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Enquête sur la démission du ministre de la Communication : Ces coups silencieux qui ont poussé Moustapha Guirassy à la rébellion

vendredi 6 janvier 2012

La démission du ministre de la Communication n’est ni un acte de défiance à Wade ni une bouderie. L’enquête menée par L’Observateur révèle qu’une succession de faits ont poussé le maire de Kédougou à bout.Moustapha Guirassy a longtemps été stoïque. Il a longtemps souffert. En silence, sans moufter, sans se plaindre. Le ministre de la Communication et des Télécommunications, chargé des Technologies de l’information et de la communication (Tic), qui avait démissionné le vendredi 30 décembre 2011, a avalé beaucoup de couleuvres jusqu’à en dégueuler. Les raisons politiques évoquées jusqu’ici pour justifier la décision du ministre semblent minimes par rapport aux réelles motivations qui ont sous-tendu sa décision de claquer la porte du gouvernement.

Un décret dépouille son ministre

Des investigations menées par L’Observateur, il ressort que le ministre de la Communication n’a pas agi pour lancer un défi au Président Wade qu’il jure en privé de soutenir, quoi qu’il arrive. La décision de Moustapha Guirassy est dictée par la nécessité de sauvegarder son honneur. Car même si le titre de ministre de la République lui est collé, son portefeuille a été vidé de sa substance et remis entre d’autres mains. Depuis deux mois, le chef de l’Etat, Me Wade, a signé un décret n°2011/1707 du 7 octobre 2011 qui attribue des missions au ministre d’Etat, en charge de la Connectivité, Alassane Dialy Ndiaye. Le décret dépouille, de fait, le ministère de Moustapha Guirassy de sa substance. Nombre de prérogatives qui lui étaient dévolues ont été confiées à Alassane Dialy Ndiaye, par la force de ce décret. Dans le décret, dont L’Observateur détient une copie, il est noté que Alassane Dialy Ndiaye est nommé Président de la Commission nationale de la connectivité, alors que cette structure a encore un Président en la personne de Michel Lamotte. Dans les missions confiées à M. Ndiaye, figure la gestion du Fonds de développement du service universel des télécommunications, alors logé dans le ministère de Moustapha Guirassy. Autres prérogatives arrachées à ce dernier, la réglementation et/ou la régulation des télécommunications et Technologies de l’information et de la communication, l’octroi de licence de télécommunications et/ou des Technologies de l’information et de la communication et de la téléphonie rurale.

Doublon

Cette situation a créé un doublon entre ministère de la Communication et des Tic avec celui de Alassane Dialy Ndiaye. Pourtant, bien avant que Me Wade ne prenne cette décision, beaucoup de ses collaborateurs l’en avaient dissuadé. Ils ont fait remarquer à Me Wade que les attributions qu’il donne au ministre d’Etat Alassane Dialy Ndiaye risquent de créer des télescopages avec celles de Guirassy. Outre cette alerte, c’est la légalité du décret lui-même qui a été posée. Le fait de confier des missions à un ministre-conseiller jure d’avec le principe de fonctionnement de la République. Les ministres d’Etat auprès du chef de l’Etat et autres ministres-conseillers ne sont pas membres du gouvernement. Leur avis n’est qu’à titre consultatif.

Ce principe a été violé avec le cas de Alassane Dialy Ndiaye. Une incohérence républicaine qui a ulcéré nombre d’acteurs du secteur de la Communication et des Tic qui ne savaient plus à quel ministre se vouer. Les conflits de compétences sont nés de ce doublon qui a généré des situations cocasses. Par exemple, au moment où les services du ministère de la Communication mettaient la dernière touche sur le document de la politique nationale des télécommunications, le ministre Alassane Dialy Ndiaye convoquait les acteurs pour en élaborer un autre de son côté. Or, l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique n’échoient qu’au gouvernement légalement représenté par le ministère de tutelle.

Cacophonie

D’après les confidences, l’ingérence de Alassane Dialy Ndiaye dans les « plates-bandes » de Moustapha Guirassy a atteint son paroxysme dans la gestion du dossier du projet indien dénommé « La Panafricaine ». Le ministre en charge de la Connectivité avait adressé une lettre au ministre Moustapha Guirassy en charge du projet pour le convoquer à une rencontre sur le déroulement du projet « E-Panafrican network » pourtant logé au ministère de la Communication. La réponse du maire de Kédougou a été courtoise, mais ferme. Il a jugé la démarche « solitaire et unilatérale ». Non sans appeler Alassane Dialy Ndiaye à la concertation.

Cette cacophonie, entretenue par ce décret aux dessous jusque-là inconnus, a bloqué, selon des techniciens, le fonctionnement du ministère de la Communication et des Tic. Un dysfonctionnement qui trouve sa source dans l’implication progressive du ministre-conseiller dans certains dossiers qui relèvent de la compétence de Guirassy. Par exemple, le dossier « brûlant » sur les appels entrants est piloté par Alassane Dialy Ndiaye. Qui passe par-dessus la tête du ministère de tutelle pour initier des rencontres avec les opérateurs de téléphonie. Mieux, l’ancien socialiste a poursuivi son incursion jusque dans la gestion du projet des cyber-cases dont le financement est logé dans le budget du… ministère de la Communication.

Politique

Outre ces aspects techniques, la rébellion de Guirassy a aussi des relents politiques. Selon des sources, il y a comme un brouillard dans la tête du ministre, de ses collaborateurs et de ses militants. Ce monde n’a pas compris l’audience que le chef de l’Etat a accordée à Mamadou Hadji Cissé, président de la Chambre de commerce de Kédougou. Selon les partisans de Guirassy, cette audience comporte des signaux importants. Ils trouvent troublant que la Présidence ait décidé de filmer l’audience jusque dans le bureau du Président, avant d’intimer l’ordre à la Rts de lui donner la parole à la sortie. La présence du ministre et chef de Cabinet de Wade, Papa Samba Mboup, aux côtés de M. Cissé n’est pas fortuite, selon des sources établies au Palais.

Ce faisceau de faits annonce un plan concocté contre le maire de Kédougou, mais les raisons restent encore inconnues. Dans certains cercles, des accusations sont portées sur un réseau souterrain qui travaillerait à installer des hommes acquis à une cause dont la bataille n’est pas encore d’actualité. Mais, des partisans de Guirassy rient de ce complot. Ils jurent de n’être pas s’inquiéter outre mesure du coup de pouce apporté à son « adversaire ». « Guirassy a vu plus costaud, estime un de ses proches. Quelqu’un qui a défait Amath Dansokho, Opa Ndiaye au moment de la toute-puissance de Idrissa Seck, Mamadou Makalou, Mamadou Sidibé, ne peut pas trembler devant un autre. » Seulement, des responsables politiques s’étonnent des dessous de cette cabale contre Guirassy qui a été le premier libéral à faire tomber Kédoudou dans l’escarcelle du Pds.

Ndiaga Ndiaye

(Source : L’Observateur, 7 janvier 2012)

Post-Scriptum

La valse des médiateurs

Comme souvent quand un des leurs se rebiffe publiquement, les responsables libéraux se sont démultipliés pour faire revenir le ministre de la Communication dans l’attelage gouvernemental. Présenté comme un leader incontournable à Kédougou et un homme fidèle et loyal au Président Wade, Moustapha Guirassy a vu défiler une longue colonne de médiateurs pour arrondir les angles et trouver des plages de convergence.

Les « faiseurs de paix » avancent masqués pour ne pas brouiller les pistes, mais selon ses proches, Moustapha Guirassy souhaite rencontrer le Président Wade pour s’expliquer devant lui. Selon certaines confidences, le maire de Kédougou refuse qu’on établisse, par sa démission du gouvernement, une brouille entre le président et lui. D’où son refus de s’ouvrir aux médiateurs dont le compte-rendu peut prêter à équivoque et creuser un fossé d’incompréhension entre lui et son mentor, Me Wade.

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