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" Réseau bi ", marché de téléphone portable et centre d’affaires pour les jeunes de Louga

mercredi 12 septembre 2012

Avec la crise de l’emploi, c’est le système "D" (débrouillardise) à Louga. Pour sortir de la galère, les jeunes, qui ont tourné le dos à l’émigration clandestine, ont investi un nouveau créneau : la vente de puces et de téléphones portables. Ils sont environ plus de 200 à squatter, tous les jours, le jardin public octroyé par la mairie, transformé en un véritable marché appelé "Réseau Bi". Ils y mènent leurs activités et gagnent honnêtement leur vie.

Scène de marchandage à la sénégalaise pour acheter un téléphone portable. Un adulte de plus de 50 ans entouré de trois jeunes négocie le prix d’un portable double puce. "Je ne peux pas payer 30000 FCfa, c’est cher", lance-t-il. Pour le principal vendeur le prix est abordable car c’est une marque de qualité.

Ainsi va le quotidien de Bara Niang. Comme la plupart des gens de son âge, il fréquente, depuis maintenant plus de 3 ans, le site. Un espace public, mais pas n’importe lequel. Il s’agit d’un jardin public, situé à la hauteur du passage à proximité du village artisanal de Louga. Ce jardin que la mairie a octroyé aux jeunes et transformé en un véritable marché pour la vente de téléphones portables, de puces, de matériels informatiques et d’autres accessoires.

Des tables par ci, des tabourets par par là, des étagères par ci. Le décor du milieu suscite beaucoup de curiosité. Le coin est connu de tous, même pour un étranger qui debarque dans la ville. Car il suffit simplement de demander un lieu pour acheter un portable, pour qu’il soit orienté vers ce milieu communément appelé "Réseau Bi". Le maître des lieux Pape Sène, la cinquantaine révolue, nous accueille pour nous installer sur un des bancs publics. "Bienvenue au Réseau Bi" , lance-t-il. L’homme, plus âgé que tous ces jeunes qui fréquentent le milieu, est le président du Gie "Réseau Dolel Louga". La structure portée sur les fonds baptismaux en 2009 regroupe une vingtaine de jeunes qui ont embrasé ce métier, tous des "débrouillards". Ils vendent des téléphones portables et des puces dans ce quartier général qui refuse du monde tous les jours. C’est cette structure qui a en charge la gestion du jardin.

Au départ, une activité en pleine rue

Revenant sur le processus qui a amené ces jeunes vendeurs de portables à s’installer sur cette place publique, M. Sène explique qu’au début, la vente se faisait en pleine rue, explique-t-il. Ces jeunes occupaient la voie publique de façon anarchique, depuis des années, pour exercer ce commerce de portable. L’activité se déroulait, dans les temps, sur l’avenue de la gare, entre le commissariat de police et la boulangerie Cheikh Amadou Bamba. Seulement, souligne Pape Sène, le développement de ce petit commerce sur cette principale avenue avait fini par créer un encombrement monstre sur la voie publique, à tel point que la mairie a décidé, en fin 2009, de déplacer les jeunes en leur octroyant ce jardin public, loin des tracasseries policières.

On y gagne bien sa vie

Ici, des jeunes âgés entre 17 et 35 ans, et même plus, gagnent quotidiennement leur vie sur la place, en vendant des téléphones portables de toutes marques, du matériel informatique, des puces et d’autres accessoires. Ouvert dès 8h, le lieu grouille de monde jusqu’à des heures tardives, parfois jusqu’à 23 heures. "Réseau Bi" est devenu, par la force des choses, le lieu de convergence de tous les Lougatois qui veulent acheter ou vendre un téléphone portable. "Nous avons aménagé ici pour gagner honnêtement notre vie. Au lieu se voler, d’agresser des gens ou faire autre chose, nous préférons acheter des portables pour les revendre et tirer lez bénéficies qui nous serviront à nous prendre en charge", explique Bara Niang. Le jeune homme de préciser qu’il a passé plus de deux ans sur cette place. Dans ce petit marché, il assure qu’il y en a à tous les prix. Selon lui, au marché "Réseau Bi" de Louga, le portable est à la portée de toutes les bourses.

Les prix de vente des téléphones portables varient selon 3 critères essentiels à savoir : leur marque, leur provenance et surtout leur état. "Je vends des portables qui proviennent de l’Europe. Des émigrés ou des membres de leur famille me les envoie pour que je les revende" fait-il savoir. Il ajoute : "parfois aussi j’achète sur le tas de téléphones de nos soeurs et mamans ne maîtrisant pas certaines marques et qui préfèrent des portables simples et plus faciles à manipuler".

Bara Niang, qui fait de bonnes affaires depuis des années, refuse, néanmoins, de donner une idée de ses bénéfices. "Dieu merci, nos ventes ne sont pas miraculeuses, mais nous ne nous plaignons pas", confit-il. Son collègue Amadou Lô Sarr, alias "Pento", est lui plus catégorique. "Vraiment ça va, ça marche vraiment bien. Chaque jour je rentre à là maison avec au moins 4000 ou 5000 francs Cfa", précise-t-il. À part, la vente de téléphones, "Pento" procède à des échanges moyennant quelques sous. "Parfois je donne un téléphone neuf contre un téléphone déjà utilisé, mais moyennant une somme d’argent qui varie entre 10 et 15 000 francs Cfa. Ces téléphones peuvent être usés vu de l’extérieur, par habillage dégradé, ou à cause d’une batterie morte. Mais, pour moi, l’essentiel est de ne pas accuser de perte. Il suffit que je remette un habillage neuf à 1500 francs et une batterie neuve à 2000 francs pour les revendre à bon prix", révèle-t-il. Pour "Pento", de toute façon, on y gagne toujours. Mais à côté des téléphones notre bonhomme vend également des appareils photos numériques et répare des téléphones en panne.

Assainir le milieu

Pour ce type d’activités, la principale crainte, sinon le risque majeur encouru, c’est de se retrouver coupable de recel. De l’avis de la plupart de ces jeunes qui veulent rester très prudents dans l’exercice de ce métier. Parmi cette foule de personnes qui viennent faire des affaires, on peut y voir n’importe qui. "Dès fois, il nous arrive de tomber sur des téléphones suspects, ou des gens qui ne nous inspirent pas confiance. Mais nous faisons dans la prudence", argue-t-il.

Selon toujours Amadou Lô Sarr alias "Pento", des voleurs peuvent infiltrer le milieu pour vendre de la marchandise volée. Pape Sène, le capitaine des lieux, s’évertue à veiller tous les jours au grain, pour que l’endroit ne soit Paz un.lieu de recel, où les voleurs viennent écouler leur butin. Il atteste tout de même de la bonne marche du marché qu’il tente d’assainir en surveillant les jeunes qui le fréquentent, en veillant sur leur identité ainsi que l’origine de la marchandise qu’ils proposent.

"Nous essayons à chaque fois de contrôler les gosses. Nous cherchons à mieux connaître pour éviter qu’il expose les clients en leur vendant des portables volés, car ils pourront être accusés de recel", indique-t-il. Dans ce cadre poursuit-il, "nous collaborons avec la police qui souvent, nous rend visite ou nous interpelle en cas de déviance. Parfois même quand il y a des cas suspects qui suscitent une polémique, les gosses viennent me voir, et c’est moi même qui avise la police".

Mais pour M. Sène, l’essentiel pour ces jeunes c’est de pouvoir gagner honnêtement leur vie. "Dieu merci, jusque là tout se passe à merveille et les gosses s’en sortent bien parce que la plupart d’entre eux règle leurs problèmes à partir d’ici et prenne bien en charge leur famille", se réjouit-il. À en croire M. Sène, plus de deux cent jeunes fréquentent ces lieux. Certains ont décidé de tourner le dos à des pratiques malsaines et d’autres ont renoncé à s’embarquer dans les pirogues pour aller en aventure et ne jamais revenir dans leur famille.

Un espace devenu exigu

Le seul problème rencontré c’est l’exiguïté du lieu. Il ne peut plus contenir et recevoir tout ce beau monde, surtout en période de fête où les gens marchandent même dehors sur la chaussée, en obstruant la rue. Pire, les vendeuses de café quoi ont aménagé sur le site, quoique rendant un service aux jeunes qui travaillent dans le " Réseau" et leurs clients occupent une bonne partie de l’espace. Ainsi, selon lui, l’idéal serait que le site soit délocalisé encore ou, à défaut, que a mairie réaménage et réorganise l’espace en y créant de petites cantines et surtout des toilettes. " Il y a une toilette mais ce n’est pas fonctionnelle, faute d’eau", précise-t-il.

Pape Sène explique que son Gie, qui cherche une solution à ce problème, est mis en contact avec des partenaires, notamment certains opérateurs mobiles, par la mairie. Cependant, ces derniers tardent à réagir pour assurer un accompagnement du développement de cette activité économique menée par les jeunes. Des jeunes plus que jamais déterminés à sortir de la galère et qui souhaitent d’être davantage aidés par les autorités.

Ousmane Mbengue

(Source : Le Soleil, 12 septembre 2012)

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