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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2023 > Avril 2023 > 10 questions à Solofo Rafeno, CEO de DizzitUp, la marketplace togolaise qui (…)

10 questions à Solofo Rafeno, CEO de DizzitUp, la marketplace togolaise qui veut devenir l’Alibaba africain

jeudi 6 avril 2023

Portrait/Entretien

Le commerce électronique connaît une croissance exponentielle ces dernières années, et les marketplaces en ligne sont devenues des acteurs incontournables dans le domaine. Parmi ces acteurs, DizzitUp, une startup africaine, finaliste d’Ecobank Fintech Challenge 2022, se démarque par ses ambitions de devenir l’Alibaba du continent. Rencontré lors de l’Africa Fintech Tour, étape de Lomé, Togo First a eu l’opportunité d’interviewer Solofo Rafeno, CEO de DizzitUp, pour en savoir plus sur cette jeune pousse innovante ayant ses bases opérationnelles à Lomé et ses projets pour l’avenir du commerce en Afrique.

Togo First : À quoi sert DizzitUp ?

Solofo Rafeno (SR) : DizzitUp est une plateforme de vente en ligne qui offre aux PME africaines, un accès à des solutions de financement pour développer leurs activités. La startup aide également ces entreprises à accroître leur chiffre d’affaires en leur proposant une plateforme de vente en ligne pour leurs produits et services à la fois localement et à la diaspora, qui compte plus de 40 millions d’Africains.

DizzitUp est focalisé sur les produits et services de première nécessité, les PSPN, vendus exclusivement par les entreprises africaines dans 6 catégories, l’Alimentaire, l’Énergie renouvelable et Construction, la Santé, l’Éducation, les Tech. (Téléphones, ordinateurs & internet) et dans un futur proche, les nouveaux Services Financiers décentralisés (DeFi).

De ce fait, DizzitUp permet de développer l’inclusion digitale et financière des TPE/PMEs africaines tout en leur apportant des revenus additionnels.

En 4 mois d’exploitation, DizzitUp Marketplace a enregistré 150 marchands et nous prévoyons de dépasser les 1000 marchands de Togo, Bénin, Madagascar et Côte d’Ivoire d’ici à la fin de l’année 2023.

Togo First : Quels sont les principaux profils d’acheteurs auxquels s’adresse DizzitUp ?

SR : Les acheteurs de DizzitUp Marketplace se divisent en deux groupes principaux : les locaux, résidant en Afrique, pour leur consommation locale ; les membres de la diaspora africaine, plus de 40 millions de personnes, pour leurs familles basées au Togo, Bénin et Madagascar à ce jour et prochainement en Côte d’Ivoire.

Togo First : Comment résolvez-vous la question de la confiance sur votre place de marché ?

SR : 80% de l’économie africaine est constituée de petites et moyennes entreprises (PMEs) informelles. Pour encourager la confiance entre les commerçants et les consommateurs, une solution consiste à bien sélectionner les marchands, vérifier leur existence et à se concentrer sur les produits et services de première nécessité tels que la nourriture, les équipements de production d’électricité solaire autonome, les matériaux de construction, les téléphones, les ordinateurs et les services de santé et d’éducation.

Les équipes DizzitUp sur le terrain vérifient si les magasins existent physiquement et proposent des produits conformes aux critères. Des photos et des vidéos sont prises, et seuls les produits sélectionnés sont inclus sur la plateforme.

D’autre part, la logistique est cruciale pour garantir la qualité du service. En ce sens, notre plateforme propose une prestation de livraison supplémentaire avec des livreurs indépendants.

Togo First : Comment se font les livraisons ?

SR : Notre premier objectif est toujours de développer l’activité économique de nos marchands, ainsi nous privilégions la récupération (picking) des marchandises dans leurs boutiques afin d’accroître le flux de passage de clients. Le “picking” est proposé par défaut. Toutefois, chaque marchand a le choix de proposer un service de livraison, assuré par des partenaires locaux de DizzitUp.

Par exemple, un parent habitant à Kara achète sur la plateforme et paie, en TMoney ou Flooz ; le bénéficiaire de la commande, un membre de sa famille à Lomé, peut venir chercher la marchandise à la boutique de Lomé ou se faire livrer par le prestataire partenaire de DizzitUp.

Un autre cas d’usage est l’achat récurrent de panier alimentaire, “FoodBox”, par un Togolais vivant à New-York pour ses parents vivant à Lomé. L’achat se fait par carte Visa ou Mastercard, les parents récupèrent les marchandises en boutique ou se font livrer et le marchand payé par DizzitUp immédiatement par TMoney ou Flooz ou virement bancaire après cession des marchandises. Il est à noter que toute commande dépassant les 30.000 FCFA bénéficie d’une livraison gratuite dans la zone du Grand Lomé.

Togo First : Vous avez une stratégie axée sur la Blockchain, pensez-vous que les moyens de paiement comme les crypto-monnaies peuvent changer la donne pour les places de marchés comme la vôtre en Afrique ?

SR : Il est important de noter que la blockchain n’est pas une méthode de paiement en elle-même, mais plutôt une infrastructure similaire à Swift.

À l’heure actuelle, notre place de marché accepte les cartes bancaires internationales Visa et Mastercard et le mobile money de sept pays francophones de l’Afrique de l’ouest.

Prochainement, nous allons lancer notre application DizzitApp, s’appuyant sur l’infrastructure Blockchain permettant les paiements par la diaspora et jeunes urbains d’Afrique en Bitcoin et autres crypto-monnaies sachant que les marchands seront toujours payés en monnaie locale, FCFA et Ariary pour Madagascar. Ce 3ème moyen de paiement sur DizzitApp donnera la possibilité à ceux qui disposent d’actifs numériques de ”faire du bien et du réel” avec une partie de leurs avoirs en subvenant aux besoins de leurs familles au pays (leur acheter à manger, payer des frais de scolarité et des actes médicaux, etc…)

Les crypto-monnaies sont en passe de devenir un moyen d’échange à l’échelle mondiale avec 200 à 400 millions d’utilisateurs, dont plus de 40 millions en Afrique. Ces personnes pourront prochainement utiliser leurs avoirs en crypto-monnaies pour acheter des biens essentiels tels que de la nourriture pour leur propre consommation ou leurs familles dans d’autres pays africains.

Togo First : Comment percevez-vous les questions liées à la réglementation surtout celles liées à l’utilisation des crypto-monnaies ?

SR : Le Togo est le deuxième pays africain avec le plus grand nombre d’utilisateurs de cryptomonnaies après le Nigeria, ce qui représente d’énormes opportunités pour l’économie africaine

Les réseaux décentralisés blockchain et les crypto-monnaies associées constituent une opportunité pour les pays émergents. Ils peuvent permettre aux pays africains d’accélérer le commerce intracontinental et l’inclusion financière des TPE/PMEs et des citoyens, comme le font depuis une décennie, les services de Mobile Money.

Mais toutes ces nouvelles technologies ne pourront être bénéfiques aux entreprises et aux citoyens que dans un cadre réglementaire clairement défini, même amendé régulièrement au fil du temps.

Il y a une prise de conscience palpable de nos jours de la part des régulateurs pour définir ce cadre réglementaire, nous sommes impatients de les voir promulgués pour nous y conformer afin de pérenniser nos investissements et surtout booster les activités de nos marchands.

Togo First : Pourquoi avoir choisi le Togo ? Pensez-vous que le Togo peut être un accélérateur pour le déploiement de votre start-up dans la sous-région ?

SR : Nous avons créé notre première filiale au Togo, qui est un vrai hub financier pour la sous-région. Nous avons choisi de nous implanter au Togo car ce pays dispose d’une infrastructure juridique et d’un environnement favorable aux affaires qui attirent de nombreuses institutions financières. La présence du siège mondial d’Ecobank sur la place de Lomé a été aussi décisive.

Malgré notre statut de start-up, ils nous ont accueillis dans leur division multinationale. Ce partenariat nous a permis d’intégrer leur gateway de paiement pour gérer les cartes bancaires au niveau mondial et les mobile money de 7 pays de la sous-région.

En conséquence, nous avons pu créer notre filiale en moins d’un mois, ce qui représente un avantage comparatif important.

Togo First : Vous avez été finaliste du concours annuel organisé par votre partenaire Ecobank. L’existence de ce partenariat initial a probablement joué un rôle décisif…

SR : Notre partenariat avec Ecobank n’a pas été le facteur décisif de notre sélection lors du concours, car d’autres start-up ont également eu des partenariats significatifs. Cependant, notre ambition d’expansion dans 21 pays, dont Ecobank n’est absent que dans deux, et notre vision et ambition d’être un acteur économique impactant auprès des TPE/PMEs d’Afrique nous a donné un avantage certain.

Nous avons été finaliste de Ecobank Fintech Challenge 2022, faisant partie des 6 finalistes qui ont été sélectionnés parmi 700 startups de 59 pays du monde (dépassant le cadre des 54 pays d’Afrique).

Togo First : Vous avez déjà eu recours une fois aux levées de fonds en capital-risque. Comptez-vous lever de nouveaux fonds ?

SR : Effectivement, DizzitUp a déjà réussi à lever 340 000 $ de financement auprès de 44 investisseurs individuels, appelés « business angels ». Environ un tiers de ces investisseurs sont des Africains vivant en Afrique ou en Europe. Les fonds levés ont été utilisés pour développer la start-up et sa plateforme technologique durant 3 ans.

La société est actuellement en train de procéder à une deuxième levée de fonds de 3 millions $ en equity pour financer son extension en Côte d’Ivoire et au Nigeria et développer les nouveaux services de Finance Décentralisée (DeFi) pour les TPE/PMEs marchandes de DizzitUp Marketplace.

Pour cette nouvelle levée de fonds, DizzitUp ambitionne d’attirer des investisseurs privés africains pour environ 20 % de la somme totale recherchée et des fonds d’investissements internationaux (VCs, institutions internationales et Corporate funds).

Togo First : Quels sont les projets d’expansion futurs de DizzitUp ?

SR : En ce qui concerne nos projets futurs, nous avons décidé de renforcer notre présence à Madagascar, au Togo et au Bénin en 2023, ainsi que d’ouvrir une nouvelle filiale en Côte d’Ivoire. Nous avons pour objectif de nous étendre au Nigeria en 2024 pour consolider notre position en Afrique de l’ouest.

Je suis convaincu que le Nigeria est non seulement le moteur économique de l’Afrique mais aussi la clé de réussite pour une expansion panafricaine. Nul ne peut prétendre être pan-africain sans être présent et opérationnel au Nigeria.

Togo First : Pour atteindre cet objectif, quelle stratégie développez-vous ?

SR : Notre modèle de place de marché est assez simple : les achats suivent la croissance des marchands et des produits listés. Plus nous avons d’offres, plus nous avons de comptes, car les gens peuvent acheter ce qu’ils souhaitent. Nous investissons dans la publicité pour les marchands et nous avons déjà enregistré des chiffres d’affaires en 2022. Un de nos avantages compétitifs au-delà de notre infrastructure de paiement décentralisée, réside dans notre capacité à évangéliser les marchands en combinant les approches digitales et physiques sur le terrain.

Nous commençons toujours par une approche de présence physique, en déployant des équipes sur le terrain pour recruter des marchands. Nous avons également des recruteurs auprès des étudiants et un système d’incitation pour encourager les recruteurs, qui sont également des gestionnaires de marketing pour les marchands. Nous fournissons une assistance complète et gratuite aux marchands, y compris la création de visuels, de photos et de vidéos que nous publions sur Facebook. Les recruteurs deviennent ainsi des commerciaux de nos marchands.

Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo

(Source : Togo First, 6 avril 2023)

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