique. Mais l’Etat doit créer un fonds d’accompagnement pour ces initiatives. Il doit aussi dresser une feuille de route sur le long terme. C’est pourquoi Omar Cissé du CTIC souhaite « un Haut conseil du numérique qui devrait être le point de départ ».

Il poursuit en ajoutant, « il faut avoir une vision à long terme. Cette synergie, c’est pour créer le futur ». Mais, il n’y a pas de visions concrètes.

L’Etat doit jouer son rôle dans le renforcement des capacités. Il doit s’impliquer. Il y a plusieurs documents sur la stratégie nationale d’économie des TIC qui restent dans les tiroirs.

Selon M. Guirassy, l’économie numérique, c’est aussi sa dimension humaine. Ce n’est pas seulement la technologie. Car au Sénégal, 60% de l’économie vient des services. Seul moins de 40% provient de l’industrie et de l’agriculture.

Donc, pour une éventuelle création de synergies chez les acteurs, il faut une certaine unité pour pouvoir créer des emplois. Puisque, chaque année, 200 mille demandeurs d’emplois arrivent sur le marché. L’Etat doit accompagner ces initiatives car l’économie numérique est l’économie de l’intelligence.

Ainsi, le président d’ISOC Sénégal demande une plus forte implication de l’Etat et mettre en place des forces de persuasion et de lobbying visant à élaborer une stratégie nationale d’économie des TIC. « Il faut promouvoir le développement d’applications et de contenus en ligne. Et aussi encourager la formation et l’autoformation. L’Etat doit aussi encourager et soutenir l’entreprenariat », fait-il savoir.

Le Sénégal en retard à cause de l’Etat…

Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) occupent actuellement une place importante dans le quotidien des citoyens sénégalais. Le développement des TIC s’est accompagné par la création de beaucoup de nouveaux emplois.

« On doit mettre l’emphase sur les Petites et Moyennes Entreprises (PME) pour créer de l’emploi. Les PME sont là pour fournir des services à valeur ajoutée pour les clients. L’informatique, le e-banking, l’infographie, les multimédias, les activations mobiles, la formation, bref tout ceci devrait constituer un gros vivier d’emplois pour les jeunes », a affirmé Mouhamed Tidiane Seck, consultant lors du Forum national sur la gouvernance de l’Internet au Sénégal, tenu le 19 septembre 2013 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Ainsi, M. Seck a soutenu que le retard du Sénégal concernant les nouveaux métiers du Web est dû à la faible participation de la société civile et de l’Etat. Pour la société civile, il défend que son rôle, c’est de faire du lobbying pour un cadre juridique et favorable des affaires et surtout pour la participation à la gouvernance.

« Si on est retard par rapport à la technologie numérique au Sénégal, c’est parce que le lobbying est très faible. Il faut des lois sur la société de l’information, le code de télécommunication, un cadre juridique, un cadre pour les affaires. Les Sénégalais doivent faire confiance au numérique », a poursuivi M. Seck, ancien Directeur Général de l’Agence de l’Information de l’Etat (ADIE).

Le consultant trouve que les structures opérationnelles que sont les agences, les établissements publics etc. doivent assurer la mise en œuvre opérationnelle des infrastructures et services propres à l’Etat.

« Les structures opérationnelles doivent aussi et surtout s’appuyer sur le partenariat public/privé pour la gestion optimale des infrastructures mutuelles. Car, les structures de l’Etat n’ont pas l’agilité et la souplesse nécessaire que requiert le domaine de l’économie numérique pour pouvoir s’adapter aux situations et cette adaptation n’est possible qu’en incluant le secteur privé à travers une mutualisation dans l’exploitation et la mise en œuvre d’un certain nombre de points », a-t-il dit.

Mettre des investissements lourds pour tirer le meilleur profit

Pour M. Seck, il s’agit de mettre en place des investissements lourds comme les câbles sous-marins mais également des fibres optiques, car pour accéder aux contenus, il faut un haut débit. « On est frustré, à chaque fois qu’on accède à certains outils sur Internet et se rendre compte que la bande passante n’est pas là. Elle ne sera pas là tant que la fibre optique ne sera pas présente partout dans le pays », a ajouté Mouhamed Tidiane Seck.

Le Sénégal n’est pas seulement en retard par rapport à l’accès Internet, la technologie sensible majeure avec la 3G, la 4G, le WebMax etc., reste aussi un défi à relever. « Ma frustration est de constater qu’au Sénégal, on en est encore au début de la 3G, or c’est une technologie terminée. On a fait l’impasse sur le Wifi public et le WebMax qui sont deux technologies qui n’existent pas. C’est une impasse technologique qui est inacceptable » a regretté Tidiane Seck.

Pour régler les problèmes liés à l’internet et développer l’économie numérique au Sénégal, il faut mettre en place de politiques gouvernementales dynamiques et rigoureuses.

« Il est important que chaque sous-partie de l’Etat puisse bien maitriser son rôle et le jouer pleinement. C’est d’abord l’autorité gouvernementale en charge de l’économie numérique qui doit assurer la mise en œuvre de la vision du gouvernement, du cadre juridique et de la réglementation et surtout, assurer la promotion et le suivi de la mise en œuvre de la stratégie nationale », a insisté M. Seck.

Il faut, en même temps, que les autorités de régulation veillent à un certain nombre de choses essentielles, à savoir le respect des cahiers de charges par les acteurs, le respect de la réglementation en vigueur, la collecte d’éventuelles redevances et pénalités prédisant des lois et règlements.

Mariama Diémè et Souleymane Ndiaye

(Source : Réussir Business, 23 septembre 2013)

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