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Ce que sera la plateforme nationale de paiement mobile

mercredi 1er novembre 2017

Fintech

Le chantier est très bien avancé et le nouveau système démarrera certainement l’année prochaine. Il donnera aux utilisateurs la possibilité de gérer un compte en effectuant des dépôts, retraits et transferts d’argent au moyen du mobile. Les opérations pourront se faire entre les clients de banques, de sociétés de transferts d’argent mais aussi d’opérateurs téléphoniques.

On peut dire que les choses se précisent pour la solution nationale de paiement mobile. Le projet initié conjointement par Bank Al-Maghrib et l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) il y a un peu plus d’un an, a connu d’importantes avancées sur les derniers mois. Les règles de places qui régiront la future plateforme sur les volets fonctionnel, économique et organisationnel sont finalisées. « Comprendre par là que l’on sait aujourd’hui comment va fonctionner la future plateforme, qui aura accès à quelles informations, quels sont les normes et les canaux au moyen desquels l’information circulera… », explique une source proche du dossier.

L’on s’attelle à présent à déterminer les technologies dont on aura besoin et les plateformes techniques qu’il s’agira de mettre en œuvre ou de faire évoluer pour effectivement lancer le dispositif. « Les choses ne devraient pas s’éterniser, sachant que la nouvelle plateforme s’appuiera en grande partie sur l’infrastructure existante qui permet d’effectuer les transactions par carte », explique notre source. Cela fait aussi que l’investissement technique pour démarrer ce système devrait être faible. En fait, au point où en sont les choses, la fin du chantier se profile et le démarrage de la plateforme est d’ores et déjà programmé pour l’année prochaine.

Sur le papier, les promesses de la nouvelle solution sont des plus alléchantes. Il s’agit en effet de donner aux utilisateurs la possibilité de gérer un compte en effectuant des dépôts, retraits et transferts d’argent au moyen du seul téléphone mobile. Si certaines de ces fonctionnalités existent déjà actuellement chez les banques, la grande valeur ajoutée de la future plateforme réside dans le fait qu’elle ouvrira la voie à des transactions entre utilisateurs qui ne sont pas clients du même établissement. C’est justement pour cela que le chantier est pris en charge par les régulateurs du secteur bancaire et télécoms, qui sont les seuls à même de mettre en œuvre une plateforme unifiée au niveau de la place, un pas que n’ont d’ailleurs pas encore franchi plusieurs pays même parmi les plus avancés.

Le souci immédiat est de dématérialiser les versements de petits montants effectués par les particuliers

Mieux encore, les banques ne seront pas les seules à adhérer au système. Celui-ci accueillera aussi les établissements de paiement introduits par la loi bancaire de 2014 qui ont la possibilité, aux côtés des banques, de collecter des dépôts et d’offrir des services de paiement. Ces institutions devraient consister en des intermédiaires de transfert de fonds agréés de fait selon la loi en tant qu’établissements de paiement. S’ajoutent à cela les opérateurs téléphoniques qui devraient tous demander à être agréés en tant qu’opérateurs de paiement, selon les échos du marché.

En somme, dans sa forme aboutie, la plateforme permettra d’effectuer par mobile des opérations de transfert par exemple entre le client de n’importe quelle banque et le détenteur d’un compte ouvert auprès de tout opérateur téléphonique agréé en tant qu’établissement de paiement. De la même manière, un compte peut être alimenté à travers le réseau commercial des opérateurs téléphoniques, les agences bancaires. Il sera encore possible de retirer son argent sur un GAB, tout en ayant ouvert un compte chez un opérateur télécoms.

Les possibilités que cela ouvre sont non négligeables et justement un travail préliminaire d’identification des premiers flux de transaction qui pourraient passer à travers la plateforme a déjà été effectué. Le souci dans l’immédiat semble être de dématérialiser surtout les versements de petits montants effectués par les particuliers, ce qui s’accorde avec les objectifs primordiaux de la plateforme consistant en la réduction de la circulation du cash et le développement de l’inclusion financière. Ce qui fait d’ailleurs que la nouvelle plateforme ne se positionne pas en concurrente du paiement par carte, mais comme alternative au paiement en espèces. Dans ce sillage, l’idée est de favoriser le recours à la plateforme pour les transferts nationaux entre particuliers de faibles montants et surtout leurs emplettes dans le commerce de détail. S’agissant de ce dernier usage, le principe est que de petits achats chez l’épicier par exemple puissent être réglés directement de compte mobile à compte mobile. Les pré-requis pour cela est que bien sûr l’acheteur dispose d’un compte mobile et à ce titre plusieurs solutions devraient être proposées par les banques et les établissements de paiement, comprenant le compte bancaire classique associé à un numéro de mobile ainsi que différentes formules de comptes de paiement assorties respectivement de plafonds de dépôts de 200 DH, 5 000 DH et jusqu’à 20 000 DH. Pour gérer leur « wallet » électronique les clients devront télécharger des applications mobiles diffusées par les établissements.

Des tarifs très raisonnables

De l’autre côté, les petits commerçants devront ouvrir des comptes spécifiques pour loger les paiements qu’ils reçoivent. Leur adhésion au système étant loin d’être acquise, les initiateurs de la nouvelle plateforme pensent d’ores et déjà à des incitations à mettre en place. Une des idées évoquées suggère par exemple de financer les frais d’équipement des petits commerces au moyen des aides prévues dans le cadre du plan Rawaj visant la modernisation de la distribution traditionnelle. Les concepteurs du nouveau système ont même l’espoir que les petits commerces utilisent eux-mêmes leurs comptes mobiles pour effectuer des paiements vers leurs fournisseurs. Là n’est pas tout et l’on souhaite aussi que les pouvoirs publics jouent le jeu pour faire rentrer le nouveau système au plus vite dans les mœurs. Il est concrètement question que le versement des prestations sociales de faibles montants passe désormais par la plateforme de paiement mobile. D’autres usages que l’on cherchera à intégrer au plus vite à la plateforme concernent le paiement de factures de services en réseau ou encore l’achat de recharges téléphoniques.

Au vu des montants relativement faibles qui transiteront par la plateforme, les spécialistes s’attendent à ce que la tarification des opérations soit très raisonnable. L’objectif affiché dès le lancement du projet était à ce titre de garantir le bas coût du système pour en favoriser la diffusion.

Reda Harmak

(Source : La Vie Eco, 1er novembre 2017)

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