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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2011 > Août > Renationalisation de la Sonatel : Le projet de Wade perturbe le réseau

Renationalisation de la Sonatel : Le projet de Wade perturbe le réseau

vendredi 12 août 2011

Politique nationale

La renationalisation de Sonatel que le Chef de l’Etat a agitée avant-hier lors d’un Conseil présidentiel sur les appels téléphoniques internationaux entrant au Sénégal, n’emballe pas trop les travailleurs de cette entreprise. Le coordonnateur de l’intersyndicale des travailleurs de Sonatel, Mamadou Aïdara Diop, pense en effet que le gouvernement qui est en train de ‘racketter’ partout pour financer le plan Takkal trouverait difficilement les 600 milliards nécessaires pour racheter les parts de France Télécoms au cas où elles seraient à vendre d’ici 2017, date de la fin de la convention de concession.

Parce que de nombreux milliards de francs Cfa générés par Sonatel échappent au trésor public sénégalais, le président de la République songe à racheter les parts de l’actionnaire majoritaire France-Télécoms (42 % des actions) pour rétrocéder les parts à des privés sénégalais. Me Wade qui a fait cette annonce mercredi dernier lors d’un Conseil présidentiel sur la régulation des appels téléphoniques internationaux entrants, pense en effet que ces milliards qu’engrange l’opérateur français doivent plus servir au Sénégal.

Cependant, du côté des travailleurs de Sonatel, qui ont plus d’une fois fait reculer l’Etat dans des projets ayant une ‘menace’ sur leur entreprise, l’idée n’emballe personne. L’on parle même d’effet de manche. En effet, Mamadou Aïdar Diop, que nous avons joint au téléphone, prend ce projet comme une entreprise démagogique. « C’est possible de renationaliser la Sonatel mais cela ne peut pas se faire maintenant. L’Etat, Sonatel et France Télécoms sont liés depuis 1997 par une convention de concession qui dure 20 ans. Elle expire donc en 2017. De plus, Sonatel est une société cotée en bourse. Donc, France Télécoms peut, quand elle le souhaite, vendre ses actions’, déclare le syndicaliste. Qui pense que le président de la République ne croit pas à cette renationalisation. Sinon, s’interroge-t-il, ‘comment comprendre qu’il ait voulu, en 2009, vendre 10 % des actions qui restent à l’Etat à France Télécoms ? ».

600 milliards pour racheter les actions de France Télécoms !

N’étant pas opposé à une renationalisation de l’entreprise, le coordinateur de l’intersyndicale des travailleurs de Sonatel précise que les employés de l’entreprise, qui avaient empêché que les bijoux de la famille soient bradés, avaient déposé sur la table du gouvernement un protocole d’accord qui permettrait à l’Etat de nantir ses actions d’abord avant de les céder au privé national s’il se décidait à les vendre. ‘Si nous en avions les moyens, en 1997, nous n’aurions jamais accepté que France Télécoms entre dans le capital de Sonatel. Et lors de cette privatisation, nous n’avions pas voulu que le partenaire puisse dépasser 25 % des actions mais le régime d’alors lui en avait cédé 33 % avant de les porter à 42 %’, déclare le syndicaliste. Pour qui, cette annonce du chef de l’Etat n’est rien d’autre qu’une manière d’envelopper son projet de surtaxe sur les appels internationaux entrant au Sénégal qu’il veut confier à Global voice group. Car, dit-il, le gouvernement qui fouine partout pour chercher de l’argent pour financer son serpent à mille queues qu’est le Plan Takkal, aurait du mal à trouver l’argent nécessaire pour racheter les parts de l’opérateur français. ‘France Télécoms détient 4 millions 233 mille actions à raison de 140 mille francs Cfa l’action. Donc, il faut au bas mot près de 600 milliards de francs Cfa pour racheter ses actions’, précise Diop. Qui ajoute : ‘Quand tu raquettes partout pour financer le secteur de l’énergie, comment peux-tu trouver cette manne pour racheter les parts de France Télécoms’, demande le coordonateur de l’intersyndicale des travailleurs de Sonatel. Non sans préciser que leur entreprise a contribué pour près de 20 milliards de francs Cfa au Plan Takkal dans le cadre du Fonds de développement du service universel dont l’Etat aurait pris, en janvier 2011, un décret qui affectait les 95 % des contributions de 3 % sur le chiffre d’affaires des opérateurs de téléphonie au Fonds de soutien à l’énergie.

Soutenant que Sonatel verse 175 milliards de francs Cfa à l’Etat en termes d’impôts, de taxes et redevances, Diop annonce que la position des travailleurs n’a pas varié sur les appels internationaux qui étaient à la base du Conseil présidentiel. « Cela ferait péricliter le secteur des télécommunications qui est encore notre seule mamelle. L’Etat ne peut pas renoncer à 15 milliards de francs Cfa de Sonatel (dans le cadre de la baisse de l’impôt sur les sociétés qui est passé de 33 à 25 %, Ndlr) sur impôts et dire qu’il veut gagner encore de l’argent sur les appels internationaux », assure Mamadou Aïdara Diop. Qui demande au ministre des Finances la destination des 10 milliards que le président de la République soutient avoir obtenu des trois mois d’application de la surtaxe sur les appels internationaux. Car, selon lui, « le président a dit, durant tout le Conseil présidentiel, que l’Etat n’a récolté que 10 milliards alors que Sonatel a versé 14,8 milliards de francs. Et sachant que les deux autres opérateurs contribueront à hauteur de 2 milliards, le montant devrait avoisiner 17 milliards de francs Cfa ».

Seyni Diop

(Source : Wal Fadjri, 12 août 2011)

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