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39.846 Sénégalais arnaqués : Les révélations terrifiantes de l’enquête sur la mafia de « Seyp Sénégal »

jeudi 26 juin 2025

Cybersécurité/Cybercriminalité

L’enquête de la Division des investigations criminelles (Dsc) sur « Seyp Sénégal » a mis à nu les pratiques d’une mafia extrêmement bien organisée. Comme le rapporte Libération, une première vague d’individus a été déférée devant le Pool judiciaire financier, compétent en la matière, pour association de malfaiteurs, escroquerie en ligne en bande organisée transnationale et blanchiment de capitaux. Une information judiciaire a été ouverte par le juge du troisième cabinet financier.

Ibra Seck (instituteur décisionnaire et directeur du centre Seyp de Rufisque), Aléle Dia (agente des Postes et cheffe du centre Seyp d’Hann Maristes à Dakar), Mamadou Lamine Ndiaye (directeur de l’école primaire Nianiar de Sandiara et chef du centre Seyp de Mbour), ainsi que Babaly Ly (responsable portefeuille Business à Orange Assainies/Dakar) font partie des personnes arrêtées dans cette affaire liée à Seyp.

Concernant le centre de services Seyp de Hann Maristes, il était officiellement rattaché à une entité individuelle dénommée Niola Group, créée par Aléle Dia. Cette structure servait de façade légale au bureau ouvert sous l’appellation « Centre service Hann Maristes Seyp ». Selon Libération, cette opération a été montée à l’initiative et sous les directives d’une certaine Zoé. Celle-ci aurait transféré la somme de 400 000 Fcfa à titre de soutien pour l’installation du bureau, en plus d’un ensemble de flux financiers qu’elle qualifie de remboursements de frais. Toutefois, l’analyse des mouvements identifiés via Sunutech/Wave atteste d’un montant cumulé supérieur à 3 000 000 Fcfa.

Malgré ces éléments, Aléle Dia soutient s’être sentie exploitée, affirmant n’avoir jamais perçu de salaire tout en ayant assumé diverses charges (loyer, électricité, connexion, entretien) sans réelle compensation. Elle n’a toutefois été en mesure de produire que des pièces partielles à l’appui de ses affirmations (contrat de location de deux mois), reconnaissant l’absence de factures pour les autres postes (collations, transport des participants, supports). Libération précise que le ton affectif et reconnaissant relevé dans certains de ses messages adressés à Zoé, relevé par les enquêteurs, est en contradiction avec sa posture actuelle. Aléle Dia explique cette attitude par une forme de gratitude initiale, avant de comprendre la nature frauduleuse de la structure.

Dans la foulée, Mamadou Lamine Ndiaye et Ibra Seck ont été convoqués et entendus. Désignés respectivement comme chefs de centres dans les localités de Sandiara (Mbour) et Rufisque, ils disent avoir agi sur instruction de profils anonymes opérant sous des pseudonymes comme « Johanna » ou « Sara », via des canaux de communication chiffrés, principalement WhatsApp.

Ibra Seck a également participé à des réunions d’information organisées par le biais de groupes WhatsApp, en assurant la diffusion d’invitations aux potentiels adhérents. Il a déclaré avoir reçu des directives écrites l’invitant à solliciter des paiements supplémentaires de la part des membres, sous couvert de débloquer des comptes ou de régulariser des situations contractuelles prétendues.

Les recherches menées par les experts de la Dsc ont permis d’obtenir des informations précises sur les titulaires des comptes bénéficiaires. Comme l’indique Libération, la société Sunutech est juridiquement rattachée à un ressortissant chinois du nom de Xing Xiao. Les documents transmis à cet effet incluent une copie du passeport, une déclaration notariée de conformité et un contrat de bail pour un local situé à la Cité Keur Gorgui, une zone connue pour héberger des entreprises de domiciliation administrative. L’analyse des statuts juridiques de Sunutech confirme que Xing Xiao en est le fondateur et le gérant unique.

Le relevé d’identité bancaire (RIB) de Sunutech, également versé au dossier, montre que l’entité détenait un compte auprès de FN Bank Sénégal. Ce compte a servi de point de transit pour des fonds collectés auprès des victimes, notamment dans une phase ultérieure de l’arnaque, où des versements plus importants étaient exigés sous couvert de réactivation de comptes ou de participation à un soi-disant « fonds de richesse ».

Toujours selon Libération, Sunutech a utilisé un compte agrégateur hébergé par la société Connekta Sénégal, filiale de Correkt4 Côte d’Ivoire, opérant via une API (interface de programmation d’applications) dédiée à l’administration de flux financiers. Un contrat de partenariat daté du 6 mars 2024 entre Sunutech Ltd et Connekta a été produit, donnant à Sunutech accès à cette solution technique. La plateforme Connekta était administrée depuis la Côte d’Ivoire, ce qui est confirmé par les documents contractuels reliant Connekta Sénégal à sa maison-mère ivoirienne.

Ce faisceau d’éléments permet de conclure, comme l’écrit Libération, à une orchestration à partir de la Côte d’Ivoire d’une fraude numérique opérée au Sénégal, sous la couverture d’une structure à gestion chinoise. Ce montage repose sur une centralisation des transactions via un agrégateur externe, combinée à des stratégies de recrutement physique et digital localisé. Il révèle ainsi un modèle d’arnaque hybride, difficilement détectable sans croisement entre les sources techniques.

L’affaire a débuté avec la plainte de sept présumées victimes. Lors de leurs auditions, les plaignants ont déclaré avoir été frauduleusement attirés par le système fallacieux mis en place par les cyberdélinquants, leur causant un préjudice estimé à plusieurs milliards de Fcfa. Les victimes ont unanimement décrit un mécanisme basé sur des versements progressifs de fonds à travers des paliers tarifaires nommés P1 à P9, censés générer des revenus journaliers en contrepartie du visionnage de contenus vidéo. Toutefois, les gains escomptés ne leur ont jamais été reversés. Toutes leurs tentatives de retrait se sont soldées par des messages incitatifs les encourageant à investir davantage, voire à recruter de nouveaux membres.

Les premières investigations de la Dsc ont permis l’identification de plusieurs individus soupçonnés d’avoir joué un rôle actif dans la mise en œuvre de cette fraude. Parmi eux, Aléle Dia, agente des Postes, aurait été recrutée par l’entremise de la plateforme Seyp Sénégal. Elle a d’abord perçu une caution locative et des fonds partiels (400 000 Fcfa) pour les premières charges, avant de s’engager dans l’équipement du centre, mobilisant du mobilier, une connexion internet fonctionnelle et des fournitures. Elle a aussi recruté du personnel de proximité, dont une femme de ménage. D’après ses déclarations, ces dépenses ont été couvertes par ses ressources personnelles, en attendant un remboursement jamais réalisé.

Sous la supervision constante d’un profil anonyme dénommé « Seyp Zoé Officiel », avec lequel elle communiquait quotidiennement via WhatsApp, Aléle Dia a assuré l’ouverture, l’organisation et la gestion administrative et opérationnelle d’un bureau Seyp à Hann Maristes. Elle a reconnu avoir encadré un groupe d’adhérents dépassant les 700 membres, les accompagnant dans leurs démarches d’inscription, le suivi des niveaux P, et l’interprétation des consignes venues de ses supérieurs.

Par ailleurs, Mamadou Lamine Ndiaye a reconnu avoir été désigné chef du centre de Mbour. En janvier 2025, il a organisé une réunion de présentation de la plateforme dans la commune de Sandiara. Il a confirmé avoir perçu des commissions équivalentes à 12 % des montants versés par les recrues qu’il avait parrainées. Les investigations ont montré qu’il gérait ces fonds sous la supervision d’un profil nommé « Sara », à qui il adressait régulièrement des comptes rendus. Une partie des fonds collectés transitait par des passerelles telles que Sunutech, Income, Pixenox, puis était redistribuée via des comptes Wave et Orange Money liés à divers numéros sénégalais.

De son côté, Ibra Seck a expliqué avoir été recruté par le même canal pour devenir chef de pôle à Rufisque. Sans contrat formel, ni véritable vérification de l’entité l’ayant sollicité, il a néanmoins consenti à ouvrir un bureau au début de l’année 2025. Il a rapidement constaté le caractère illusoire des promesses de rémunération. Il a confirmé avoir reçu des fonds de la part des organisateurs pour la location du local (600 000 Fcfa), l’immobilier (850 000 Fcfa) et l’affichage (465 000 Fcfa).

(Source : Senenews, 26 juin 2025)

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