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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Novembre > Expression : Ahmadou Moctar Niang, Président du comité d’organisation (…)

Expression : Ahmadou Moctar Niang, Président du comité d’organisation Africagis et directeur du Centre de suivi écologique : « Il faut transformer les données technologies en instrument d’aide à la prise de décision »

mercredi 5 novembre 2003

Géomatique/Géolocalisation

Comment des pays comme le Sénégal, dépourvus de moyens, peuvent faire pour se doter d’un système d’informations géographiques comme les satellites ?

Ne nous trompons pas de débat, n’allons pas non plus dans une fausse direction. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas pour chaque pays de lancer un satellite, la course vers l’espace est finie. Je crois qu’aujourd’hui, il y a des satellites très performants qui sont lancés, sous forme de consortium. Car, c’est le secteur privé maintenant qui lance des satellites et il suffit simplement de se mettre en équipage avec ceux qui ont la capacité de lancer ces satellites.

Mais le problème majeur, c’est quelle utilisation faire des produits dérivés de l’imagerie satellitaire. De ce point de vue, je peux vous certifier que le Sénégal est très en avance, par rapport à sa capacité de traitement de l’imagerie satellitaire. Nous avons au Sénégal le Centre de suivi écologique, spécialisé dans ce domaine depuis bientôt vingt ans.

C’est peut-être le centre le mieux équipé et le plus performant au sud du Sahara, exception faite peut être de l’Afrique du Sud. Et je crois que notre challenge aujourd’hui, dans un domaine où tous les deux ans il y a une imagerie nouvelle, c’est de rester collé à l’innovation. Nous traitions, il y a dix ans des images Noa avec une résolution d’un kilomètre sur un. Actuellement nous traitons des images Kipbird avec une résolution de 60 centimètres ; entre les deux il y a une différence extraordinaire.

Récemment, le Nigéria a lancé un satellite dans l’espace. Peut-on s’attendre à ce que le retard de l’Afrique sur ce plan soit comblé ?

On peut toujours s’attendre à ce qu’un jour l’Afrique comble son retard. Tout dépend du délai qu’on va accorder à l’Afrique. Le satellite très connu que nous utilisons dans le domaine de la gestion de l’environnement, a été lancé par les Etats-Unis, il y a plus de trente-cinq ans. En Afrique, il y a un ou deux mois que le Nigéria vient de lancer son satellite.

Certes avant le Nigéria, l’Algérie et l’Afrique du Sud avaient lancé un satellite dans l’espace. C’est déjà beaucoup. Mais ces satellites-là ont une particularité, surtout celui du Nigéria qui va retrouver une constellation de satellites spécialisés dans le domaine de l’alerte précoce par rapport au suivi des éco-systèmes. Maintenant, je crois qu’il faudra du temps pour combler le gap qui nous sépare de ces satellites occidentaux très sophistiqués.

Les autorités à la base ne s’approprient pas souvent ces systèmes d’informations géographiques. Est-ce qu’au sortir de ce forum, ces systèmes d’informations géographiques leur seront plus accessibles ?

Je crois que le terme d’appropriation des systèmes d’informations géographiques doit se poser en des termes un peu différents. Je ne m’attends pas un jour de voir les dirigeants à la base ou les autorités locales s’approprier des systèmes sophistiqués. Par contre, il nous appartient de transformer toutes ces technologies en produits, en informations simples d’aide à la décision.

Il faudrait que nous ayons la capacité de transformer les données que nous collectons ainsi que les systèmes sophistiqués que nous mettons en place, en informations simples permettant à un président de communauté rurale de mieux connaître son territoire, de mieux être en mesure d’évaluer son potentiel pour pouvoir fonder sa décision. Une décision qui est quelques fois, lourde de conséquences parce qu’ elle porte directement sur l’attribution de certaines normes de ressources : affectation de terres, autorisation de couper des forêts, autorisation de cultiver, de faire des carrières.

Toutes ces actions peuvent produire des effets assez néfastes. Il faudrait que ce président puisse avoir le système d’informations, un traitement fini, qui lui permet de dire : « attention, je ne dois pas faire ceci, par contre je peux faire cela ». C’est en rapport avec ces instruments de décision que la télédétection et les systèmes d’informations géographiques sont importants. Mais pas d’essayer de placer ces technologies compliquées au niveau de ces instances de base.

Les villes africaines sont confrontées à des problèmes d’adressage. Est-ce que le système d’informations géographiques intervient à ce niveau ?

Le système d’informations géographiques se positionne comme étant l’instrument ou la technologie la plus apte à résoudre ce problème. Nous connaissions le schéma classique du topographe entrain d’arpenter les rues et de prendre des mesures.

Aujourd’hui, il est possible avec des images satellites d’avoir un plan de la ville à des échelles absolument remarquables du cinq centième. Il est possible maintenant, avec un simple appareil Gps, de pouvoir localiser chaque élément des infrastructures ; il est possible donc aujourd’hui, en un temps très court dans un quartier de Dakar, de sortir l’ensemble des plans et l’ensemble des éléments de repère. Il suffit ensuite d’ajouter quelques enquêtes au sol pour pouvoir faire un plan d’adressage d’une ville comme Dakar. Et ce plan d’adressage, me semble-t-il est l’élément de base pour la gestion locale. Car, c’est en ce moment que nous connaîtrons qui est qui et qui doit faire quoi et ces deux questions sont des questions de base à la gouvernance au niveau local.

Mor Talla GAYE

(Source : Le Quotidien 5 novembre 2003)

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