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La fibre optique est en passe de transformer la donne en Afrique

dimanche 1er avril 2012

La connectivité de l’Afrique se renforce rapidement, notamment à travers la pose de nombreux câbles sous-marins. Les investissements sur le continent sont à la mesure des ambitions.

A l’horizon 2015, chaque pays devrait disposer, selon l’UIT, d’un plan national ou d’une stratégie pour le large bande, ou inclure le large bande dans sa stratégie globale d’accès et de service universel. Un deuxième objectif vise à rendre abordables les coûts du large bande, notamment dans les pays en développement. Il s’agit ensuite de réussir à connecter 40% des foyers des pays en développement au haut débit et, enfin, d’atteindre une pénétration Internet moyenne de 60% dans le monde, alors que pour les pays en développement cette moyenne devra atteindre 50%, et dans les pays les moins développés 15%.

Nom du câblePays africains concernésLongueurPériode de mise en service
SEA-ME-WE-3 Maroc, Egypte, Djibouti 39 000 km 2000
SAT-3 Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin, Nigeria, Cameroun, Gabon, Angola, Afrique du Sud, Maurice 14 000 km Deuxième trimestre 2001
SEA-ME-WE-4 20 000 km
SEACOM Egypte, Tunisie, Algérie
TEAMS Madagascar, Mozambique, Tanzanie, Kenya, Afrique du Sud, Egypte, Kenya 4500 km Troisième trimestre 2009
LION Madagascar, Maurice 1000 km
Main One Nigeria, Ghana 7000 km Troisième trimestre 2010
EASSY Afrique du Sud, Soudan, Ethiopie, Madagascar, Seychelles, Botswana, Mozambique, Tanzanie, Soudan, Kenya, Maurice, Djibouti, Erythrée 9900 km
WACS Ghana, Sénégal, Mauritanie, Maroc 14 000 km 2011
GLO-1 Ghana, Sénégal, Mauritanie, Maroc 3000 km Quatrième trimestre 2010
EIG Egypte, Libye 11 300 km 2011
LION-2 Kenya, Madagascar, Maurice 3000 km 2012
ACE Gabon, Cameroun, Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée Conakry, Guinée-Bissau, Sénégal, Gambie, Cap-Vert, Mauritanie, Maroc 12 000 km 2012

Câbles sous-marins impliquant des pays africains depuis 2000

Il y a là, incontestablement, l’expression d’une volonté d’aller résolument vers davantage de connectivité, partout dans le monde bien entendu, mais singulièrement en Afrique où la connectivité est encore faible et le haut débit balbutiant. Les statistiques de l’UIT indiquent que la pénétration haut débit en Afrique est inférieure à 1% pour un taux de pénétration Internet moyen avoisinant 10%. Il y a, par conséquent, bien du chemin pour porter en 2015 − c’est dans trois ans ! − la connectivité Internet à 50% dans les pays en développement et à 15% dans les pays les moins développés, comme le souhaite la Commission large bande. Cependant, les nombreux projets de câbles sous-marins à fibre optique déjà opérationnels ou en cours d’exécution au large des côtes africaines permettront peut-être de réussir le pari. Ou, à défaut, de franchir des étapes.

Ces dernières années, en effet, diverses initiatives de pose de câbles à fibre optique, sous-marins ou terrestres, ont vu le jour. La connectivité qu’elles permettent, ou vont permettre de déployer dans les zones concernées va avoir un impact considérable dans de nombreux pays africains parmi lesquels certains n’avaient, jusque-là, pas d’accès au câble ni au haut débit.

Connectés à la fibre optique

A partir de l’an 2000, les projets de câbles sous-marins ont commencé à se multiplier en Afrique. SEA-ME-WE-3 (dont la mise en service est intervenue en 2000), SAT-3 (2001), SEA-ME-WE-4 (2005), SEACOM (2009), TEAMS (2009), LION-1 (2009), Main One (2010), EASSY (2010), GLO-1 (2010), WACS (2011), EIG (2012), LION-2 (2012) et ACE (2012) sont les principaux câbles sous-marins posés, ou en cours de pose pour certains, au cours des douze dernières années dans les eaux entourant l’Afrique. En tout, ces infrastructures représentent quelque 150 000 km de câbles dont les effets contribuent à améliorer l’environnement technologique des pays africains (cf. le tableau « Câbles sous-marins impliquant les pays africains depuis 2000 »).

Ces nombreux câbles ont renforcé la connectivité de l’Afrique. Si les projets ont essentiellement concerné les pays côtiers en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest, en Afrique australe et en Afrique de l’Est, les pays d’Afrique centrale ont, eux aussi, commencé à s’intéresser au haut débit à travers la fibre optique.

En Afrique centrale, l’accès à Internet passait traditionnellement par les satellites, ce qui renchérissait les coûts sans forcément fournir de grandes vitesses de connexion. Les nombreux projets de câbles qui ont surgi depuis le début des années 2000 permettent maintenant aux pays de cette zone d’être de plus en plus connectés à la fibre optique et de disposer du haut débit.

Le Cameroun, qui bénéficie déjà des services des câbles SAT-3 et WACS, est aussi partie prenante du câble ACE. De même, le Gabon, depuis octobre 2011, est relié au câble ACE, et les autorités estiment que les coûts des communications vont être divisés « par 10 ou par 25 » dans le pays par la grâce de ce câble qui facilitera aussi aux internautes gabonais l’accès à l’internet haut débit. Un autre de ses effets sera la mise en place du backbone national où se connecteront les embranchements de télécommunications devant s’étendre à toutes les localités du pays dans une opération qui sera supervisée par l’ANINF, l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences. Le premier de ces embranchements consistera en la pose du câble sous-marin entre Libreville et Port-Gentil, dont la fin des travaux est prévue pour février 2012.

En RD Congo, la fibre optique est une technologie nouvelle. Dans ce pays, en effet, le premier câble à fibre optique n’a été inauguré que le 18 février 2011 à travers une connexion à SAT-3/WASC par la ville de Moanda. Des travaux restent à faire cependant pour relier Moanda à Kinshasa, et une station devrait également être construite dans cette dernière ville. Jusqu’ici, la RD Congo utilisait la connexion satellitaire, extrêmement coûteuse, pour ses télécommunications et sa connectivité Internet. L’arrivée du câble va lui donner un accès au haut débit. Le Congo Brazzaville voisin n’est pas en reste. Plus d’une centaine de kilomètres de câbles de fibre optique ont été déployés dans la capitale et ses zones périphériques par la société chinoise Huawei. Le pays fait aussi partie du consortium WACS.

Grandes ambitions

En Afrique de l’Ouest, des pays continentaux comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont signé des accords avec des opérateurs de pays côtiers pour bénéficier de la fibre optique des câbles sous-marins. En outre, le Mali est en train de construire, grâce à un prêt de la Chine, 930 km de câbles terrestres entre les localités de Gao et de Tinzawatene, vers la frontière algérienne. Le Burkina Faso reçoit des services de fibre optique grâce à des accords avec des opérateurs de Côte d’Ivoire, du Bénin et du Sénégal. Une bonne partie de la connexion Internet du pays transite par Abidjan. La Guinée-Bissau et la Guinée Conakry se connectent aussi au câble et entrent dans la technologie de la fibre optique et du haut débit.

En Afrique du Nord, un pays comme l’Algérie a affiché de grandes ambitions pour le haut débit. Il y a quelques semaines, dans une interview au site d’informations Maghrebemergent.com, le ministre des TIC Moussa Benhamadi a déclaré que le haut débit sera généralisé en Algérie d’ici 2014. « D’ici-là, a-t-il indiqué, nous aurons tous les équipements d’accès qui concernent la partie technologie et la partie câblage », ajoutant même que « le très haut débit sera probablement disponible en 2015 ».

L’Algérie compte par ailleurs finaliser son projet de relier le réseau de fibre optique local au réseau mondial à travers une liaison entre Oran et Valence, en Espagne. Il est espéré que cette réalisation, dont l’achèvement est prévu cette année, préserve le réseau de télécommunications algérien des perturbations qui peuvent subvenir en cas de défection des deux liaisons internationales existantes (l’une à partir d’Annaba, l’autre à partir d’Alger).

Comme on le voit, beaucoup de pays africains ont compris aujourd’hui l’intérêt de bénéficier des avantages du câble pour améliorer leur connectivité en passant au haut débit. D’où leur implication dans de nombreux projets de câbles sous-marins qui ont été initiés depuis le début de la décennie précédente. La question est de savoir si l’objectif exprimé par la commission « Le large bande au service du développement numérique » – porter le taux de pénétration d’Internet en Afrique à 15% (pays les plus pauvres) et à 50% (pays en développement) – pourra être atteint en 2015, dans trois ans.

Alain Just Coly pour le magazine Réseau Télécom No 52

(Source : Agence Ecofin, 1er avril 2012)

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