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Pourquoi la surtaxe des appels entrants est dangereuse

jeudi 8 septembre 2011

« Imaginez que la direction de la concurrence demande aux boulangers d’ajouter 105 francs au prix du pain, de lui reverser cette somme afin qu’elle reverse 51,45 francs à une société haïtienne chargée de contrôler les quantités de pain vendu. » C’est en ces termes qu’une note interne de la Société nationale des télécommunications (Sonatel) explique la surtaxe des appels internationaux entrants.

Cette surtaxe s’élève à 60% du tarif des appels terminés au Sénégal. La minute de tarification d’un appel de l’étranger vers un téléphone fixe sénégalais, qui était fixée à 65,59 francs cfa, l’est désormais à 141,03 francs cfa. La minute de tarification d’un appel vers un mobile passe de 91,83 francs cfa à 141,03 francs cfa. Les surplus de 49,20 francs par minute sur le mobile et de 75,45 francs sur le fixe sont collectés par l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp) pour le compte de l’Etat. Le total de la collecte, du 1er août au 19 novembre 2010, s’est élevé à 17 milliards de francs cfa, tous opérateurs confondus. Ou à 15,2 milliards comme annoncé par l’Artp ? Où sont passés les 2 milliards ? « Aucune loi de finance ou loi de finance rectificative n’a été votée pour autoriser la perception ou déterminer l’affectation de cette somme de 17 milliards dont la destination est aujourd’hui un mystère », ajoute Sonatel.

Au surplus, indique un mémorandum de l’Amicale des cadres de Sonatel, « pour les familles dont certains membres vivent hors du Sénégal, la hausse du coût moyen des appels a eu pour effet de réduire non seulement le nombre et la durée des appels mais aussi les sommes d’argent envoyées et qui avoisinent en moyenne 300 milliards de francs cfa par an. » A titre d’exemple, « aux Etats-Unis, la carte de 5$ qui permettait d’appeler vers le Sénégal pendant 40 minutes sur le fixe et 22 minutes sur le mobile, ne permet plus depuis le 1/8/2010 d’appeler que 13 minutes sur le fixe comme sur le mobile. En Europe, particulièrement en France, Italie et Espagne où résident de très fortes communautés sénégalaises, la carte de 6,5 euros qui permettait d’appeler pendant 90 minutes ne permet plus aujourd’hui d’appeler que pendant 30 minutes. »

A l’inverse des chiffres contenus dans le document de Global Voice qui a convaincu le chef de l’Etat de signer le décret instituant la surtaxe (83 millions de minutes d’appels entrants chaque mois entre le 1er août et le 19 novembre, soit une hausse de 3% ; une hausse de 7% de la durée des appels), Sonatel indique que son volume de trafic entrant a baissé de 14% au cours de cette période. Les chiffres fournis à l’Artp en font foi : 8 073 883 minutes d’appels sur le fixe et 70 389 346 minutes sur le portable entre le 1er et le 31 août 2010 ; 8 397 130 minutes et 68 245 608 minutes entre le 1er et le 30 septembre ; 6 876 561 et 65 743 350 du 1er au 31 octobre. D’où viennent donc les chiffres de Global Voice ? Réponse de Nafissatou Dia Diouf, directrice de la communication de Sonatel : « De l’imagination de leur auteur. »

En outre, « les opérateurs africains qui sont parmi le top 10 du trafic sortant de la Sonatel vont appliquer la réciprocité. (...) En 2010, face à la hausse des coûts de terminaison au Sénégal, les opérateurs étrangers ont appliqué la réciprocité en augmentant eux aussi le prix de la terminaison entrante dans leurs réseaux », précise le mémorandum. En clair, une surtaxe de 60% est appliquée au coût des appels émis par les Sénégalais vers l’extérieur.* Mais le plus inquiétant n’est pas là, il réside dans la violation du secret des correspondances : les numéros de l’appelant et de l’appelé, la provenance et la durée de l’appel... sont fournis à l’Artp et à Global Voice. L’application de la surtaxe condamne Sonatel à une baisse progressive de son trafic, de son chiffre d’affaires, de sa compétitivité dans un environnement international où il s’oppose à des géants comme MTN, Celtel, Zain, Tigo... Faut-il fragiliser Sonatel qui représente 25% de la croissance du PIB et fournit 12% des recettes fiscales de l’Etat ? De surcroît pour enrichir une entreprise haïtienne et donner à l’Artp une cagnotte qui échappe aux règles de gestion du budget de l’Etat ?

« Le promoteur de l’idée de la surtaxe reçoit 150 milliards sur 5 ans alors que les coûts qu’il supporte sont inférieurs à 2 milliards », s’indigne le document interne cité ci-haut. Abdoulaye Wade aurait dû écouter le son de cloche de Sonatel après avoir lu le document de 33 pages de Global Voice qui sert de base à la signature du décret instituant la surtaxe sur les appels entrants.

Cheikh Yérim Seck

(Source : DakarActu, 8 septembre 2011)

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