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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2005 > Février > Attribution d’une troisième licence de télécoms : Des incertitudes qui (…)

Attribution d’une troisième licence de télécoms : Des incertitudes qui pèsent sur le marché

mardi 8 février 2005

Privatisation/Libéralisation

Ce sera tout bénef pour les usagers et très certainement pour l’Etat sénégalais de vendre une troisième licence de télécoms. Cependant, il convient de prendre conscience de certaines incertitudes afin de se donner au minimum, les moyens d’établir un marché profitable au pays et à ses populations.

Le responsable de l’Art l’a rappelé au cours d’une rencontre, hier, avec la presse : "Une licence de télécoms, c’est un droit attribué par décret portant
approbation d’une convention de concession et d’un cahier des charges." C’est ce cahier des charges qui est fondamental pour ce qu’il canalise les obligations de
l’opérateur dans son exploitation, vis-à-vis des usagers.

Le marché des télécommunications au Sénégal sera inéluctablement un marché de type concurrentiel. Il l’est déjà, telle est la volonté des pouvoirs publics,
tout en étant la nouvelle donne dans le secteur à l’échelle planétaire. De plus en plus, les opérateurs des télécoms considèrent le Sénégal comme une sorte de tête de pont qui doit leur ouvrir l’accès au « vaste marché africain ». Le Sénégal présente actuellement de bonnes performances au niveau des télécommunications, actuellement en pleine croissance avec un chiffre d’affaires de 230 milliards de
francs CFA en 2003, soit 6% de l’économie sénégalaise. Avec un taux de pénétration qui a triplé entre 2000 et 2004 en atteignant un taux de 8,5%, le marché de la téléphonie mobile dont le chiffre d’affaires est en hausse, continue depuis quelques années, d’être le fer de lance du secteur des télécommunications, tandis que, riche de quelque 228.884 lignes en 2003, le réseau fixe qui représente un chiffre d’affaires de 125 milliards de francs CFA
a connu une croissance plutôt mitigée depuis l’apparition du réseau GSM. Aussi, le nouvel opérateur qui aura la possibilité d’exploiter les réseaux fixe et mobile devra-t-il également contribuer à la réalisation des objectifs définis par la politique sectorielle de l’Etat, qui ambitionne de raccorder plus de 9.500 villages d’ici à 2008 et 14.200 villages en 2010. Pour autant, il convient de prendre conscience de certaines incertitudes afin de
se donner au minimum les moyens d’établir un marché profitable au pays et à ses populations.

Efficacité des mécanismes régulateurs ?

À l’aune de l’ouverture du marché sur tous ses segments, La concurrence qui n’attire souvent que des entreprises à la recherche de profits rapides ne s’intéressant qu’aux marchés de niches au détriment su service public n’est pas
pour autant la solution. L’Etat, après avoir touché l’argent des privatisations, tout en étant bien inspiré de reprendre son rôle de régulateur, a encore fort à
faire pour imposer la satisfaction des besoins de service public, et ne pas se contenter d’empocher d’éventuelles fortes pénalités que doit payer l’opérateur pour ne pas avoir respecté ses engagements.

Par ailleurs, de plus en plus se développent de par le monde des réseaux à guichet unique gérés par de gros opérateurs (British Télécom en est un des précurseurs) qui permette aux multinationales d’établir directement des
communications par satellite avec l’ensemble de leurs filiales, moyennant l’installation sur chaque site d’une petite antenne VSAT, guère plus grande qu’une antenne parabolique. Les risques que peuvent entraîner ces systèmes ne se limitent malheureusement pas à des pertes directes de chiffres d’affaires. Il y a également de fortes menaces de détournement de trafic, les entreprises concernées pouvant servir, par le canal de leurs installations, de noeuds de
transmission à des entreprises voisines. De la même manière, certaines entreprises étrangères installées font jouer les différences sur les tarifs internationaux par le biais de serveurs vocaux de rappel automatique. Ainsi, les
communications sont toujours établies de manière unilatérale à partir du pays aux tarifs les moins élevés. Conséquence, l’ouverture du secteur peut constituer
un facteur de fuite de trafic vers les gros opérateurs internationaux.

Il s’y ajoute que le marché des télécommunications, à l’instar de tous ceux qui s’appuient sur un réseau, a ceci de particulier qu’il n’est intéressant du point de vue de l’Etat, garant de l’intérêt général et de l’égalité de chances entre les citoyens, que si le maximum d’usagers peuvent accéder aux services offerts. Qu’en est-t-il réellement du Sénégal ? Les mécanismes régulateurs devront en tout cas être efficaces, et équilibrés entre les futurs opérateurs d’un marché ouvert, pour poursuivre les investissements non rentables jusqu’ici à la charge de l’opérateur national, il faut le rappeler.

Il est heureux cependant, que « Cette licence n’aura pas seulement des retombées financières mais aussi sociales avec la politique définie par l’Etat », comme l’a relevé le responsable de l’ART, selon qui les opérateurs doivent également participer à la réalisation des infrastructures.

Malick NDAW

(Source : Sud Quotidien, 8 février 2005)

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