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Programme 100 000 logements : Encore un autre projet à caractère social pour mieux piéger les élections au Sénégal

dimanche 1er mars 2020

Lors de l’élection présidentielle du 24 février 2019, il est apparu que le candidat Macky Sall avait recruté un conseiller en « Analyse de données » la société Française Spallian. Cette société est ­à l’origine du logiciel de big data électoral « Corto » dont la base de données peut être alimentée directement par les équipes sur le terrain avec l’interface web ou l’application mobile « ­Memento­ ».

Apparus aux États-Unis au début des années 2000, les logiciels de stratégie électorale ­permettent à des partis politiques où des candidats qui n’existaient pas il y a un an, de gagner une élection un an plus tard. L’un des principaux avantages de ces outils est qu’ils sont particulièrement adaptés aux structures à faible implication militante, ainsi avoir un parti politique bien structuré et organisé avec des militants engagés n’est plus nécessaire pour gagner une élection à l’ère du numérique.

Cependant, sans le « ­big data­ » ces logiciels sont inutiles, aussi la collecte et le traitement des données personnelles sont devenus la pierre angulaire des nouvelles stratégies électorales des partis politiques. Aussi, avoir une stratégie de collecte de données afin de créer une base de données bien fournie et de qualité est devenu un atout fort pour tout ­candidat à une élection.

Ainsi, à la fin de la campagne de parrainage, lors de l’élection présidentielle du 24 février 2019, la coalition au pouvoir a déclaré avoir collecté plus de 3600000 parrains.

Il faut d’abord noter, qu’il est impossible de collecter 3­600­000 parrains en un peu plus de trois (3) mois (la campagne de parrainage s’est déroulée du 27 août au 11 décembre 2018). Pour atteindre ce nombre, il fallait collecter environ des données personnelles de 40­000 personnes par jour. La logistique pour atteindre un tel objectif est titanesque et aucun parti politique au Sénégal n’en dispose.

Par conséquent, nous pensons que la « ­Coalition Benno Bokk Yaakaar­ » ­a démarré sa campagne de collecte de parrains bien avant le vote de la loi n°22/2018 portant révision du code électoral instituant le parrainage.

En effet, un membre de l’équipe de collecte de données de cette coalition révèle dans une interview au journal « ­The Mail & Guardian­ » que leurs opérations de parrainage ont débutés un an auparavant, à l’issue desquelles, l’équipe a collecté 3­ 500 000 parrains.

Ainsi donc, la « ­Coalition Benno Bokk Yaakaar­ » n’aurait collectée que 100­000 parrains durant la période de parrainage, ce qui semble beaucoup plus faisable, et non 3­600­000 comme précédemment annoncé.

Dès lors, se pose la question de la légalité de cette collecte, en amont de la loi sur le parrainage, des données personnelles des Citoyens Sénégalais à des fins de profilage politique pour gagner l’élection présidentielle.

Ces données ne peuvent pas etre traitées ni dans un fichier Excel encore moins manuellement donc nécessairement, un logiciel électoral a été utilisée, et certainement, « ­Corto­ » celui du conseiller en analyse de données du candidat Mack Sall.

En outre, la collecte de cette masse de données ne peut pas se faire à l’improviste. L’équipe de collecte n’est pas parti au hasard pour collecter des données. En effet, seule une stratégie et un plan de mise en œuvre bien élaborée, en amont de la phase de collecte des parrains, peuvent permettre de réaliser un tel travail.

Aussi, nous estimons que les projets à caractère social du Gouvernement du Sénégal (les Bourses de Sécurité familiale, la Couverture Maladie Universelle, les Cartes d’Egalité des chances, la Délégation à l’Entreprenariat Rapide, etc), ont constitué le point de départ de cette gigantesque opération de collecte de données personnelles des Sénégalais.

Tous ces projets sociaux ont un dénominateur commun­ : ils créent des bases de données qui permettent d’identifier et de localiser de potentiels électeurs économiques vulnérables, pour ne pas dire indigents.

De potentiels électeurs qui ne votent ni pour un programme encore moins pour un projet de société mais pour le quotidien à savoir de quoi manger au jour le jour. Donc, des projets sociaux qui ont tous des soubassements politiques.

Cette base de données de plus de 3­600­000 parrains sera croisée avec le fichier électoral pour identifier ceux qui sont déjà inscrits et inscrire ceux qui ne le sont pas encore, pour en faire de potentiels électeurs du candidat Macky Sall.

A la lumière de ce qui précède, on comprend mieux les propos du Ministre de l’Intérieur, tenus, le 25 février 2018, un an avant la dernière l’élection présidentielle­ : « ­J’ai la ferme intention de travailler pour que le Président Macky Sall gagne au 1er tour de l’élection présidentielle du 24 février 2019. Pour cela, d’abord je ferai inscrire tous ceux qui veulent voter pour Macky Sall. Je m’emploierai pour qu’ils récupèrent leurs cartes d’électeurs et je les aiderai à aller voter pour Macky Sall­ ».

Cette stratégie électorale basée sur la collecte de données personnelles des Citoyens Sénégalais pour identifier et localiser des électeurs économiquement vulnérables, dont l’opinion politique peut être facilement manipulée par l’argent est en train d’être consolidée en vue des élections locales par la mise en œuvre du projet « ­100000 Logements­ ».

En sus des actions de terrain pour collecter les données personnelles des sénégalais, le projet a lancé une plateforme numérique.

Un projet à l’horizon de la prochaine élection présidentielle de 2024, dont la faisabilité est mise en doute par le conseil d’administration du collège d’architecture de Dakar mais aussi par une partie de la société civile.

Certainement, une zone de la brousse, inhabitable par manque d’infrastructures de base, sera débroussaillée, morcelée et distribuée a grand coup de communication pour inciter les sénégalais à s’inscrire.

Déjà, on nous annonce environ 10­000 inscrits en un jour, voir 42­000 en deux. Eu égard au taux de pénétration d’internet et du niveau d’appropriation du numérique par les Sénégalais, ces chiffres semblent fantaisistes.

En outre, nous ne pensons pas que le ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique dispose d’un serveur qui puisse accepter autant de requêtes en si peu de jour.

Dès lors, les données collectées ne peuvent être que dans le « ­cloud­ » exactement dans les serveurs en France du conseiller en analyse de données du candidat Macky Sall, Spallian. Des données sensibles de millions de Sénégalais, entre les mains d’une société privée française à des fins électorales.

Une société française qui ne se soucie guère ni de la légalité des données collectées ni de leur utilisation frauduleuse dans son logiciel de stratégie électorale « ­Corto­ ». Un receleur des données personnelles des Sénégalais, voilà ce qu’est Spallian, société conseillère en « ­big data­ » du candidat Macky Sall.

Pourtant, la France est le champion de l’éthique dans le numérique. Mais ce discours français sur l’obligation de respecter les droits humains dans le numérique se tient face aux Américains et aux Chinois. En Afrique, continent toujours en retard, manipulable et corvéable, l’éthique dans le numérique est rangée dans les tiroirs.

Cette collecte de données personnelles ne saurait être légale. La finalité, qui est de permettre aux Sénégalais à revenu modeste d’acquérir un logement décent, est déjà floue et imprécise. C’est quoi un logement décent­ ? Quels sont les critères pour qualifier un logement de décent ou précaire­ ?

Que dit alors la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) sur cette collecte de données personnelles des sénégalais­ ?

Saisie, la CDP affirme que la plateforme lui a été déclarée le 02 Janvier 2020 par le ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique et qu’une décision n’a pas encore été prise.

Ainsi donc, l’opération de collecte de données personnelles des Sénégalais initiée depuis le 20 décembre 2019, par le ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique est illégale. Pire encore aucune politique de confidentialité n’est publiée pour permettre aux Sénégalais d’exercer leurs droits.

Par conséquent, l’ASUTIC­ :

  • Demande, à la CDP d’envoyer une lettre de mise en demeure au ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique pour une cessation immédiate de cette collecte de données personnelles, de détruire les données déjà collectées et de régulariser sa situation en vue d’une nouvelle collecte­ ;
  • Appelle, les sénégalais à ne pas utiliser cette plateforme tant que les outils permettant l’exercice de leurs droits ne sont pas mis en place­ ;
  • Exhorte les parties politiques, la société civile à s’intéresser et à se saisir de cette question de la collecte de données personnelles en contexte politique et électoral.

Fait à Dakar, le 01/ 03 / 2020
Le Président Ndiaga Guèye

(Source : Blog de l’ASUTIC, 1er mars 2020)

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