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Licence MVNO : Enquête sur un retard à l’allumage

samedi 29 août 2020

Annoncés en grandes pompes pour révolutionner le secteur des télécommunications, les MVNO ont jusque-là plus brillé par leur retard à l’allumage que par une révolution du paysage des télécommunications. Entre des bisbilles entre partenaires, un marché devenu de plus en plus étroit, la question de leur rentabilité se pose de plus en plus avec acuité.

Nous sommes en juin 2017, l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (Artp) annonce la nouvelle. Sur 9 dossiers, 3 ont été finalement retenus. Il s’agit de You Mobile (Youssou Ndour), Sirius Télécoms Afrique (Mbackiyou Faye) et Origines SA (El Hadj Ndiaye). Ces trois structures ont été retenues pour disposer d’une licence MNVO (Opérateur mobile virtuel). En termes clairs, il s’agit de licence pour des opérateurs n’ayant pas leur propre réseau.

Les détails financiers révélés par le régulateur se présentaient comme suit : You Mobile a mis 400 millions pour Sonatel ; Sirius Télécoms a mis 300 millions de FCFA pour Tigo, et enfin, pour Expresso, Origines SA a décaissé 300 millions de F CFA.

Planning chamboulé

Alors qu’il déclarait avoir investi plus de trois milliards de francs Fcfa, importé 400 000 puces brésiliennes, obtenu 300 000 numéros et marquer plusieurs véhicules ainsi que 25 agences aux couleurs de Promobile, lors d’un face à face avec la presse en janvier 2019, l’homme d’affaires Mbackiou Faye est contraint de prendre son mal en patience. « Nous étions prêts depuis décembre 2018. Mais les offres de prix que Free proposait à Promobile étaientt excessivement chers. Il était impossible de s’en sortir avec cette configuration », explique une source proche du dossier.

Mais, malgré la décision du régulateur de frapper Free d’une astreinte de 2% de son chiffre d’affaires journalier moyen hors taxes jusqu’à ce qu’il se conforme aux décisions prises par l’Artp pour résoudre son différend avec Sirius Telecom Africa, les choses n’ont jamais évoluées.

2s Mobile d’attaque…

Après plus d’une année de léthargie, les choses ont commencé à bouger. Le 26 août, 2S Mobile annonce le démarrage imminent de ses activités. Adossé à Expresso, le MVNO même s’il n’en a pas dit plus, le groupe dirigé par Elhadji Ndiaye promet « une révolution sur le marché de la téléphonie avec des prix à la portée de toutes les couches de la population ». Mais s’il y a une interrogation qui persiste, c’est bien la surprise Promobile.

Au moment où les négociations avec Free butait sur l’aspect commercial, alors qu’il avait déjà payé pour la licence et que l’on pensait que chaque Mvno s’est rattaché à un opérateur, Promobile annonce avoir trouvé un accord commercial avec Orange, pour le lancement de ses activités.

Très introduit dans la communauté Mouride, l’homme d’affaires Mbackiou Faye compte capitaliser sur le grand Magal de Touba pour le lancement d’envergure. Cependant, même si on peut parler d’un dénouement pour Promobile, une source très introduite dans le milieu assure que l’affaire est loin d’avoir donné son verdict. Car, dit-il, un accord a été signé et si les informations sont avérées, il y a même un montant qui a été payé.

You Mobile ; une entrée en force en gestation ?

De tous les trois opérateurs, seul You Mobile n’a pas encore bougé. Mais cela ne saurait tarder. Selon une source proche du Groupe Futurs Médias, le projet est piloté par le Directeur général et non moins fils du Pdg, Birane Ndour. Entre réunions, recrutement tous azimuts, le groupe prépare du lourd. Mieux, de gros cadres de société de téléphonie ont été débauchés et des ingénieurs sénégalais basés à l’étranger recrutés. « Ce qui fait la force de You Mobile c’est qu’il est adossé à un groupe de presse puissant qui peut faire très mal dans la communication. Ils sont en train de préparer du lourd », indique une source à Socialnetlink.

Une rentabilité en question

Auteur d’une étude sur les MVNO, Ndiaga Guèye, Président de l’association sénégalaise des usagers des Tic (Asutic) estime que l’entrée des MVNO peut tirer les prix vers le bas, sur un marché longtemps resté oligopolistique. « Toutefois, dit-il, les opérateurs de réseau ont aussi un intérêt à l’existence des MVNO, car en leur louant leur réseau, et en offrant certains de leurs services comme les répondeurs et les services clients, ils optimisent l’utilisation de leurs infrastructures. Ils peuvent également se développer rapidement dans des niches de population ou de clientèle dans lesquelles ils sont encore peu présents vu leur caractère généraliste », indique l’étude.

Par ailleurs, selon Ndiaga Guèye, en faisant un partenariat avec les MVNO, l’opérateur historique attire une nouvelle clientèle grâce à des offres moins classiques mais particulièrement bien adaptées à tel ou tel segment de clients.

Marché saturé ?

Avec un taux de pénétration de la téléphonie de 116%, le secteur des télécommunications n’est il pas saturé ? Selon Mountaga Cissé, on en n’est pas loin. « Nous sommes également à un taux de pénétration de l’Internet qui avoisine les 70%. S’il y a de la place, ce serait peut-être pour un autre opérateur de téléphonie qui aurait la même force que les autres opérateurs. Pour qu’un Mvno puisse s’en sortir aujourd’hui, il faut qu’il soit très innovant surtout dans les offres de services multimédias pour se démarquer de celles des opérateurs classiques. Et même là, il n’y a pas beaucoup de marges. C’est d’ailleurs pourquoi depuis qu’ils ont leur licence, les MVNO ne sont toujours pas actifs », analyse-t-il.

Pour Ndiaga Guèye, si l’opérateur historique n’arrive pas à contrôler via l’actionnariat directement ou indirectement les Mvno, il les verra comme une menace. « Quant aux deux autres opérateurs de réseaux, les MVNO ne devraient pas être considérés que comme des relais de croissance au regard des parts de marché dont ils disposent », estime-t-il.

Mamadou Diagne

(Source : Social Net Link, 29 août 2020)

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(NIC Sénégal, avril 2020)

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Téléphonie mobile

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(ARTP, 31 mars 2020)

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(Facebook, Décembre 2019)