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M. Thierno Ousmane Sy Conseiller spécial du président de la République, chargé des Nouvelles technologies : « Sentel est le fast-food des télécommunications »

lundi 7 mars 2005

Le consommateur sénégalais devrait bientôt bénéficier enfin de la présence d’un nouvel opérateur de téléphone, qui viendra apporter un plus par rapport aux entreprises qui se partagent actuellement le marché. Le Conseiller spécial du président de la République, chargé des Nouvelles technologies, explique dans cette partie de l’entretien qu’il a accordée au Quotidien, les constats à la base de la volonté des autorités, et fait le point de la situation à l’heure actuelle. Il annonce par ailleurs, une grande innovation technologique où le Sénégal est en avance.

Vous êtes le Conseiller spécial du Président de la République, chargé des Nouvelles technologies. Avez-vous pu impulser des réalisations concrètes dans votre domaine ?

Dès après ma nomination, nous avons pu observer que la plupart de grands projets informatiques ou de télécommunications antérieurs, n’avaient pas pu être menés de manière optimisée, parce qu’il n’y avait pas l’environnement institutionnel adéquat. La première année, je me suis attelé à mettre en place des réformes qui permettent d’avoir l’outillage institutionnel pour mener de grands projets. C’est ainsi que nous avons créé la Direction informatique de l’Etat (Die) qui est en charge de toute l’informatique de l’Etat, c’est-à-dire, mettre en place des projets transversaux, informatiques, et conseiller les différents services de l’Etat qui font de la grosse informatique, en leur donnant des directions, des experts, en les accompagnant dans la mise en œuvre (implémentation) des projets. Notamment, sur le plan de la stratégie, de la sécurité informatique, etc. Parallèlement, nous avons créé l’Agence de régulation des télécommunications (Art) qui est chargée, comme son nom l’indique, de réguler le secteur, de mettre en place un environnement juridique clarifié, stabilisé, afin que les opérateurs qui sont en place sachent où ils sont, ce à quoi ils ont droit et ce à quoi ils n’ont pas droit, et quels sont leurs devoirs. Et afin que les potentiels investisseurs internationaux sachent en quoi ils vont investir le dollar ou l’euro qu’ils ont l’intention d’investir.

Ces deux institutions ont lancé de grands projets, pour répondre à votre question. L’intranet gouvernemental a été lancé par la Direction informatique de l’Etat (Die), il y a un an et demi. Il va être inauguré le 15 mars par le Président de la République. L’intranet gouvernemental c’est un réseau propre au gouvernement, indépendant des opérateurs. Il va permettre la téléphonie, des échanges des mails, une meilleure collaboration informatique entre les différents services de l’Etat. L’impact économique est certain. Tous les appels qui seront faits sur ce réseau seront gratuits, donc une très forte économie sur la facture des télécoms de l’Etat. Et nous avons l’intention, très vite, d’étendre ce réseau au niveau des ambassades pour que les communications téléphoniques internationales de l’Etat soient d’un coût quasiment nul.

Sous mon impulsion, le grand projet qu’on a confié à l’Art, c’est d’avoir rapidement un nouvel opérateur. Parce que nous avons considéré que la concurrence aujourd’hui, au Sénégal, n’était pas telle que le client sénégalais pouvait avoir un choix qui lui permette de faire descendre sa facture et d’avoir un meilleur service possible.

Ce nouvel opérateur de téléphonie a-t-il été déjà choisi ?

Pas du tout. J’ai lu dans la presse, il y a quelques jours, des allégations qui m’ont beaucoup fait sourire, concernant une société marocaine, Maroc Télécom. Il a été dit que cette société a été choisie, et qu’il y avait un certain nombre de dispositions qui ont été prises pour son installation. Je voudrais dire ici que ces allégations sont complètement fausses. Complètement. Moi, je suis en charge du processus de libéralisation. Le président de la République m’a chargé, en rapport avec les différents services compétents, de mener ce processus. J’ai regretté que ce genre de choses puisse être publiés dans la presse sans qu’on m’ait demandé mon avis. Alors que je suis celui qui a fait la concertation sur les télécoms, et qui suis à même de répondre à des questions concernant la troisième licence. Mais je pense que s’il y a ce genre de choses, c’est qu’il y a un vide. C’est vrai que nous n’avons pas vraiment pensé à communiquer. Mais le fin mot de tout cela, le voici. L’un des premiers actes que le président de la République a posés, a été de rendre publique sa position sur Sentel (le second opérateur sur le téléphone mobile, Ndlr). Cette société est arrivée dans le secteur des télécoms au Sénégal, en payant une licence à 50 millions de francs Cfa. Il faut savoir que le deuxième opérateur marocain a dû payer plus d’un milliard de dollars pour sa licence. Cela fait à peu près 600 milliards de francs Cfa. En Arabie saoudite, dernièrement, une licence a été donnée pour plus de deux milliards de dollars. Un peu plus proche de nous, en Mauritanie, une licence a été donnée pour plus d’une trentaine de millions de dollars. Voilà des chiffres dont on parle en général. Le chiffre de 50 millions de francs Cfa avait vraiment scandalisé le Président de la République et, à mon avis, avait scandalisé la totalité du peuple sénégalais. Il était donc important de mettre en place un dispositif qui permet de rattraper ces choses-là.

Comment vous y êtes-vous pris ?

Nous ne l’avons pas fait de manière trop brutale, parce que nous sommes un Etat de droit. Mais nous avons mis en place un système juridique et institutionnel qui permet de régler ce problème. Indépendamment des passions des uns et des autres. C’est ainsi que l’Art a demandé à être conseillée par un des plus grands cabinets du monde dans le secteur, McKinsey, et a travaillé de manière très précise et détaillée, pendant pratiquement deux ans. Pour savoir comment faire pour que le secteur soit optimisé, pour qu’il y ait plus d’emplois, pour que les Sénégalais aient un meilleur service. Aujourd’hui, les Sénégalais n’ont pas le meilleur service de télécommunications dont ils pourraient bénéficier. Même si la Sonatel a fait de grands efforts par rapport aux pays d’Afrique, nous considérons que nous pouvons aller plus loin. A la Présidence de la République, nous pensons que le Sénégal ne doit pas regarder derrière lui. Nous avons aujourd’hui un pays qui est d’un dynamisme tel que nous pouvons nous permettre de regarder devant nous. Pour nous, les services de télécommunications sont encore à améliorer. Ils peuvent encore être donnés à des prix beaucoup plus bas. Les Sénégalais doivent avoir la possibilité, quand ils ne sont pas contents d’un opérateur, d’aller dans les 24 heures, chez un opérateur concurrent. Et il faut que ce concurrent donne des services optimisés. Or, que se passe-t-il aujourd’hui ? Vous avez la Sonatel, qui a à peu près, 1600 employés. Et Sentel qui en a à peu près une centaine. Est-ce qu’on peut avoir une compétition fiable dans un même secteur ? La preuve de cela, c’est que Sentel ne fait pas de facturation mensuelle. Elle vend du prépayé. En télécommunications, c’est un peu le fast-food. C’est bien, mais il y a des clients, comme des entreprises, qui veulent aller plus loin dans leurs contrats de télécommunication. Mais une société ne fait ce genre de facturation que lorsqu’elle est fortement implantée. Un fast-food, ce n’est pas comme un restaurant. Quand vous voulez démonter un fast-food, vous le faites en deux jours. Un restaurant, c’est beaucoup plus compliqué. Cela veut dire que, pour qu’il y ait compétition, il faut que tous les opérateurs aient la même intention de rentrer dans le secteur, d’y être fort, et d’y rester. Et quand vous avez cette intention, vous commencez à recruter. Et l’Etat y gagne, parce que des jeunes Sénégalais qui sortent de l’Université peuvent avoir des emplois. La courbe de recrutement de Sentel aujourd’hui, est extrêmement faible. Mais nous voudrions avoir un opérateur qui recrute au même niveau que Sonatel, et qui va recruter encore plus, parce qu’ils sont en compétition. Si je réussis à faire cela, je réussis en même temps à faire baisser les coûts.

Ce que vous dites ne se justifie-t-il pas par le fait que la licence de Sentel ne se limite qu’à la téléphonie mobile ?

Toute la démonstration que je viens de faire, ne concerne que le secteur mobile. Mais, la question est pertinente. C’est pour cela que dans la foulée, nous voulons régler la question des autres services, en donnant une licence globale de télécommunication. Nous voulons un nouvel opérateur qui va faire du mobile, des services de données, qui va avoir un accès à l’international, qui va distribuer Internet. Les Sénégalais doivent pouvoir avoir le choix sur leur fournisseur Internet. Pas seulement sur les IsP, mais aussi sur celui qui donne la connectivité. Aujourd’hui, c’est la Sonatel qui a la connectivité et qui la distribue à des IsP. Nous, nous voulons aller plus loin. Cela permettra à ces IsP d’avoir le choix, leurs coûts vont baisser, leurs services seront meilleurs, et c’est le Sénégalais qui au final, va gagner. L’un des arguments de la Sonatel a toujours été qu’elle a investi des milliards dans le secteur, ce qu’un nouvel opérateur ne pourrait pas faire dans un court laps de temps.

Je vais vous apprendre ce que la plupart des Sénégalais ne savent pas. La Sonatel ne s’oppose pas à la libéralisation. Je suis au Conseil d’administration de la Sonatel, et je sais que cette entreprise prend ses dispositions pour tirer son épingle du jeu de la libéralisation. Elle sait que c’est son avantage. Ils sont en train de se configurer, car ils voient arriver une nouvelle manne. Malheureusement, Sentel n’a pas voulu se mettre au niveau de la Sonatel, même si elle dit que c’est l’Etat qui n’a pas voulu lui donner les moyens. Ils étaient là avant que l’Etat ne vienne mettre en place un dispositif qui favorise la compétition. Donc, avant de lancer la troisième licence globale, nous allons nous concerter avec les opérateurs. Et nous allons savoir ce qu’ils proposent. La bonne nouvelle, c’est que pendant les concertations sur les télécoms, Sentel a clairement dit qu’elle veut rester au Sénégal. Au cours de ces concertations, nous allons leur demander leur plan de développement, et l’étudier. Il ne faut pas oublier non plus que Sentel est venu voir l’Etat, a signé un protocole disant qu’elle comprenait les réformes que nous faisons, et qu’elle souhaitais rediscuter les termes de sa créance. Ce n’est pas nous qui leur avons dit cela.

Lors de ces journées de concertation, ces deux opérateurs ont dit aussi, par les voix de leurs directeurs généraux, que le marché sénégalais était saturé et n’offrait plus de place pour un nouvel opérateur.

C’est normal qu’ils le disent. Mettez-vous à leur place. Vous avez deux épouses, vous voulez en épouser une nouvelle. La 1e et la 2e se liguent pour faire comprendre qu’il n’y a ps de place dans la maison et que la nouvelle n’est pas aussi jolie que ça. Mais ce n’est pas ce que McKinsey nous dit. Ce cabinet nous dit qu’il y a de la place, et que le jour où cette place sera prise, les Sénégalais auront des meilleurs services, et leur téléphone va coûter moins cher.

Et quel est le profil-type de votre nouvel opérateur ?

Ce sera un opérateur qui ne fera pas comme Sentel a fait, et qui fera plus que Sonatel a fait. Le montant de l’investissement est moins important que la qualité du service, son coût, et le nombre d’emplois crées. C’est une dynamique. Le montant de l’investissement n’est qu’une conséquence de l’interaction de ces trois objets. Ce qui nous intéresse, nous Etat sénégalais, c’est le citoyen sénégalais, ce qu’il sort de sa poche et ce qu’il acquiert en équilibrant cette sortie. Donc, l’opérateur sera quelqu’un qui aura une très haute technicité, une très bonne qualité de service, qui a des références internationales reconnues. C’est quelqu’un qui sait créer des emplois. Et c’est quelqu’un qui n’a pas l’intention de faire 4, 5 ans et partir. C’est quelqu’un qui va créer des emplois de manière pérenne. Quelqu’un qui a un nom à préserver.

Quand pensez-vous lancer l’opération ?

Nous avons déjà lancé le processus de recrutement des banques et des conseilleurs juridiques. Aussi bien pour la partie des négociations avec les opérateurs, dont j’ai parlé tout à l’heure, que pour la partie placement de la nouvelle licence. Mais vous pouvez comprendre que nous ne pouvons pas faire le placement de la licence, sans avoir terminé nos discussions avec les opérateurs. C’est une dynamique de groupe. Une fois que nous aurons entendu les opérateurs, nous saurons calibrer la nouvelle licence. Si les discussions avec les opérateurs sont rapides, dans quelques mois, l’opérateur sera là, avant la fin de l’année.

Le nouvel opérateur permettra-t-il à Sentel, si cette dernière est maintenue, de disposer aussi du téléphone fixe ?

Si Sentel est maintenue, elle le sera selon le cadre réglementaire défini. Elle aura des papiers parfaitement propres qui lui permettront d’opérer dans le segment de marché qui aura été identifié. S’ils font des propositions sérieuses, et qui sont sous-tendues par quelque chose de réel, nous étudierons la possibilité. C’est à l’opérateur de nous dire son niveau d’engagement, à nous d’en apprécier la qualité.

Maroc Telecom ne répond-elle pas à ce profil-type que vous dessinez ?

J’ai été interviewé, il y a quelque temps par Jeune Afrique l’Intelligent. Le journaliste m’a demandé quels sont les opérateurs africains pressentis pour la licence. J’ai répondu : « Nous ne pressentons personne. Nous lançons un appel d’offres international, les gens répondent. » Il reprécise sa question et demande si des opérateurs africains se sont manifestés, je dis oui. Il y a Maroc Telecom et Mtn. Pour l’article qui est sorti dans balancingact.com, qui parle de Maroc Telecom et de Karim Wade, tout cela est absolument faux. A mon avis, c’est ce qui a été lu dans Jeune Afrique qui a poussé certains à user de leur imagination. Et aussi le fait qu’ils voient, en même temps que les relations entre le président de la République et le Roi du Maroc sont tellement fortes, que leur imagination a dû recouper des faits qui n’existent pas. De toute façon, si nous n’avions pas voulu être transparents, nous n’aurions pas pris des cabinets comme McKinsey pour nous conseiller.

A quoi va servir exactement le service intranet du gouvernement ?

L’Intranet va permettre de mettre en place des services collaboratifs. C’est-à-dire, le président reçoit un certain nombre de ministres et donne des instructions à chacun. Et chacun part avec un certain nombre de tâches. Ces ministres repartent dans leurs départements et commencent à travailler sur leurs ordinateurs, sur les différentes tâches. Le système permet au Président, n’importe quand, d’interroger l’intranet pour savoir le niveau d’avancement des travaux par chaque ministère. Cela va optimiser le travail du gouvernement, permettre une bonne circulation de l’information. Et l’impact est que, si l’information circule sur le réseau intranet, elle ne circule pas sur le réseau routier. C’est donc, moins de mobilité urbaine de l’Etat, moins de pollution, une plus grande fluidité dans la circulation de l’information. Nous sommes aujourd’hui, le deuxième pays au monde à avoir fait ce que nous avons fait, un réseau propre à l’administration. Un réseau unique qui interconnecte tous les services de l’administration avec la même infrastructure. Il n’y a que nous et le Japon à l’avoir fait. C’est une victoire des Sénégalais. Cela a été fait par la Direction informatique de l’Etat.

Mohamed GUEYE

(Source : Le Quotidien, 7 mars 2005)

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