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L’Open savoir-faire, une opportunité pour l’Afrique numérique innovante

dimanche 25 mars 2012

D’esprit similaire à l’Open source, l’Open savoir-faire pourrait être une piste pour développer et diffuser rapidement un savoir-faire numérique dans des pays à forte culture communautaire. Tru Dô-Khac, consultant en innovation et gouvernance numérique d’entreprise livre quelques clés de compréhension .

Fin 2011, le magazine CIO Mag organisait à la Bibliothèque de France un colloque sur « L’innovation numérique en Afrique : enjeux et perspective ». Le constat de plusieurs directeurs de systèmes d’information de grandes entreprises françaises était unanime : les entreprises africaines devront prochainement réaliser leur propre parcours de transformation vers le numérique.

Trois parcours de transformation numérique d’entreprise

On peut identifier trois types de parcours de transformation.

Le premier s’inscrit dans l’organisation : il s’agit pour l’entreprise de déployer l’usage des systèmes d’information à la totalité de ses fonctions ; le plus souvent présents dans la comptabilité, la gestion financière et l’administration du personnel, les systèmes d’information doivent apporter leur valeur dans tous les métiers tels que la vente, la production et la logistique.

Un second parcours s’inscrit dans l’innovation : ce sont les produits et les services de l’entreprise qui acquièrent des avantages numériques. A titre d’exemple, nous citerons la voiture connectée qui est munie de services tels que le pilotage automatique et la conduite assistée mais également des services de divertissement en trajet, d’aide à la navigation, de téléphonie et messagerie, et plus généralement des services accessibles sur terminal embarqué (voyage, shopping, covoiturage sur réseau social, etc.).

Enfin, un troisième parcours est un parcours en rupture : c’est celui de la création d’entreprises purement numériques. Par exemple, ce sont les jeunes pousses logicielles ou de services cloud computing SaaS.

Protéger l’innovation tout en la partageant

Dans sa transformation vers le numérique, l’entreprise innove donc, que ce soit dans les procédés d’entreprise, les produits ou services et les modèles d’affaires. Comme cette innovation fonde l’avantage compétitif, une bonne pratique de gestion est sa protection. Le secret est le mode de protection naturel. Ainsi, un procédé permettant de produire mieux et plus vite est soigneusement gardé confidentiel par des accords entre l’entreprise et ses salariés opérant sur le procédé. De même, la conception d’un logiciel apportant une fonctionnalité nouvelle est gardée enfermée par une interdiction contractuelle d’accès au code source.

A cette stratégie traditionnelle du secret, une alternative est le recours à la propriété intellectuelle dont le brevet d’invention et le droit d’auteur sont des dispositifs de base. Le fondement du brevet d’invention est le suivant : comme rien n’oblige ceux qui inventent à partager l’usage de leurs inventions, la société les invite à le faire en contrepartie d’un droit de monopole d’exploitation limité dans le temps.

Par le brevet d’invention, la société reconnaît la paternité de l’invention et concède à son inventeur un droit d’exploitation exclusive pendant une durée donnée. A l’échéance de cette durée, tout le monde peut exploiter l’invention qui « tombe alors dans le domaine public ».

Prenons le cas d’une pompe à eau dont conception nouvelle augmente l’efficacité. Au lieu d’en réserver à son seul clan la jouissance exclusive, son inventeur dépose un brevet qui emporte un libre accès à la conception des éléments nouveaux et déterminants pour l’efficacité de la pompe. Moyennement une redevance, un industriel peut utiliser cette conception pour créer un outil de production dont les sorties, distribuées au-delà du périmètre du clan, amélioreront le bien être de la communauté entière.

Le fondement du droit d’auteur est similaire. Lorsqu’un créateur donne l’accès à ses œuvres tout en autorisant leur représentation et leur reproduction, il voit sa paternité reconnue et reçoit une compensation matérielle. Appliqué au logiciel, le droit d’auteur donne à l’éditeur d’un programme la faculté de percevoir des redevances pour leur utilisation.

En protégeant l’innovation et en en permettant le partage [1], la propriété intellectuelle a une fonction sociale [2].

Innovation numérique ouverte

Pour que la propriété intellectuelle joue pleinement sa fonction de lien social, celle-ci doit être équilibrée. D’un coté, les créateurs ne doivent pas abuser du droit de monopole concédé par la société, de l’autre les utilisateurs des créations doivent respecter les droits que ces créateurs entendent se réserver pour satisfaire leurs besoins matériels.

L’Open source avec sa suite de licences est un bon exemple de la recherche d’une propriété intellectuelle équilibrée. Assimilant parfois Open source et logiciel libre, on en retient souvent que la gratuité d’utilisation. Pour notre part, nous préférons revenir à l’origine de l’appellation, open/ouvert, et reconnaître qu’une licence Open source, qui permet un libre accès au code source, est d’abord un partage préliminaire de savoir-faire. Dès ce savoir-faire acquis, celui-ci peut être mis en œuvre et ses fruits exploités : dans les licences Open source, ce sont les clauses de libre adaptation des sources à ses besoins et libre reproduction et de distribution de ces adaptations.

On comprend alors pourquoi on désigne certains logiciels de « propriétaires » : ceux-ci sont distribués sous copyright renforcé pour interdire toute reproduction, adaptation et modification, et en outre, l’accès au code source est interdit, enfermant le savoir-faire contenu dans le code.

Dans cette même logique d’exclusion, nous mettrons les ouvrages de pratiques professionnelles publiées sous copyright [3]. Sous ce régime, il est illicite de représenter, reproduire, traduire, adapter l’ouvrage sans le consentement de l’auteur [4] qui acquiert ainsi un monopole sur l’évolution des bonnes pratiques représentées dans l’ouvrage.

Mais outre le monopole de droit, cet auteur détient un monopole de fait lorsque que les ouvrages sont reconnus comme des « référentiels », voire comme un « langage commun »…

Heureusement, il existe maintenant des véhicules juridiques tels que les licences Creative Commons, ou, en France, les licences Libres Savoirs ParisTech qui permettent de « challenger », comme l’Open source l’a fait pour les logiciels propriétaires, la dominance des Best Practices propriétaires. Avec des licences équilibrées de droit d’auteur, de véritables communautés de pratiques développant nativement des pratiques ouvertes pourraient offrir une alternative aux ligues de pratiques verrouillées par le copyright.

Nous avons appelé cette vision Open savoir-faire [5].

Pour que ce challenge devienne une réalité, il faut une certaine idée du « partage ». La culture communautaire propre à l’Afrique pourrait offrir un terrain favorable au déploiement de l’Open savoir-faire.

Tru Dô-Khac

(Source : CIO Mag n° 20, 25 mars 2012)

[1] « Protéger l’innovation pour mieux la partager », Tru Dô-Khac, La Jaune et La Rouge, février 2012, Dossier Grand Angle sur la propriété intellectuelle

[2] "La propriété intellectuelle, un lien social", Le Cercle Les Echos, 18 janvier 2012

[3] « Négoce de savoir-faire informatique », Tru Dô-Khac, Le Cercle Les Echos, 3 janvier 2012

[4] Pour s’en convaincre, il suffit de lire les mentions légales apposées sur les ouvrages représentant ces bonnes pratiques.

[5] « L’Open savoir-faire, une innovation de l’entreprise numérique », Tru Dô-Khac, Le Cercle, Les Echos, 23 décembre 2012

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