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Accueil > Ressources > Points de vue > 2001 > A quand la libéralisation de l’internet au Sénégal ?

A quand la libéralisation de l’internet au Sénégal ?

lundi 21 mai 2001

Point de vue

Le secteur des télécommunications est pris en otage au Sénégal par la Sonatel, qui jouissant d’un monopole injustifié, ne s’efforce aucunement à développer un secteur qu’il considère comme menaçant pour ses activités.
Le Sénégal qui fut il n’y a guère longtemps, un des leaders en Afrique en matière de Télécom et notamment en matière d’Internet, est aujourd’hui
passé loin derrière des pays comme le Togo. la Côte d’Ivoire, le Mali et
même la République de Guinée pour ne citer que ceux-là.

Aujourd’hui, il est urgent de tirer sur la sonnette d’alarme car on perd
du temps, beaucoup de temps ! Le secteur a besoin d’être libéralisé pour
le grand bien des populations du Sénégal. On ne peut s’éterniser sur
des lois artisanalement façonnées pour faire plaisir à la Sonatel. Le sec-
teur privé développera Internet au Sénégal, sinon’ ce ne sera pas la
Sonatel.

La Sonatel, meilleure compagnie sénégalaise, ouest-africaine, meilleure ceci, meilleur cela et tralala ... qui ne l’a pas entendu plusieurs fois ?
Mais il n’en est rien ... La SONATEL est le SEUL et UNIQUE responsable de la cherté des communications vers le Sénégal. Si vous avez bien remarqué les prix ont chuté pendant les 2 dernières années parce qu’il y a eu des compagnies qui ont commencé à exploiter le VOIP et beaucoup de compagnies de Télécom (principalement aux USA) utilisaient cette nouvelle technologie qui est moins chère pour acheminer les appels vers le Sénégal.

Il est vrai que la Sonatel ne fixe certes pas les « prix », mais négocie quand même les tarifs avec les autres pays et c’est bel-et bien sur cette base
que les prix sont établis. Cela nous amène à parler à présent du système
des taxes de répartitions très brièvement :

Les taxes de répartitions (ou accounting rate system) sont un système archaïque de transfert de paiements entre différentes compagnies dans différents pays du monde. Ces compagnies négocient d’habitude un
tarif et se partagent 50/50 les recettes pour chaque minute de communication entre ces 2 pays. Ces tarifs ne peuvent être changés que sur un accord bilatéral de révision des tarifs. A la fin de chaque cycle, chaque pays totalise le nombre de minutes qu’il a envoyé de l’autre côté et verse le nombre de minutes multiplié par la moitié du taux (settlement rate). Un exemple bien simplifié, supposons que les USA ont, au cours d’un mois, envoyer 8 millions de minutes de trafic a la Sonatel pour qu’elle les termine sur Dakar ou ailleurs au Sénégal, et que le taux est fixé à 40 cents ou 0,40$ alors, la Sonatel recevra : $0,20 x 8.000.000 = $1.600.000 des USA. (1.128.000.000 CFA).

Même chose pour la France, l’Italie, l’Espagne, l’Australie, etc. Bien sûr la
Sonatel devra aussi payer pour toutes les minutes de communications
qu’elle envoie vers ces pays mais c’est vraiment insignifiant comparé aux
nombres de minutes qui proviennent de l’étranger (les communications
internationales se faisant beaucoup plus dans le sens "Etranger vers
Sénégal ’’). Ce sont des milliards et des milliards que la Sonatel reçoit tous les mois des autres pays sous ce régime. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à
regarder dans leur compte de résultat le montant des redevances perçues
sur les communications venant de l’extérieur.

Ce taux d’échange est la base des prix de communications internationales dans tous les pays du monde. Si téléphoner en Gambie coûte moins cher, c’est parce que les Gambiens ont négocié un tarif moins cher. La Sonatel a imposé des tarifs trop élevés et c’est pourquoi il est plus cher d’appeler le Sénégal qu’il ne l’est pour la Gambie, le Mali, le Ghanà, le Nigeria, et même la Cote d’Ivoire. Et c’est très simple : le jour où la Sonatel acceptera de réduire ses tarifs et bien les prix payés par nos honnêtes concitoyens de l’étranger baisseront, c’est aussi simple que cela et ça n’a rien de magique !!!

"Saviez vous que 98 des lignes résidentielles au Sénégal’ sont non
rentables", nous disait récemment un cadre de la Sonatel.

Et pourtant, dans notre cher Sénégal, un abonné qui ne fait aucun
appel paye à la Sonatel 13 OOO CFA a chaque fin du mois pour des frais de
maintien où je ne sais quoi.Multipliez cela par les plus de 200 000 abonnés de la Sonatel et vous verrez vous-même que c’est plus de 2 milliards 600 millions CFA que la Sonatel encaisse au pire des cas c’est-à-dire si aucun abonné ne passe d’appel téléphonique. Qu’on ne nous parle pas de rentabilité alors, cela porte bien un nom : LE RIBA !!!

Nous comprenons qu’il soit tout a fait logique que les investissements
qu’a faits la Sonatel doivent être rentabilisés et amortis, mais pas au
détriment du consommateur tout de même. Il n’appartient pas aux
consommateurs de continuer à payer les yeux de la tête tout simplement
parce qu’une compagnie a décidé d’investir dans une technologie qui
n’est pas forcément la meilleure et la moins chère. Et c’est ce que la
Sonatel a fait depuis plusieurs années à nos frais, nous pauvres abonnés
sénégalais.

Aujourd’hui, sous je ne sais quelle prétexte, la Sonatel a sournoisement
décidé de bloquer, il y a quelques semaines, le VOIP (voice over IP/
téléphonie par Internet) en filtrant le trafic Internet sur le Sénégal sans
aucun fondement légal et personne (je veux dire aucune autorité) ne dit
rien. Ce qui fait que le Voip marche vers TOUS les pays du monde actuel-
lement SAUF AU SEN EGAL !!! Ceci au grand dam de mes parents modou-
modou de la diaspora. En fait c’est même plus grave car la Sonatel utilise
elle-même cette technologie (chutt, ne dites rien car elle ne le dit à per-
sonne !).

Ce qui fait qu’elle a carrément accaparé ce secteur en usant de son
pouvoir monopolistique en matière’ d’acier à Internet pour exclure tout le
monde de ce secteur, qui je le rappelle relève des services à valeur ajoutée et qui donc est ouverte à la concurrence libre (cf. Cahier des charges de la Sonatel et Loi n° 96-03 du 22 février 1996 portant Code des télécommunications). Vous vous rendez compte ?

Avec ça on aspire au Sénégal à être le leader des nouvelles technologies de l’information et de la communication en Afrique de l’Ouest. Eh bien
réveillons-nous et détrompons-nous très très vite, car la Sonatel ne fera
rien pour développer ce secteur qui est très menaçant pour sa survie.
CECI EST INADMISSIBLE ET DOIT CESSER IMMEDIATEMENT !!!

J’en appelle solennellement au sens des responsabilités des nouvelles autorités de ce pays, avec bien entendu en tête son Excellence le
Président de la République, ce grand connaisseur et féru de Nouvelles
Technologies.

L’avis que je partage par contre avec d’autres, c’est de procéder méthodiquement et objectivement quand il va falloir ouvrir le marché.

Le Sénégal est aujourd’hui le seul pays du monde connecté sur Internet, mais privée des services essentiels au développement de certaines applications multimédia, seulement parce qu’une compagnie qui n’a pas su suivre l’évolution des technologies et qui a pendant longtemps beaucoup investi dans les technologies archaïques et vétustes aux frais du pauvre sénégalais, une compagnie où la culture de rente est profondément enracinée, tente désespérément de survivre en usant de pratiques mesquines et déloyales. Mais une chose est sure, on n’arrête pas la
mer avec ses bras comme dit l’adage et la Sonatel peut certes retarder
l’évolution du secteur, mais ne peut aucunement arrêter la révolution des
techniques de communication.

On a assez perdu de temps comme ça, et nous ne pouvons pas en perdre
davantage, car une chose est certaine : en matière de NTlC, un an de perdu c’est un siècle à rattraper pendant que les autres pays avancent !
Je ne saurais terminer mon propos sans vous laisser méditer sur ces
sages paroles de Wolof N diaye, le très malin : « Soyy daqh nit, mou raww la té gueunn la gaaw, dapp ko di na doy waar ! » (Si tu poursuis quelqu’un de très rapide et qui, de surcroît, a une avance considérable sur toi, il te sera bien difficile de le rattraper !)

Assane Guèye
E-mail : albert@seneweb.com
BP : 3003 Thiès
Sénégal

(Source : Le Soleil, 21 mai 2001)

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