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Mor Talla Diop, Administrateur adjoint chez Gainde 2000, rapporteur de l’Afrique subsaharienne à l’UN/CFACT : « Le vrai défi des transactions électroniques au Sénégal concerne la mise en pratique des mesures édictées »

lundi 22 juillet 2019

L’administrateur adjoint chez Gainde 2000, Mor Talla Diop endosse le mandat du Sénégal, récemment élu rapporteur pour l’Afrique subsaharienne au Centre des Nations Unies pour les transactions électroniques (UN/CFACT). Il revient dans cet entretien sur sa mission, mais également estime que les dispositions en matière de transactions électroniques ne sont pas toujours appliquées malgré qu’elles existent dans l’arsenal juridique et réglementaire du pays.

Vous endossez le mandat du Sénégal, élu Rapporteur pour l’Afrique subsaharienne à l’UN/CEFACT, et chargé de poursuivre le processus de révision de la recommandation 33 relative au guichet unique. Qu’est-ce que cela renferme ?

Vous savez, l’UN/CEFACT produit beaucoup de recommandations. Pour celle 33 et son processus de révision relativement au guichet unique électronique, Gainde 2000, en tant qu’opérateur du guichet unique national, est chargé de son implémentation dans la région Afrique subsaharienne. Le Sénégal, à travers Gainde 2000, joue donc un rôle prépondérant, en termes de vision de ce que doit être un guichet unique, (ses différentes composantes, les indicateurs de mesure, ses facteurs de succès, etc). L’administrateur général de Gainde 2000 (Nour Eddine Diagne, Ndlr) est également le chef de projet de la révision de la recommandation 33, qui est publié sous la forme d’un « Guide » qui doit permettre à tous les pays qui veulent mettre en place un guichet unique de s’y référer. Donc, en tant que project lead, nous collectons des expertises de pays différents et les mettons en synergie pour la mise en œuvre de la recommandation 33.

Elle date, néanmoins, de 2008. Il s’agit maintenant de l’adapter aux rapides évolutions du commerce numérique.

Gainde 2000 milite activement pour la transformation digitale des entreprises. Globalement, comment se positionne le Sénégal dans cette nouvelle dynamique ; à la traîne ou fait-il figure de proue ?

Je ne pense pas que le Sénégal soit à la traine. On peut cependant parler de paradoxe, si l’on considère que le Sénégal occupe une position de pays visionnaire dans beaucoup de domaines, le numérique notamment, mais le bât blesse dans l’implémentation et la mise en œuvre des avancées. Donc, le vrai défi concerne la mise en pratique de toutes les mesures prises. Or, cela doit se matérialiser au niveau du ministère, des structures étatiques et privées ; bref, dans tous les organes de mise en œuvre et d’accompagnement de la dématérialisation des procédures et de la digitalisation des entreprises.

Heureusement qu’aujourd’hui, les entreprises prennent conscience qu’elles ne peuvent plus continuer à exister si elles n’intègrent pas la digitalisation au cœur de leur process. Que ce soit dans les secteurs de la téléphonie, des banques, de l’assurance, etc. Qu’importe la typologie des structures, pour être plus performante, aucune entreprise ne peut se passer d’une stratégie digitale.

Sur une échelle de 0 à 10, quelle serait la note du Sénégal en terme de transformation digitale des entreprises ?

Tout dépend du pays auquel le Sénégal se compare et des référentiels. En Afrique, le Sénégal accomplit de très gros efforts. Rien que le fait de déclarer qu’il faille dématérialiser toue l’administration constitue un message très fort. Dans la sous-région ouest-africaine, il est clair que le Sénégal fait office de tête de pont, en terme d’initiatives de dématérialisation. Par rapport à la Côte d’Ivoire, par exemple, notre pays bénéficie de plus d’atouts technologiques pour la mise en œuvre plus rapide de la numérisation.

Après, il y a l’Afrique de l’Est et l’Afrique anglophone qui, disons, seront à 8 tandis que le Sénégal sera à 6 sur une échelle de 0 à 10. En tout cas, il arrive un temps pas très lointain où les entreprises qui ne seront pas dans la dématérialisation peineront à survivre.

Qu’en est-il du cadre réglementaire et juridique sénégalais. Est-il adapté à la transformation digitale des entreprises qui selon vous est irréversible ?

Le cadre juridique existe. Il a été défini par l’Agence de l’informatique de l’Etat sous la forme d’un recueil de lois votées depuis 2008, et qui encadre l’utilisation des supports électroniques. L’utilisation et la mise en œuvre sont très lentes. Prenez le cas d’Orbus, qui intègre la signature électronique dans la numérisation des documents et qui leur donne une valeur probante.

Mais curieusement, l’utilisation ou l’acceptation de de ces documents électroniques comme preuves dans le cas d’un litige au niveau des tribunaux n’est pas acquise ou acceptée, même si la loi existe ! Tout pour dire qu’au-delà de l’existence d’une loi, il y a une une invite au changement, une sensibilisation des populations pour comprendre qu’aujourd’hui, un document électronique avec l’ensemble des composantes : signature, cachet, etc., porte la même valeur probante qu’un document papier classique. Il faut du temps pour que cela puisse être adopté par tous. Ce changement interviendra progressivement.

Certains pointent un problème de disponibilité des données qui se pose en Afrique, notamment dans le domaine médical. Y a-t-il réellement une absence de données sur le continent ?

Est-ce l’absence de données ou les moyens de les collecter qui font défaut ? Prenons votre exemple, les données médicales. Elles existent à l’état physique, donc non dématérialisées. Il faudra juste, aujourd’hui, mettre en place les opportunités d’avoir de meilleurs moyens de les collecter pour les numériser ; que cela soit les données médicales dans les établissements de santé, les données de naissance dans les mairies, les maternités, les fiches scolaires, etc. Tout cela existe physiquement, c’est-à-dire en version papier. Il est donc temps de les collecter et de passer à leur numérisation.

Celles déjà stockées dans les mémoires des ordinateurs sont partageables et réutilisables à volonté. En gros, je dirai que le dispositif est en train de se mettre en place.

Est-ce que le Sénégal s’est réellement inscrit dans cette optique-là ?

C’est pourquoi je dis, aujourd’hui, tout l’effort de dématérialisation doit aller dans ce sens-là (la collecte des données, Ndlr). Maintenant, je dois préciser que la dématérialisation de l’état-civil, par exemple, ne veut pas juste dire numériser les archives. Cela signifie qu’à partir de maintenant, toute déclaration de naissance doit donner lieu à un acte d’état-civil qui, lui, est dématérialisé ; et les données numérisées doivent être stockées et cumulées au fur à mesure. Ainsi, plus tard, lorsqu’un enfant aura besoin d’un extrait pour s’inscrire à l’école, on n’aura pas besoin de s’encombrer ou de se fatiguer à chercher dans des piles de documents papier.

Mais on n’en est pas encore là ?

Il y a un début à tout. La dématérialisation fonctionne en mettant en place un dispositif, un support qui permet de collecter les données, etc. Ainsi, lorsque quelqu’un se rend à l’hôpital pour une radiographie ou une mammographie, qui sont produites par un appareil électronique, que ces données soient transcrites et transmises directement par voie électronique au médecin, et à l’ensemble des hôpitaux qui auront à recevoir ce patient.

Maintenant, on doit se poser la question de savoir si l’accès ou la transmission des données requiert auparavant l’autorisation du patient. Dans tous les cas, l’ensemble des services en charge de cette numération doivent respecter un certain nombre de formats et de standards unanimement établis.

Il s’agit d’une question très sensible, notamment avec la notion de protection des données à caractère personnel.

J’allais en venir. La dématérialisation va de pair avec le principe de la protection des données à caractère personnel. Il existe des normes pour éviter leur utilisation détournée. Donc, le fait de mettre en place un cadre à l’instar du RGPD (Règlement général sur la protection des données, Ndlr) constitue une mesure importante, malheureuse des personnes malveillantes continueront toujours leurs pratiques délictuelles. Pendant certains réfléchissent pour crypter, sécuriser, il y en a d’autres qui s’adonnent à faire le contraire. Il faut toujours être en veille, être en avance, sans tomber dans la sécurisation à outrance.

Entretien réalisé par Amadou Ba

(Source : InnovAfrica, 22 juillet 2019)

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