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Vente actions Sonatel : Pourquoi les consommateurs ne portent pas la lutte ?

mercredi 29 avril 2009

‘Non au bradage du patrimoine de l’Etat ! Oui au patriotisme économique !’. Ce leitmotiv ou slogan de guerre, dans le cas précis, est utilisé par les travailleurs de la Sonatel, le patronat et nombre d’observateurs pour mettre la pression sur l’Etat afin que la Sonatel reste aux Sénégalais.

Le combat est légitime : sauvegarder le fleuron de l’économie sénégalaise, la seule entreprise qui fait la fierté de tout un peuple, côté résultat financier. Il y a des voies pour contester cette décision du gouvernement libéral, au nom du peuple et des générations à venir. Les Sonatéliens entendent les emprunter et ‘alertent’ l’opinion sur les conséquences d’un renforcement de France Télécom dans le capital de Sonatel. A y regarder de près, la bataille de l’opinion en vaut la chandelle. Les explications avancées par le ministre des Finances sur la cession de 9,87 % des actions de l’Etat, ne tiennent pas trop. Aussi libéral que soit ce régime, les travaux de l’autoroute à péage ont été planifiés, budgétisés. Faire croire aux Sénégalais que la vente des actions va financer le reste des travaux, c’est avouer que l’argent, initialement prévu à cet effet, a été détourné.

Mais une entreprise qui fait un chiffre d’affaires de 470 milliards avec un résultat d’exploitation moyen de 200 milliards de francs et qui réalise un bénéfice net après impôt de 150 milliards de francs, on ne la cède pas sur un plateau d’argent à des expatriés. L’Etat reçoit globalement 130 milliards par an, les dividendes n’étant que de l’ordre de 28 milliards. La Sonatel est l’une des rares sociétés sénégalaises à exporter son expertise dans la sous-région. Orange Mali, Orange Guinée-Bissau et Orange Guinée Conakry ont été de francs succès de la délocalisation de la maison- mère. L’on apprend que le groupe a fini de prospecter le marché mauritanien et gambien. Et les résultats seraient favorables à l’implantation d’une filiale Sonatel. Avec autant de perspectives de développement, les Sonatéliens ont raison de défendre bec et ongles ‘leur entreprise’. Une société faite par des Sénégalais, sans l’appui de France Télécom qui ne s’est installé qu’à partir de 1997, grâce à la privatisation de la Sonatel. Seulement, la question de taille que l’on se pose, c’est pourquoi les consommateurs sénégalais ne se sont pas impliqués dans la lutte ‘pour la sauvegarde du patrimoine’. La Sonatel profite-elle plus aux Sonatéliens qu’aux consommateurs ?

Côté rentabilité, c’est le Sénégal qui gagne, c’est clair. Mais juste dans un sens. Les tarifs de communication sont toujours élevés. Il est légitime de se demander alors, avec tous les milliards qu’elle gagne, qu’est-ce que Sonatel fait pour baisser ces tarifs. Pourquoi une entreprise qui peut distribuer 165 milliards à ses actionnaires (dividendes et réserves), au titre de l’exercice 2008, et qui compte plus de trois millions d’abonnés sur les quatre millions et quelque du marché de téléphonie, peine-t-elle à revoir ses tarifs de communication à la baisse ? Sûrement que les Sénégalais attendaient les Sonatéliens ‘patriotes’, là aussi.

Les associations de consuméristes, pour leur part, se font molles, au point que l’intersyndicale noie leurs voix. Au plus fort de la crise alimentaire (?), Momar Ndao de l’Association des consommateurs sénégalais (Ascosen) et Jean Pierre Dieng de l’Union nationale des consommateurs du Sénégal (Uncs) avaient réussi à fédérer les citoyens sénégalais dans un bloc qui avait affronté et subi la violence policière, un après-midi de 30 mars 2008 à Dakar. Plus récemment, la riposte des imams de Guédiawaye contre les surfacturations de la Senelec avait drainé, dans la spontanéité, du monde. Dakar et sa banlieue s’en étaient aussitôt violemment pris aux différentes agences de la Senelec.

Aujourd’hui, pour que la Sonatel reste au Sénégalais, il n’y a que les ‘initiés’ qui s’égosillent. A juste titre. Cependant, l’enjeu du combat est tel que tous les citoyens du pays devraient s’y mettre. Mais la Sonatel avait malheureusement, auparavant, commencé à se faire une ‘mauvaise’ image auprès des consommateurs qui supportent la mauvaise qualité du réseau, payent cher et entendent parler de 165 milliards de Cfa à distribuer aux actionnaires.

Khady Bakhoum

(Source : Wal Fadjri, 29 avril 2009)

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