![]() |
|
Page d'accueil Plan du site Nous contacter Messagerie privée 4h24 le 8 février 2012 |
|
L’Afrique à l’heure des inforoutes par Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna (*)
L’Afrique à l’heure des inforoutes par Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna (*) (publié dans Universités, Vol. 18, n°1, mars 1997) L’explosion universelle de l’Internet durant la dernière année écoulée n’a pas laissé de côté l’Afrique, qui montre globalement un développement du nombre de « domaines Internet » parmi les plus importants au monde. A partir de nœuds nationaux, le nombre de « fournisseurs d’accès et de services » a progressé de façon spectaculaire, ainsi que le nombre de clients connectés. En fin 1995, nous écrivions [1] : « Si demain l’Afrique veut être présente au rendez-vous de la société de l’information, elle se doit d’être active dès maintenant sur les inforoutes ; faute de quoi elle restera au bord de la route ». Les observations actuelles montrent de belles avancées, cependant le retard est grand, technique, politique, socioculturel ; il reste donc de nombreux problèmes à résoudre. Aujourd’hui tous ceux qui sont engagés dans le combat visant à tirer l’Afrique de sa situation actuelle et à la réintégrer dans le concert des nations non pas en tant que spectatrice mais en tant qu’actrice ne peuvent que prêter attention aux possibilités offertes par les technologies de l’information et de la communication qui, comme toutes les technologies, mais pas plus que d’autres, comportent certes des inconvénients et sont porteuses de risques mais amènent également des avantages et sont porteuses d’espoir. La connexion de l’Afrique à Internet est une opportunité à saisir car ainsi que le déclare K. Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission Économique pour l’Afrique : « Si les pays africains ne saisissent pas à sa juste valeur l’importance de cette évolution, ils pâtiront d’un déséquilibre en matière d’information et de technologies, victimes de l’écart séparant les pays riches d’informations de ceux qui en sont dépourvus ». Contrairement à ce que disent certains, la question n’est donc pas de savoir si l’Afrique doit ou non s’engager vers le développement des réseaux électroniques, mais envisager les problèmes de façon réaliste et pratique, c’est à dire en faisant agir, pour le compte de l’Afrique, les organismes internationaux et les bailleurs de fonds, en même temps que les opérateurs nationaux. Les Nations Unies, par exemple, n’ont pas manqué d’introduire le développement de l’accès à l’information dans leur dernière initiative spéciale sur l’Afrique, développée par les institutions spécialisées, notamment la Banque Mondiale et la Commission Économique pour l’Afrique, l’Unesco, le PNUD, ou l’Union internationale des télécommunications. Les déclarations des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage, exprimées au cours du Sommet de Cotonou en décembre 1995, renforcent également cette position, de même que la dernière réunion de la francophonie à Marrakech, en décembre 1996. En fait, toutes les initiatives s’accordent sur un constat : l’urgence qui s’impose est d’éviter une marginalisation du continent africain, qui le laisserait en dehors de l’actuelle réorganisation fondamentale des économies et des sociétés. De nécessaires investissements En matière d’infrastructures, la situation est globalement peu reluisante à l’exception de certains pays comme l’Afrique du Sud et dans une moindre mesure le Sénégal. Ainsi, la densité téléphonique de l’Afrique est la plus faible du monde (moins d’un appareil pour cent habitants, contre 23 en Europe et 33 aux Etats-Unis) et les réseaux de télécommunications sont souvent sous-dimensionnés, obsolètes et principalement limités aux zones urbaines. Cette situation est bien connue et fréquemment décrite. A cela, il faut bien sûr ajouter la faiblesse du parc informatique, qu’il s’agisse de gros systèmes de mini-ordinateurs ou de micro-ordinateurs et de réseaux locaux. Cependant, des projets, nationaux ou internationaux visent à remédier à cette situation : projet Africa One de ceinturer l’Afrique par un câble sous-marin en fibre optique ou le projet RASCOM d’un satellite africain. A priori, les investissements nécessaires pour une action d’envergure sont colossaux, mais ne semblent pas insurmontables si une volonté politique régionale ou continentale se mobilise. A ce point, il faut se demander sur quoi l’Afrique doit-elle porter son effort. Il semble assez évident que les possibilités actuelles, technologiques, infrastructurelles et financières ne sont pas suffisantes pour que l’engagement se fasse sans le soutien des organismes internationaux regroupés, comme le préconisent les recommandations du Colloque régional africain d’Addis Abeba (avril 1995). L’infrastructure doit et peut donc être installée par d’autres car l’essentiel, nous y reviendrons, consiste à être présents en termes de contenus de façon à ce que l’Afrique soit, elle aussi, réalisatrice de produits et services d’information et non une simple consommatrice. De la situation décrite plus haut, découle une faiblesse évidente de la culture informatique qui touche essentiellement le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, les administrations centrales et les grosses entreprises. Cet obstacle est sans doute le plus sérieux au développement de l’utilisation et surtout de l’appropriation des technologies de l’information et de la communication. Un autre obstacle est bien entendu le fort taux d’analphabétisme et la quasi absence des langues nationales africaines dans les réseaux, même sous le couvert de la francophonie qui, pourtant, se donne pour ambition complémentaire une meilleure visibilité des langues partenaires du français. La Société de l’Information qui est en train de naître est caractérisée par :
Des actions concrètes doivent permettre aux francophones de disposer d’accès à l’information, d’interfaces et de contenus en français et de liaisons entre communautés francophones. Elles supposent :
De plus, les ambitions doivent aller au-delà de l’éducation, bien que la communauté scientifique soit à l’origine de la plupart des solutions techniques et méthodologiques nécessaires à la circulation de l’information en français. La démarche francophone doit s’appliquer à la culture, à l’économie, à l’entreprise, aux médias, à l’affichage... Et donc créer un environnement où le français est langue d’usage quotidien et courant. En fait « la francophonie ne risque pas d’être victime de trop grandes ambitions ; nous n’en aurons jamais trop. Nous avons le potentiel de les réaliser toutes ». [2] Quels sont en fait les besoins spécifiques de l’Afrique en relation avec l’Internet ? Sans être exhaustif, les éléments à citer sont : combler le déficit en bibliothèques, mêmes universitaires, diminution du nombre de voyages d’études, utilisation pour la relance des sciences et des techniques, moyen de développement de l’intégration africaine en facilitant les communications et les contacts, d’installation des processus démocratiques... Privilégier les contenus Au delà de la connexion à Internet, du développement des infrastructures de télécommunications et de l’amélioration de l’environnement économique et réglementaire, l’enjeu fondamental réside dans la production de contenus et ce pour de multiples raisons :
Les trois fonctions essentielles de l’Internet : échanges et communication, accès aux connaissances et production d’information commencent à se développer en Afrique ; le chemin à parcourir est encore considérable surtout en raison de la faiblesse des infrastructures qui empêche un développement de la connectivité et donc du contact réel pour tous avec les ressources mondiales d’information. Pourtant, on peut noter, surtout dans le milieu universitaire, un engouement pour l’utilisation de cette technologie et une sensibilisation forte à la nécessité de concevoir et diffuser de l’information par tous les moyens disponibles, en particulier dans le cadre général et fédérateur de l’université virtuelle francophone. Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna (*) Jean-Pierre Denis est directeur du Centre Syfed-Refer de l’AUF à Dakar. Olivier Sagna est maître-assistant, chef de la Section documentation de l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (EBAD, Université Cheikh Anta Diop de Dakar). Sagna Olivier et Denis Jean-Pierre : « L’Afrique, les inforoutes et la francophonie » - Documentaliste, Sciences de l’information, n• 3, vol 33, 1996 Emile Derlin Zinsou - 8e Conférence ministérielle de la Francophonie. Marrakech, déc. 1996.
|