4 ans après, le pari éthiopien de Safaricom entre avancées et contraintes
dimanche 1er novembre 2026
La libéralisation du marché télécoms éthiopien a été lancée en 2018, avec l’ambition de mettre fin au monopole d’Ethio Telecom. Elle a notamment vu l’attribution de 2 licences à des opérateurs privés, et l’ouverture partielle du capital de l’opérateur historique à des investisseurs privés.
Lancée commercialement en octobre 2022, Safaricom Ethiopia a célébré en octobre 2026 quatre années de présence sur le marché éthiopien. Mais alors que son implantation progresse, l’ouverture du marché à un troisième opérateur national reste en suspens. Annoncée dans le cadre de la libéralisation engagée en 2018, cette nouvelle entrée peut-elle encore se concrétiser ?
Une progression notable
En 4 ans, Safaricom Ethiopia s’est constitué une base importante de clients. À la fin de l’exercice 2025/2026, en mars, l’opérateur comptait 13,6 millions de clients actifs sur 90 jours, dont 10,4 millions d’utilisateurs de données mobiles. Sa solution de paiement M-Pesa totalisait 5,2 millions de clients actifs, et s’appuyait sur un réseau de plus de 70 000 commerçants. Sur la même période, les revenus issus des services ont atteint 15,9 milliards de birrs (environ 98,7 millions USD), en hausse de 130,9 % sur un an.
L’entreprise a parallèlement étendu son réseau. À fin mars 2026, elle disposait de 3 504 sites et couvrait 59 % de la population en 4G. Début septembre, elle indiquait avoir dépassé les 3 500 sites et atteint environ 60 % de la population. Le groupe chiffre à 2,6 milliards USD le financement total mobilisé pour son activité éthiopienne à fin mars 2026. Il vise désormais l’équilibre opérationnel avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements au cours de l’exercice 2026/2027.
Ces résultats témoignent d’une progression rapide, mais les ambitions de départ étaient élevées. Le projet de développement du réseau sur dix ans avait été estimé à environ 8 milliards USD. Safaricom envisageait initialement de disposer de 10 000 à 12 000 sites au cours de sa dixième année d’activité. Ce dernier objectif a ensuite été ramené à une fourchette de 8 000 à 10 000 sites. De même, les prévisions de dépenses d’investissement sur cinq ans ont été réduites de 1,5 à 2 milliards USD à 1 à 1,3 milliard USD.
Des contraintes qui pèsent sur l’expansion du réseau
Depuis son arrivée, Safaricom a signalé plusieurs difficultés opérationnelles et économiques. La situation sécuritaire dans certaines régions a, par exemple, compliqué le déploiement du réseau et l’acquisition de nouveaux clients.
En mai 2024, son directeur général d’alors, Wim Vanhelleputte, indiquait que 500 tours télécoms de l’entreprise se trouvaient dans la région d’Amhara, où des restrictions liées à l’état d’urgence limitaient l’accès aux données. Des contraintes de transport dans l’Oromia avaient également affecté les opérations. Dans son rapport sur l’exercice 2024/2025, Safaricom a indiqué que l’inaccessibilité de certaines zones pour des raisons de sécurité avait freiné l’expansion de la couverture et empêché d’atteindre les objectifs de croissance de clientèle.
Les difficultés ne concernent pas uniquement le terrain. La dépréciation du birr a généré des pertes de change, les dépenses d’investissement, les paiements aux fournisseurs et une partie des engagements financiers étant libellés en devises étrangères. Ces pertes ont pesé sur les résultats financiers de la filiale. Safaricom a également identifié l’accès limité des consommateurs aux smartphones comme un frein à l’extension des usages numériques, dans un pays où la croissance du nombre de clients ne se traduit pas automatiquement par une utilisation régulière des services Internet mobiles.
Une concurrence qui interroge
Le cadre concurrentiel fait lui aussi partie des préoccupations exprimées. Dans son rapport sur l’exercice 2024/2025, l’entreprise évoquait l’absence d’un environnement pleinement équitable entre opérateurs. En mai 2026, Andualem Admassie, responsable des affaires extérieures de Safaricom Ethiopia, a notamment estimé que la gestion du domaine Internet national « .et » devrait relever d’un organe de régulation neutre, afin de garantir des conditions équitables aux différents acteurs.
Ces préoccupations trouvent un écho dans une évaluation de la Banque mondiale publiée en juillet 2025. Le rapport relève plusieurs asymétries, liées entre autres à la position dominante d’Ethio Telecom, qui est présent sur 6 segments où il dispose d’un pouvoir de marché significatif, contre un seul pour Safaricom. Il pointe aussi la tarification des appels, l’opérateur historique proposant certaines communications à des prix inférieurs aux coûts d’interconnexion réglementés, ce qui peut désavantager son concurrent.
La Banque mondiale évoque par ailleurs des risques de traitement préférentiel d’Ethio Telecom dans les paiements mobiles des administrations publiques, ainsi que le blocage de l’accès à certaines applications de Safaricom, dont M-Pesa. Elle estime que ces situations nécessitent des investigations des autorités nationales.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofins, 1er novembre 2026)
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