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Sommet mondial de l’information : Les effets d’annonce de Wade

samedi 13 décembre 2003

La grand messe genevoise a donc pris fin hier soir avec des fortunes diverses pour les différents participants. Et comme il est de coutume dans ce genre de rencontre onusienne, on adopte pour la circonstance, un langage cotonneux pour dire par exemple, comme le président de la Confédération Suisse, M. Pascal Couchepin, que ce Sommet mondial sur la société de l’information (Smsi) a accouché un « compromis solide » et qu’il « retiendrait de Genève 2003, le lancement d’un nouveau dialogue international et d’un nouveau concept politique, celui de la solidarité numérique ».

Ce sommet qui a donc coûté plus de dix millions d’Euros aux contribuables suisses (environs 6, 5 milliards de francs Cfa), mobilisé pendant trois jours quelque 11 000 délégués de 175 pays, 663 organisations non gouvernementales, 11 entreprises privées et 72 organisations internationales, ressemble finalement à ces grands rendez-vous onusiens : ergoter pendant de longues heures pour n’aboutir qu’à des déclarations d’intention. Genève 2003 n’a pas à son tour échappé à la règle faisant de ces entrevues une grosse perte de temps ou tout simplement une farce de mauvais goût.

Certains l’avaient peut-être pressenti et c’est pourquoi bon nombre de « grands » de ce monde n’ont pas daigné faire le déplacement laissant cette « nouvelle comédie » aux chefs d’Etat des pays du sud et de l’Afrique particulièrement. La vedette de ce grand cirque est sans aucun doute Me Abdoulaye Wade qui a voulu une nouvelle fois passer comme le seul interlocuteur valable du continent africain, en lançant après le Nepad, dont on attend encore sa concrétisation, son fameux projet de Fonds de solidarité numérique. M. Couchepin de la Suisse a certes parlé de « solidarité digitale », mais on est encore loin des effets d’annonce que Wade délivrera à son arrivée à Dakar. Car parti pour convaincre des chefs d’Etat et les rallier à sa cause, il ne va, pour l’instant, obtenir que deux maires, Genève et Lyon. Tout le reste n’est qu’à l’état de promesses et de déclarations de bonnes intentions.

UNE DECLARATION DE PRINCIPES

Les participants au Smsi ont juste adopté hier une Déclaration de principes dans laquelle ils font part de leur conception commune de la Société de l’information, ainsi qu’un Plan d’action visant à traduire en mesures concrètes cette conception commune.

Ces « grands messieurs » se disent ainsi pleinement résolus à faire de la fracture numérique une occasion numérique pour tous. La Déclaration de principes reconnaît que l’édification d’une société de l’information inclusive exige de nouvelles formes de solidarité, de partenariat et de coopération entre tous les Etats, le secteur privé, la société civile et les organisations internationales et lance un appel à la solidarité numérique, aussi bien à l’échelle des nations qu’à l’échelle internationale.

A cet égard, la Déclaration de principes prend bonne note de la volonté exprimée par certains de créer un « Fonds de solidarité numérique international » alimenté par des contributions volontaires, et par d’autres, d’entreprendre des études concernant les mécanismes existants, ainsi que la possibilité de créer un tel fonds qui soit efficace. Pour voir la concrétisation véritable de ce fonds de Wade, il va falloir attendre, et si l’on est patient, se donner rendez-vous lors de la deuxième phase du Sommet qui se tiendra à Tunis, du 16 au 18 novembre 2005.

Maintenant à défaut d’avoir un engagement ferme des pays du Nord et en attendant de voir ce que la ville de Turin fera dans les semaines à venir, ce sont les mairies de Genève (500 000 CHF soient près de 211 millions de francs Cfa), Lyon (300 000 euros soient près de 211 millions de francs Cfa) et le gouvernement du Sénégal (500 000 dollars soient près 266 millions de francs Cfa) qui ont tenu à suivre Wade dans ce que ce dernier risque de comptabiliser comme étant un des grands projets de son septennat, au moment d’asseoir son bilan lors des prochaines échéances électorales. Suivant les vœux de Wade, ce fameux fonds sera donc hébergé à Genève. Un consultant sera engagé pour concevoir la structure du fonds qui devra être géré à la fois par le service public, la société civile et le secteur privé. Contrairement au Nepad, ce projet devrait, nous dit-on, être opérationnel avant mai 2004, si l’on se réfère à l’agenda fixé par les parties sénégalaise et genevoise.

LOT DE CONSOLATION DE WADE

Du coup, Wade pourra se consoler avec ce projet genevois et se dire au moment de fouler la passerelle de la terre sénégalaise : « Je ne suis pas rentré avec les mains vides après cet énième voyage à l’étranger. J’ai au moins un engagement immédiat ». On le suivra alors dans cette logique tout en restant lucide face à la litanie de discours de l’entourage de la délégation sénégalaise, au langage cotonneux des diplomates du Nord et se rendre compte que ce fonds devant réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud était voué bien avant le Smsi, à l’échec malgré cette sorte de compromis notée à Genève avec ces formules vagues ou ambiguës qui feront dire à certains membres de la pléthorique délégation sénégalaise à ce Smsi que « Genève 2003 a été un succès ». Dans ces conditions, Wade et sa cour mériteraient bien un accueil très populaire et du genre populiste pour dire un « grand merci à ces défenseurs » de l’Afrique. Mais comme le disait le Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, « il ne s’agit pas de rêver, il s’agit de construire ».

Or pour construire, il va falloir être plus convaincant pour mieux séduire les partenaires occidentaux qui ne cachent pas leur scepticisme face à la sincérité de ses nouveaux projets des Africains.

Wade devra donc être plus explicite dans ses déclarations pour ne plus dire par exemple à certains que bientôt 80 % des ménages du Sénégal pourront surfer sur le net tout en sachant jusqu’au fond du cœur, que les populations de Bokhydiawé ou de Diattacounda se demanderont alors de quels ménages parlent leur président.

Sinon tout ce tintamarre fait autour de cet énième projet de Wade risque d’être que du bla-bla. Et pour quelqu’un qui ose jouer les comparaisons avec le très respectable Mandela, il va falloir trouver une autre formule et d’autres résultats pour espérer convaincre le cœur des Sénégalais lambda. Surtout que pour le moment, le bilan du régime de l’alternance et de Wade rime avec les résultats obtenus sur le plan diplomatique ?

Sandrine JOLY

(Source : Le Quotidien 13 décembre 2003)

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