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Usage du téléphone au volant : Entre laxisme des policiers et indiscipline des conducteurs

jeudi 2 avril 2009

La main gauche tient le téléphone scotché à l’oreille, la droite tenant tant bien que mal le volant, les yeux rivés quelque part dans la direction du véhicule, l’esprit partagé entre les paroles et le devoir de vigilance. Téléphoner en conduisant tend à devenir un concours national au Sénégal. Le portable rend sans doute d’énormes services à l’humanité, mais en raison de l’abus dont il est l’objet, au mépris de la loi qui interdit son utilisation dans certaines situations, il pourrait bien devenir l’ennemi public numéro un. Enquête...

ENQUETE SUR L’USAGE DU TELEPHONE AU VOLANT

Conduite à tenir

Pour réduire ou éviter des accidents, la Nouvelle prévention routière du Sénégal conseille d’éteindre son portable au démarrage de la voiture. Sinon, lorsque le téléphone sonne et que le conducteur est seul, prière de le laisser sonner jusqu’à ce que l’appelant tombe sur la boite vocale. Si le conducteur est accompagné, le passager peut décrocher pour lui. Si cela s’avère impossible pour une raison quelconque, le conducteur doit se garer pour communiquer.

Sanctions

La répression pénale et pécuniaire prévue par les textes de loi est contenue dans la partie réglementaire du nouveau Code de la route de 2002 et 2004, article M19, chapitre 3, alinéa 27, annexe M. « L’usage du téléphone portable au volant peut faire l’objet d’un retrait du permis de conduire ou encore, le conducteur devra payer immédiatement 6 000 francs Cfa d’amende. » D’après Mactar Faye, « Il faudrait des sanctions sans complaisance. La loi doit être appliquée dans son intégralité. Et on ne doit pas accepter des réflexions du genre ‘excusez-moi monsieur l’agent’ ».

PORTABLE = ALCOOL

En 1996, une équipe de chercheurs au Canada révélait que « le téléphone portable multiplie par quatre le risque de collision dès la première minute de conversation. Et durant les cinq premières minutes, le risque est multiplié par six ». Une thèse confirmée par une enquête australienne selon laquelle « le fait de téléphoner au volant équivaut à 0.5 g d’alcool par litre de sang ». Ce qui correspond à trois verres d’alcool. Par ailleurs, l’Institut national français de recherche sur les transports et leur sécurité (Inrets) indique dans une étude publiée par le site Sciences-et-Avenir.com et reprise par Nouvelobs.com que, « l’utilisation du téléphone en voiture augmente de 50% le temps de réaction du conducteur ».

Moustapha Guèye, une victime de la loi

Le téléphone portable collé à son oreille, le Tigre de Fass tombe sous la vigilance d’un policier en service vers Tally Bou Bess aux Parcelles Assainies. Il ne s’agissait pas de la seule infraction car le lutteur n’avait aucune pièce d’identité par devers lui, selon les comptes-rendus de la presse à l’époque. Pis, il n’a daigné répondre à l’agent qu’au terme de sa communication. Ces écarts cumulés lui ont valu d’être déféré au Parquet, jugé et condamné au sursis.

De l’indiscipline des conducteurs au laxisme des policiers

Le téléphone portable a beau être utile, son usage au volant est un risque pour celui qui conduit, pour ses passagers éventuels, et pour les piétons. Malgré la loi et son caractère répressif, malgré la présence de policiers et de gendarmes sur les routes, malgré les campagnes de sensibilisation de la Nouvelle prévention routière du Sénégal (Nprs), les routes de la capitale ressemblent de plus en plus à des nids de cabines téléphoniques privés que sont devenus les véhicules en circulation. Des progrès scientifiques notables ont, certes, permis d’intégrer au portable des fonctions nouvelles comme le kit mains-libres, le haut-parleur, ou l’oreillette Bluetooth. Il reste que le danger de l’appel téléphonique au volant reste permanent. Plus que jamais.

Pourtant, le Code de la route est formel : la conduite est une activité à part entière qui impose au conducteur l’ordre d’être constamment en position d’exécuter commodément et sans délai toute manœuvre nécessaire. Depuis le 19 Janvier 2004 et le décret n°2004-13 portant partie réglementaire du Code de la route, l’utilisation du téléphone portable est devenue un délit pouvant donner lieu à un retrait du permis de conduire. Et « c’est sur la base de cette loi que les contrôles se font par la Police ou la Gendarmerie », note Mactar Faye, Directeur exécutif de la Nprs.

Mais pourquoi donc cette bravade de la loi par des automobilistes indisciplinés ? Sont-ce la Police et la Gendarmerie qui font preuve de laxisme et de complaisance ? Alioune Diène, commandant de la Compagnie de circulation, tente de recadrer le débat en le généralisant. Selon lui, « des responsables comme des médecins, des officiers, etc., se trouvent parfois dans des situations où ils sont obligés d’utiliser le téléphone en conduisant, soit pour répondre soit pour émettre un appel ». Un appel aux exceptions qui confirme la règle commune, mais qui vient gonfler la longue liste des « cas d’urgence » sur lesquels les policiers sont obligés de fermer les yeux et qu’une source anonyme préfère nommer « état de nécessité ». La loi s’efface alors au profit de la morale, comme l’explique le commandant Diène. « Lorsque le policier surprend un médecin en train de téléphoner en conduisant, il lui fait la leçon et le laisse partir sans sanction car, on essaie de comprendre les circonstances de l’infraction. » Ailleurs, on parlerait de circonstances atténuantes...Il n’empêche que les policiers sont au cœur du « désordre » comme le déplore le haut-gradé. « Les agents de la circulation nous surprennent, nous leurs supérieurs, en train d’utiliser le portable au volant. Alors, ils nous interpellent et nous font la morale en disant : ‘Chef, vous ne devez pas vous comporter de la sorte...’ Ce qui est très gênant. »

DES CHEFS HORS LA LOI

Les policiers au sommet de la hiérarchie violent la loi, peuvent-ils moralement infliger des contraventions aux automobilistes qui enfreignent cette même loi autant ou même plus qu’eux ? Question sans réponse immédiate qui ouvre grand le boulevard des abus. Ali Gaye, rencontré sur la Voie de dégagement nord (Vdn), sait ce qui l’attend, sans se faire d’illusion. « Je sais que je risque d’être arrêté par les policiers mais je n’ai pas d’autres choix. Parfois, je me gare sur le bas côté pour répondre. Mais, le plus souvent il est impossible de s’arrêter vue la densité de la circulation à certains endroits et la longueur de certains tronçons. » Non loin de là, Baba Sène, chargé de la Cellule audiovisuelle au ministère de l’Environnement, semble assis entre deux chaises. « Il m’arrive de répondre au volant mais la plupart du temps, je me gare. Certes, on peut laisser le portable sonner dans le vide mais quand l’appel est très insistant, je décroche. » Le prétexte de l’appareil qui sonne sans arrêt paraît si commode qu’il en devient un argument passe-partout. Alassane Diagne, ingénieur agronome trouvé en train de faire laver son véhicule dans une station d’essence, le prouve. « Il y a des appels que je ne peux pas manquer, et j’appelle juste de temps à autre. Néanmoins, je me range toujours sur le bas côté de la route, si nécessaire. »

Coté conscience, tous sont imprégnés des risques encourus. « C’est très dangereux de conduire en téléphonant », reconnaît monsieur Diagne, qui résume les propos de tous sur le sujet. Pour sa part, Ali Gaye s’approprie la palme de celui qui clame haut ce que la majorité chuchote. « Personnellement, je réponds systématiquement aux appels. Et, il faut reconnaître que les policiers sont corrompus, si tu leur donnes 1 000 francs, ils te laissent partir », a-t-il fait savoir. Et si le concept genre avait sa place dans ce débat où la mort frappe les imprudents qui auraient la malchance de se trouver au mauvais endroit ! Il semble bien que les femmes soient plus prévenantes que les hommes. Surtout, si elles font l’effort de ne pas ouvrir la boîte truffée d’accessoires de... maquillage ! Fatou Seck, une assistante de direction croisée vers la Cour de cassation sur la Corniche ouest, se présente comme un modèle de discipline au volant. « Je ne téléphone jamais quand je conduis, dit-elle, car c’est dangereux. » Suit une petite leçon de civisme. « C’est une pratique peu responsable alors que nous savons tous qu’elle est imprudente. »

Plus de 50% des infractions

Question de prudence, Aminata Ndiaye n’a pas son pareil. Elle avoue ne même pas jeter un œil à son appareil sonnant, quand elle est au volant. « Sur la route, je suis concentrée et si mon téléphone sonne, je ne décroche pas, par prudence. On ne peut pas être au four et au moulin. Conduire une voiture est une action sensible, donc mieux vaut être prudent. » Cette prudence, tous les piétons la demandent, mais il s’en trouve certains pour se méfier jusqu’à l’obsession. « Quand, pour traverser la chaussée, j’aperçois un automobiliste qui arrive en téléphonant, je m’écarte. Même s’il me laisse passer, je refuse car je trouve que ce n’est pas prudent. Un accident est si vite arrivé », confie Aïssatou Diop.

Il n’y a pas de données exactes sur le nombre d’infractions causé par le téléphone au volant au niveau des services de la Police. Néanmoins, le commandant Alioune Diène l’estime à plus de 50%. Cette absence de statistiques précises est une insuffisance reconnue par Mactar Faye de la Nprs et relayée par Daouda Diop. Le chargé de communication de la Gendarmerie nationale estime qu’il est « difficile de connaître la cause réelle des accidents. Dans la colonne des causes, il est juste mentionné, par exemple, défaut de maîtrise ou imprudence, ce qui est assez complexe ». Et très général ! Pour la cohérence de la lutte contre ce nouveau fléau, la Police travaille déjà en synergie avec la Nouvelle prévention routière. « Il y a même une section dans nos locaux qui se charge de tous les accidents », révèle le commandant Diène. De son côté, la gendarmerie s’acquitte également de la mission qui lui est dévolue, tant en interne que sur le terrain. L’objectif, selon son porte-parole, est de « mettre l’accent sur la prévention et sur l’éducation des citoyens. Nous aidons à la régulation pour un déroulement normal du trafic ». Les pandores coopèrent aussi avec la Nprs à travers des « Journées d’éducation routière », comme cela a été le cas récemment, lors de la dernière Foire internationale de Dakar.

CADRAGE - Déterminants sociaux

L’indiscipline des citoyens et le laxisme de certaines autorités publiques sont deux éléments constitutifs de la personnalité de l’homo senegalensis. Par la force de réalités comportementales ancrées, ces deux pôles sont devenus des déterminants sociaux de première envergure dans notre espace vital, rendant naturellement possible la mort de 2 000 personnes à bord du bateau Le Joola. Sur nos routes bosselées, donc dangereuses, l’usage du portable au volant est comme une grenade non dégoupillée qui explose au premier coup de barre, à la première inattention...Des automobilistes irresponsables contribuent à exacerber le danger collectif en profitant de la prédominance des principes d’impunité et de compromission en vigueur sur nos chaussées. Des policiers plus ou moins motivés, indifférents, constatent la violation de la loi...Peut-on, doit-on arrêter un ami, un cousin, un parent, un supérieur hiérarchique, pris en flagrant délit ? Cette question renvoie, encore une fois, à nos réalités culturelles et aux complicités sociales actives qu’elles impliquent. Chaque individu est libre de mettre sa propre vie en danger, mais préserver celle des autres reste une obligation fondamentale. Un équilibre que l’usage du téléphone au volant ne permet pas forcément. En attendant que l’Etat trouve la formule magique qui sauvegarde l’intégrité physique des usagers de la route, l’instauration du permis à points et son application rigoureuse pourrait être une vraie mesure dissuasive.

TEMOIGNAGE - Adama Ndoye (Auto-école La Renaissance) : « Il fut un temps, j’entraînais mes élèves à téléphoner en conduisant ... »

C’est vers 2002-2004 que le nouveau Code de la route a été modifié avec, comme nouveauté, l’interdiction du portable au volant. Avant cela, la loi était muette à ce propos. C’est pourquoi Adama Ndoye, propriétaire de l’auto-école La Renaissance sise sur le boulevard Général De Gaulle, ne s’en privait pas. Pour lui et pour ses élèves. « J’étais conscient du danger, mais je les entraînais à conduire en téléphonant, tout en insistant sur les abus à éviter. C’était vers l’an 2000 », a-t-il fait savoir.

Mais, les choses ont changé avec l’entrée en vigueur de la loi. « Pendant les cours de code, de conduite et dans la pratique, je demande à tous d’éteindre leur portable. Et si ça sonne, j’exige qu’ils ne répondent pas ou, à tout le moins, de se garer. » Opposé au kit mains-libres, Adama Ndoye affirme qu’il est « la source même du danger. C’est surtout le fait de discuter qui divertit, et pas les mains ».

Aujourd’hui, il dit se conformer du mieux qu’il peut aux textes, ce qui ne lui épargne pas pour autant une mésaventure comme celle-ci. « Un policier m’a pris en flagrant délit. J’étais prêt à payer la sanction légale. Pour une solution à l’amiable, il m’a réclamé 5 000 francs Cfa afin d’acheter du crédit téléphonique. J’ai refusé la transaction par principe. Au commissariat, j’ai payé 6 000 francs pour récupérer mes papiers. Une somme plus élevée que ce que l’agent me demandait. »

Astou Winnie Bèye

(Source : Le Quotidien, 2 avril 2009)

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