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Au Sénégal, le E-learning pour palier la fermeture des campus

dimanche 25 juin 2023

Enseignement à distance

Les universités publiques sénégalaises sont de nouveau contraintes à basculer vers l’enseignement en ligne à distance, après la fermeture des campus à la suite de saccages lors des manifestations politiques en début juin.

Depuis le 15 juin dernier, les étudiants des universités publiques sénégalaises vont devoir terminer l’année académique en faisant recours à l’enseignement en ligne.

Suivre des cours en ligne n’est pas un fait nouveau pour les étudiants de l’université virtuelle du Sénégal beaucoup d’étudiants et de professeurs au Sénégal, la Covid-19 étant passée par là avec son corollaire de nouveaux usages.

Cependant, les débuts n’ont pas été faciles, selon Ousmane Faye, qui est étudiant dans une université privée à Dakar : « Ce qu’on connaissait auparavant, c’est au moins avoir un professeur ou bien un tuteur devant nous pour nous expliquer les leçons. Mais là, le professeur, tu le vois à distance. Et quelquefois, tu ne le vois même pas, tu entends seulement sa voix. C’est un travail autonome qu’il faut faire. »

Avantages

Pour un pays qui a déjà connu une année blanche en 1988 et une année invalide en 1994, suite à des grèves et manifestations estudiantines, la possibilité de poursuivre les enseignements en ligne sauve l’année scolaire en permettant de respecter le quantum horaire.

Pour Babacar Mbaye, informaticien et enseignant à l’université virtuelle du Sénégal, le e-learning présente aussi des atouts pour l’apprenant à cause de sa « flexibilité » qui permet à l’étudiant de revenir plusieurs fois sur la plateforme pour revisiter les cours, revoir les enregistrements vidéo ; ce qui induit une meilleure rétention des apprentissages.

Mais pour profiter des opportunités qu’offre l’enseignement en ligne, il faut avoir accès à un terminal, mais surtout à un internet de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines zones rurales.

Le défi de l’accès à Internet

À l’annonce de la fermeture des campus par les autorités, beaucoup d’étudiants sénégalais ont pris d’assaut les gares routières pour rentrer chez eux, parfois à des centaines de kilomètres de Dakar.

Dans ces zones rurales, la couverture en Internet de qualité est souvent difficile. La décision de poursuivre les enseignements en ligne a motivé certains étudiants à revenir vers les centres urbains mieux desservis en accès internet.

Des saccages en début juin à l’université Cheikh Anta Diop ont poussé les autorités sénégalaises à fermer le campus.

Pour éviter ces désagréments à certains de ses étudiants, le Centre d’étude de sciences et techniques de l’information (CESTI) de Dakar a privilégié une approche qui consiste à recenser les étudiants qui habitent dans des zones où il n’y a pas d’Internet et demander aux professeurs de leur envoyer les supports pédagogiques « Et là, il y a un traitement spécifique qui fait que le prof pourra interagir avec ces étudiants une fois qu’ils auront pris connaissance du contenu du cours », renseigne Moumouni Camara, qui est le directeur des études au Cesti.

Par ailleurs, le téléchargement de vidéos et de certains supports pédagogiques sur les plateformes est coûteux pour un étudiant. Ousmane Faye plaide pour ses camarades : « ce serait bien aussi d’octroyer des offres de connexion internet qui pourraient leur faciliter le suivi des cours à distance. »

La formation comme préalable

Babacar Mbaye relève l’importance de développer les capacités des universités. « Une université qui n’a pas cette vocation d’enseignement en ligne parfois est confrontée à la mise en place des ressources pédagogiques parce que pour les mettre en place, il faut former un enseignant, lui donner un canevas qu’il met en cours avec des vidéos, des quizz et également des travaux pratiques. » Mais il précise aussi que cette formation doit s’adresser aux étudiants, « sur les outils informatiques et l’utilisation des plateformes en ligne. »

Selon Babacar, la solution peut résider dans la création d’instituts de formation à distance au sein des universités, comme dans celle de Bambey dans laquelle il dispense des cours.

Faits et chiffres sur l’enseignement numérique à distance en Afrique subsaharienne

La question de l’efficacité de l’enseignement numérique à distance préoccupe, bien qu’il n’y ait pas encore une étude claire pour juger de l’efficacité de ce type d’enseignement.

Dans un rapport de l’Unesco publié en 2020, environ 826 millions d’élèves et d’étudiants dans le monde n’avaient pas accès à un ordinateur à domicile et 43 % soit 706 millions n’avaient pas internet à la maison.

Dans les pays à faible revenu, notamment en Afrique subsaharienne, la disparité est encore criarde, 89% d’apprenants n’ont pas accès aux ordinateurs familiaux et 82% n’ont pas internet, souligne le rapport.

Environ 56 millions d’apprenants vivent en des lieux non desservis par les réseaux mobiles, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne déplore l’Unesco.

Sans oublier qu’en Afrique subsaharienne, seuls 64 % d’enseignants du primaire et 50 % de ceux du secondaire ont reçu une formation minimale qui, souvent, n’inclut pas de compétences en TIC.

L’Unesco recommande de multiplier les efforts pour une connectivité pour tous afin d’améliorer l’expérience du E learning.

L’organisation préconise aussi comme alternative le recours aux émissions de radio et de télévisions communautaires pour une large diffusion des cours surtout en zone rurale, et la formation des enseignants aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Oumou Kalsoum Ba

(Source : BBC Afrique, 25 juin 2023)

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