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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2023 > Août 2023 > Au Cameroun, 79,6 % des investisseurs en cryptomonnaies sont rémunérés via (…)

Au Cameroun, 79,6 % des investisseurs en cryptomonnaies sont rémunérés via des moyens à faible niveau de traçabilité

mercredi 30 août 2023

Fintech

Malgré leur niveau d’instruction élevé, les investisseurs camerounais en cryptomonnaies accordent très peu d’importance à l’encadrement juridique de leurs placements. Plus de 60% d’entre eux ne reçoivent pas un contrat au moment de leur adhésion à des entreprises proposant ce genre de produits d’investissement.

Près de 80% des investisseurs camerounais en cryptomonnaies reçoivent leurs bénéfices par des moyens de paiement à faible niveau de traçabilité de la part de nombreuses entreprises opérant dans ce domaine sans un véritable contrôle, selon un rapport publié le 24 août par le ministère camerounais des Finances.

Intitulé « Etude sur le développement de la cryptomonnaie et des activités relevant du système de Ponzi au Cameroun », le rapport se base sur une enquête menée sur le terrain auprès de 18 entreprises offrant les « services de cryptomonnaies » et de 1872 individus effectuant les placements dans ces actifs numériques.

Au vu de l’illégalité de l’activité des entreprises proposant des produits d’investissement dans les cryptoactifs au Cameroun, la réception des revenus des placements par les investisseurs se fait essentiellement via les retraits en espèces dans les locaux de ces structures (28,2%) et le mobile money (51,4%). Les virements bancaires ne sont utilisés dans les rémunérations qu’à hauteur de 20,4%.

Pour effectuer des placements, les investisseurs interrogés utilisent également des moyens à faible traçabilité. Près de 50% font des dépôts en espèces, et 31,4% recourent aux dépôts via les services de mobile money.

Ces canaux de paiement et de dépôt à faible niveau de traçabilité sont d’autant plus inquiétants que le Cameroun a estimé à 160 milliards FCFA les flux illicites liés à l’utilisation des cryptomonnaies par des terroristes pour la période 2018, dans sa première évaluation nationale des risques (ENR) de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme.

Les investisseurs sondés, dont la moyenne d’âge se situe à 31 ans et les revenus sont dans l’écrasante majorité des cas moyens ou bas, accordent également très peu d’importance à l’encadrement juridique de leurs placements bien que près de 65% d’entre eux soient des diplômés du supérieur.

39,3% seulement des répondants affirment avoir reçu un contrat au moment de leur adhésion aux entreprises proposant des produits d’investissement dans les cryptomonnaies, et parmi eux, 89% affirment avoir effectivement pris connaissance du contenu dudit contrat avant la signature.

300 dollars par semaine

Le rapport révèle d’autre part que les revenus générés par les investissements en cryptomonnaies sont très inégalement répartis, ce qui suggère que certaines entreprises offrant des produits d’investissement dans les cryptoactifs mettent parallèlement en place un système de Ponzi, qui est un montage financier frauduleux consistant à rémunérer les souscripteurs, non pas par le fruit des investissements ou des placements, mais par les fonds procurés par les nouveaux clients.

Par ailleurs, les dividendes ne sont pas conformes aux accords de base passés entre les investisseurs et les entreprises dans 48,5% des cas. Cela s’explique d’une part par le fait qu’il s’agit d’activités non encadrées par les autorités, et d’autre part par l’absence de véritables contrats entre les parties.

Sur un autre plan, le rapport indique que les activités officielles des entreprises opérant dans le domaine des cryptomonnaies comme Highlife International Cameroon, Global Investment Trading, Wealth et Africa’Lif et Mekit Invest, concernent globalement « les conseils en investissement sur les marchés financiers, l’achat et la vente en ligne ainsi que la gestion des portefeuilles de cryptoactifs ». Les investissements dans les cryptomonnaies proprement dites concernaient uniquement Global Investment Trading (GIT), détenteur de Liyeplimal, dont les adhérents étaient estimés à 90 000 pour cette activité en 2021.

L’investissement moyen d’un client/investisseur en cryptomonnaies s’élève à 1600 dollars, (environ 800 000 FCFA) tandis que la moyenne des dépenses de rémunération d’un client/investisseur est estimée à 300 dollars, soit 150 000 FCFA par semaine.

Le fait d’apporter de nouveaux clients dans l’activité ne confère pas seulement aux souscripteurs une augmentation de leur rémunération, mais également d’autres avantages tels que les commissions/pourcentages sur les investissements et/ou revenus des nouveaux adhérents. Ce mode de récompense est le même utilisé dans le cadre d’un système de Ponzi.

Pour limiter les risques liés aux activités des sociétés proposant des produits d’investissement dans les cryptoactifs , le rapport recommande aux autorités d’interdire formellement les activités relevant du schéma de Ponzi et de sensibiliser le public sur ce système et ses modes opératoires ; de lancer une investigation auprès des entreprises exerçant dans le domaine des cryptomonnaies afin d’évaluer les risques et de prendre les décisions appropriées ; et d’étudier au niveau de la BEAC la possibilité de l’introduction dans la zone CEMAC d’une monnaie numérique de banque centrale.

(Source : Agence Ecofin, 30 août 2023)

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