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Pour une éthique de la discussion et de la controverse

dimanche 1er septembre 2019

Doit-on insulter, calomnier, diffamer autrui par le simple fait de nos oppositions ? Par cette question, nous posons un problème crucial au sein de ce que nous appelons un aspect de l’espace public sénégalais [le web]. La prise de parole dans nos espaces publics confond délivrance d’opinion, et prise de position, si ce n’est délictueuse, au moins exempte de toute argumentation acceptable.

Par espace public,nous entendons cet espace où les citoyens discutent , expriment leurs idées et se les confrontent. Dans cette optique, l’espace public est perçue comme étant au cœur du fonctionnement démocratique. Un concept qu’Habermas a emprunté à Emmanuel Kant, et en a popularisé l’usage dans l’analyse politique depuis les années 70. D’ailleurs pour Habermas, l’espace public est ce cadre où la délibération par l’usage de la raison, sur les problèmes d’intérêts généraux permettrait de dégager une sorte de “raison publique” qui découlerait d’une ” logique communicationnelle “. Cette « publicité des opinions » pourrait être tournée en un puissant moyen de pression mis à la disposition des citoyens. Notamment, pour contrer un pouvoir exorbitant de l’État, ou …autres. Aujourd’hui , l’espace public subit un nombre important de transformations, dont son élargissement à divers acteurs peut être non conventionnels. Et, sous l’effet de plusieurs facteurs. D’ailleurs, l’internet et les outils de communication sont pris pour les principaux auteurs de ces changements. Nous y reviendrons dans un autre texte.

L’espace public, un lieu pour la citoyenneté

Vous l’avez compris, idéalement, participer dans l’espace public, c’est d’abord exercer sa condition de citoyen. C’est à dire, montrer son appartenance à la société, en acceptant de contribuer à son édification. C’est peut être là, l’éthique minimale au fondement de la condition de citoyenneté : consentir à être de ceux qui construisent la société [ dans un premier temps, par la critique, l’expression de son avis, la confrontation de ses opinions] . C’est cet espace, virtuel, symbolique, géographique, où s’opposent et se répondent les discours, la plupart contradictoires, tenus par les différents acteurs politiques, sociaux, religieux, culturels, intellectuels, composant une société. Dans l’antre du web sénégalais nous voyons apparaître un certain nombre d’acteurs qui prennent d’assaut cet espace , trouvent des stratégies pour diffuser leur parole à une grande audience et se pensent peut être suffisamment légitime pour cela. Certains d’ailleurs se définissent comme des activistes [ du web], des lanceurs d’alertes dont l’amour pour la patrie reste indéfectible. Mais cet amour, justifie-t’il tout ?

L’espace public, pour une éthique de la discorde

L’injure publique, la diffamation, la diffusion de fausses nouvelles, qu’on voudrait faire passer pour de l’expression d’opinions individuelles, font florès dans nos espaces publics.or ce sont des faits qui tombent sous le coup de la lois. Passer son temps à traiter son adversaire politique de violeur, de femme volage ou de mari adultérin est-ce le début de la formulation d’une vision politique, ou encore l’annonce de solutions pour le pays ? Vous l’aurez compris, l’espace public suppose au minimum, l’existence d’individus plus ou moins auto–nomes, capables de se faire leur opinion, non « aliénés aux discours dominants », croyant aux idées et à l’argumentation, et pas seulement à l’affrontement physique, ou au langage ordurier. C’est l’ idée de construction des opinions par l’intermédiaire des informations et des valeurs, puis de leurs discussions. Mais il suppose aussi que les individus soient relativement autonomes à l’égard des partis politiques, ou de divers groupes de pression pour se faire leur propre opinion. En un mot, avec le concept d’espace public, c’est la légitimité des mots qui s’impose contre celle des coups. C’est l’idée d’une argumentation possible contre le règne de la violence physique ou verbale. Bref, l’idée d’une reconnaissance de l’autre, et non sa réduction au statut de « sujet aliéné », et déshumanisable à souhait !

Au fond les espaces publics sénégalais se sont transformés en une caisse de résonance, sous l’emprise de partis politiques ou divers autres groupes d’intérêts particuliers. Bon nombre de citoyens y sont devenus de simples Répondeurs Automatiques [R.A], dont objectif est de rendre des coups et de défendre leurs gourous. Et cela pour l’intérêt supérieur de la nation….Même la distance critique devient de plus en plus, une posture de critique des traitres à la nation, ou des pourfendeurs du patriotisme. Au fond, nos espaces de discussions meurent et renaissent comme des arènes politiques. En tant que gladiateurs [RA] s seuls vertus y seraient notre capacité à essuyer des insultes !

Moussa Aïdara Diop

(Source : Diaspocom, 1er septembre 2019)

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(ARTP, 30 septembre 2018)

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(Facebook, Juin 2019)