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Avec le fonds Partech Africa, Cyril Collon et Tidjane Deme visent les start-up aux ambitions panafricaines

mardi 6 février 2018

Portrait/Entretien

Lancé le 18 janvier, le fonds Partech Africa, lancée par la société Partech Ventures et destiné aux jeunes pousses du continent, est doté de 57 millions d’euros. Ses dirigeants Cyril Collon et Tidjane Deme détaillent leurs objectifs.

D’abord filiale de la banque Paribas, Partech Ventures s’est taillé une solide réputation dans la Silicon Valley dans les années 1980. Aujourd’hui la société s’est imposée comme l’un des premiers investisseurs mondiaux dans les technologies. Elle réalise près de 70 prises de participation par an et a levé plus d’un milliard d’euros entre 2016 et 2017.

En lançant le 18 janvier le fonds de capital-risque Partech Africa, qui à terme sera doté de 100 millions d’euros, elle mise sur les jeunes pousses du continent, dans lesquelles elle injectera entre 500 000 et 5 millions d’euros. Prêt à investir, le fonds est en quête de ses premières cibles.

À quelques heures d’une tournée au Ghana et au Nigeria, à la recherche de futures « gazelles » – à défaut de licornes – qu’ils pourront aider à grandir, les deux dirigeants de Partech Africa, Tidjane Deme, ex-directeur de Google en Afrique francophone, et Cyril Collon, ancien vice-président des ventes pour l’Europe et l’Afrique de Verscom Solutions, ont répondu à nos questions.

Jeune Afrique : Vous avez levé 57 millions d’euros. Vous avez un discours très positif à la fois sur les opportunités d’investissements et sur l’intérêt des bailleurs de fonds. Trouver des partenaires a-t-il été si simple ?

Cyril Collon : À l’échelle du continent dans le domaine du capital-risque, la levée s’est faite plutôt rapidement : une grosse année de travail.

Tidjane Deme : Lever ces fonds n’a été possible que parce qu’il y a eu la combinaison de notre expérience du terrain, de la technologie et de la réputation Partech. Ensuite, nous arrivons sur le marché à un moment intéressant en matière de disponibilité des technologies pour les usagers, mais aussi d’intérêt des bailleurs. Entre 2012 et 2016, les investissements dans le secteur de la technologie en Afrique ont été multipliés par presque 10, de 42 millions à 367 millions de dollars. Pour l’année 2017, le chiffre va dépasser 500 millions.

Sur le créneau du capital-risque dévolu aux technologies, on compte peu de fonds

Vous insistez sur l’engouement des investisseurs… mais certains fonds font machine arrière en Afrique.

T.D. : Le capital-investissement est un marché ancien qui connaît des hauts et des bas. Sur le créneau du capital-risque dévolu aux technologies, on compte peu de fonds, et aucun n’est en train de se retirer. Le mouvement va dans l’autre sens.

Vous avez annoncé vouloir lever 100 millions au total, à quelle échéance pensez-vous y arriver ?

C.C. : Nous n’avons pas de calendrier précis. Nous travaillons actuellement sur une deuxième collecte de fonds avec d’autres investisseurs qui devrait être finalisée dans les prochains mois. Ce sera fait en 2018.

Quand pourrez-vous annoncer vos premiers investissements ?

T.D. : Le plus tôt possible.

Vous mettez en avant plusieurs institutions comme IFC ou la Banque européenne d’investissement parmi vos partenaires, en quoi est-ce important ?

C.C. : Le fait d’amener pour la première fois ces grands bailleurs à investir dans un fonds de capital-risque consacré à la technologie en Afrique constitue un changement de paradigme très clair.

T.D. : C’est une année durant laquelle nous avons fait un important travail de communication. Au-delà de Partech, je pense que tout l’écosystème va en profiter.

Un investisseur est africain s’il est présent sur le terrain, s’il est capable d’apprécier l’environnement dans lequel il travaille et tisser des réseaux pour accompagner les start-up d’un pays à l’autre

Pourquoi avez-vous tenu à avoir aussi le soutien de groupes privés tels Orange ou JCDecaux ?

T.D. : Grossièrement, les institutionnels et les privés apportent chacun 50 %. C’est très important parce que cela permet de mettre les start-up africaines en relation avec des partenaires globaux qui vont les aider à adapter leur modèle sur le continent et en dehors. C’est la possibilité par exemple de pouvoir coupler les besoins d’une de nos start-up avec la présence d’Orange dans plus de vingt pays en Afrique.

C.C. : L’étape suivante consistera à amener de grands groupes africains à venir se positionner sur le fonds.

Vous vous considérez comme un fonds africain ?

T.D. : Pour nous, une start-up est africaine lorsqu’elle évolue sur un marché africain, et un investisseur est africain s’il est présent sur le terrain, s’il est capable d’apprécier l’environnement dans lequel il travaille et s’il peut tisser des réseaux pour accompagner les start-up d’un pays à l’autre. C’est un travail qu’un capital-risqueur non africain ne saura pas faire.

C.C. : Notre bureau se trouve à Dakar, et l’équipe d’investissement sera sur le terrain. Nous commençons à trois, et dans les mois à venir nous allons recruter à Dakar, à Nairobi et à Lagos. À cela il faut ajouter une dizaine de personnes installées à Paris.

Il faut sortir du mythe des licornes. Il y a de belles gazelles qui courent dans les savanes africaines

L’écosystème numérique africain compte 300 hubs technologiques et quasiment aucune licorne (start-up dont la capitalisation dépasse un milliard de dollars), en dehors de Jumia. N’est-ce pas décevant ?

T.D. : Je me souviens de l’époque où chez Google nous avons financé les premiers hubs. L’objectif était d’en avoir une dizaine. Très vite, c’est devenu « hors de contrôle ». Ce sont de vrais catalyseurs de l’entrepreneuriat technologique. Il n’y a pas de déception. On est au début de l’histoire.

En 2016, 77 start-up ont levé entre 200 000 et 40 millions d’euros, et en 2017 elles ont été près du double. Il faut sortir du mythe des licornes. Il y a de belles gazelles qui courent dans les savanes africaines.

Quels sont les domaines qui vous intéressent le plus ?

C.C. : Nous visons des start-up qui utilisent la technologie pour régler des problèmes structurels et donc qui ont au minimum une ambition panafricaine dans les domaines de la fintech, de la santé, de l’éducation, du commerce, de la mobilité…

T.D. : La lame de fond, c’est la fintech, la digitalisation des moyens de paiement. Et cela va entraîner une vraie révolution, car ces entreprises enregistrent des données sur les transactions, sur les comportements, qui vont par exemple permettre de développer de l’octroi de crédit, y compris pour le secteur informel. L’impact de la « tech » sur l’informel va être déterminant.

Julien Clémençot

(Source : Jeune Afrique, 6 février 2018)

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