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« Wakh Sa Khalat Si Rufisque » : Un cas pratique de citoyenneté numérique

jeudi 1er avril 2021

Depuis une décennie, une participation démocratique et active a vu le jour sur Facebook encourageant les internautes Rufisquois à contribuer et donner leurs avis, supprimant ainsi la barrière entre le public et l’administration. Ce groupe de discussion sur Facebook « Wakh Sa Khalat Si Rufisque » (Exprimer sa pensée, en langue wolof) est « une plateforme qui contribue à enrichir le débat public à Rufisque », selon un de ses administrateurs.

Entre 150 à 200 publications par jour, à modérer. Un énorme flux et travail titanesque qu’un groupe composé de 7 personnes arrive à gérer ; une interconnexion permettant de se lier les uns avec les autres. Tous les sujets relatifs à Rufisque sont débattus, scrutés pour à la fin trouver des solutions. Il y a 10 ans, l’idée est venue d’un jeune Rufisquois du nom de Pape Ndiaye Khandiou. Depuis lors, une belle histoire se tisse entre Rufisquois.

Une vaste communauté de plus 44000 abonnés qui partagent les mêmes intérêts et le même idéal développant ainsi une cyberdémocratie qui « a contribué à mettre en lumière, de nouveaux types de citoyens leaders communautaires dans la vieille ville », selon un des administrateurs, Alexandre Gubert Lette. Il ajoute que « l’impact majeur de la plateforme a été l’avènement du contrôle citoyen de l’action publique. A la moindre interpellation d’un maire ou d’un conseiller municipal sur le forum, ce dernier sentait l’obligation de venir répondre, voire apporter des explications plus claires ».

La cyberdémocratie, une réalité à Rufisque

Le partage de contenus entre membres met en valeur les interactions entre eux. « Tous les acteurs sont présents à savoir les représentants de l’Etat, les représentants locaux et les différentes couches d’âge et de population », embraye un autre administrateur de la page, Aliou Niang. Outre le fait que ce forum soit une occasion unique de se retrouver, « Wakh Sa Khalat Si Rufisque » représente, pour les acteurs de cette communauté, une occasion unique de se retrouver et de faire des actions utiles en faveur de la cité de Mame Coumba Lamb. Beaucoup d’initiatives ont vu le jour grâce à une forte mobilisation des membres du groupe. A titre d’exemple, Aliou Niang informe que « c’est grâce à la plateforme que de nombreuses revendications des populations furent prises en considération, la réhabilitation du stade, l’érection d’un commissariat à Gouye Mouride etc. ».

Zakaria Mbengue, administrateur de cette page, est plus exhaustif dans les actions concrètes. Selon lui, « Wakh Sa Khalat Si Rufisque » « a réussi à résoudre, par exemple, à finir les travaux du stade Ngalandou Diouf restés pendant 6 ans à l’état de projet. Des membres se sont levés pour mener le combat jusqu’à être reçus par l’Etat à travers le ministère des Sports. Ce qui a permis un engagement de 80 millions de FCfa pour rouvrir l’infrastructure aux sportifs après presque 7 ans ».

Cette citoyenneté numérique constitue en particulier une opportunité pour débattre des principales tendances, tensions et transitions. « Nous constatons que parfois dans leur bilan actif, ce sont les idées débattues dans « Wakh sa khalat » qu’ils reprennent », indique M. Mbengue. Ce qui est une motivation pour ses membres. Le contrôle citoyen est devenu une réalité grâce à ce groupe qui grossit de jour en jour.

Débat public

Durant la période qui a coïncidé aux élections locales de 2014, Alexandre Gubert Lette se rappelle que « le forum a aussi servi d’outil d’interpellation citoyenne des élus locaux, surtout dans la période de 2013 à 2014. Rufisque étant une ville avec une forte tradition politique, le contexte était favorable pour que le forum assure la continuité du débat politique sur les réseaux sociaux ».

L’avantage de ces plateformes, c’est que les codes de la société ont été repris. Ce qui fait que chaque utilisateur en fait un usage personnel et y partage le contenu qu’il souhaite. Une vraie culture démocratique 2.0 est en marche à Rufisque.

Il est à noter que la censure est au niveau le plus bas même si parfois certaines publications, qui ne répondent pas à la philosophie du groupe, sont vite supprimées par les administrateurs. Malgré ses milliers de membres, il est constaté par Alexandre Gubert Lette « le nombre peu élevé des personnes qui participent au débat public. C’est quasiment les mêmes personnes, créant ainsi à la longue, un entre soi qui peut facilement déformer la perception que l’on peut avoir de réalité ».

Abdou Khadir Seck

(Source : Le Soleil, 1er avril 2021)

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