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Projet « Dot Africa » Un impératif de souveraineté

vendredi 21 octobre 2011

Au-delà de l’enjeu financier, le projet « Dot Africa » répond, selon des experts africains, à une question de souveraineté et d’authenticité africaines. Lors de son dernier sommet tenu à Singapour, en juin 2011, l’Icann a pris la décision de lancer de nouveaux noms de domaines à partir du 12 janvier 2012.

Concrètement, cela donne la possibilité d’avoir des noms de domaine avec des extensions autres que les « Dot Com » ou « Dot Org » habituelles. Dans ce sillage, l’Afrique a adopté l’initiative « Dot Africa », c’est-à-dire d’ouvrir des noms de domaines avec comme extension « .africa ». Selon Moctar Yedaly, qui pilote le projet au nom de l’Union africaine, après une prise en compte des directives de l’Icann, un appel d’offres international devrait être bientôt lancé pour sélectionner un opérateur chargé de la gestion de ce nom de domaine. En réalité, l’Ua n’a ni la vocation - le projet n’était même pas dans son agenda - ni les compétences techniques pour gérer ce processus complexe, mais entend bien jouer un rôle de « garant moral » et « bâtir des alliances stratégiques » autour du projet, du fait des enjeux politiques et économiques y afférents.

En effet, pour beaucoup de participants, au-delà de l’enjeu financier, il s’agit avant tout d’une question de souveraineté, d’identité ou d’authenticité africaine, puisque les autres continents disposent déjà de leurs noms de domaines. Mais les divisions et l’absence d’une entité africaine techniquement capable de gérer le projet risquent fort d’affaiblir la position de l’Ua dans sa volonté de « sécuriser » le nom de domaine Dot Africa auprès de l’Icann. Le danger est que cette instance risque tout simplement de refuser de reconnaître la légitimité de l’Ua de faire valoir ses droits sur ce nom de domaine, si les Africains ne parlent pas d’une seule voix, prévient M. Yedaly.

L’autre défi auquel est confronté l’Afrique, c’est le passage de l’IPV4 à l’IPV6 comme certains pays développés s’y sont déjà engagés en raison de l’épuisement imminent des adresses de l’IPV4. Là aussi, si l’Afrique reste à son niveau technologique actuel (IPV4), le risque est de ne plus pouvoir aller vers les plates-formes qui auront basculé vers l’IPV6, puisque les deux IPV ne sont pas compatibles. C’est pourquoi la délégation sénégalaise insiste sur la nécessité d’avoir un « agenda africain » pour défendre les intérêts du continent auprès de l’Icann. Le ministre Guirassy a interpellé les experts africains sur ces questions (notamment celui du projet Dot Africa) afin de fournir aux dirigeants politiques les arguments de défendre des « positions courageuses » et reflétant les intérêts de l’Afrique au sein des instances internationales de gouvernance de l’internet.

Seydou Ka

(Source : Le Soleil, 21 octobre 2011)

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