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Google tisse sa toile en Afrique

jeudi 11 novembre 2010

Economie numérique

S’il est encore embryonnaire, internet possède un fort potentiel sur le continent. Plutôt que d’attendre son heure, le géant américain a décidé de tout mettre en œuvre pour accélérer la maturation du marché.

Le 7 octobre, Google a officiellement lancé, avec l’Université du Nigeria Nsukka (UNN), un programme d’appui pour développer l’internet haut débit dans les facultés. Outre la connexion au réseau, les laboratoires en informatique de l’UNN auront accès gratuitement à des applications développées par le géant américain, ainsi qu’à des formations et à un support en ingénierie. « Un soutien qui devrait être étendu l’an prochain à six autres pays africains », indique Tidjane Deme, 37 ans, responsable du bureau de Dakar de la firme californienne.

Pour Google, l’intérêt de ce genre d’initiatives ne fait pas de doute. Si le taux de pénétration d’internet sur le continent demeure faible (autour de 10 %), le web a, selon les dirigeants du moteur de recherche, un bel avenir en Afrique - à l’image du téléphone portable, qui est aujourd’hui adopté par plus de 450 millions de personnes. Il y a deux approches possibles pour ce marché, analyse Tidjane Deme : « On peut soit élargir notre part, soit élargir le gâteau. Autant que possible, nous optons pour la seconde solution. »

Premier constat : si l’internet africain reste embryonnaire, c’est notamment parce que les contenus locaux ne sont pas assez nombreux. Google entend donc peser de tous son poids pour diffuser les savoirs utiles à leur développement. Diplômé de Polytechnique Paris, Tidjane Deme a carte blanche pour financer les barcamps, des lieux de rencontre où les entrepreneurs du net se retrouvent pour partager leurs projets. Plus encore, il organise à travers toute l’Afrique de l’Ouest des séminaires à destination des informaticiens et des éditeurs de sites internet, pour leur expliquer comment tirer parti des logiciels créés par Google.

Le programme de cartographie Google Map, lancé dans 30 pays africains en février, est au cœur de ce plan d’action. « Une information a beaucoup plus de valeur pour les internautes lorsqu’elle est localisée », assure Tidjane Deme. Pour augmenter le nombre de ses utilisateurs, le logiciel est offert aux structures qui souhaitent s’en servir.

Des moyens inégalés

Autre chantier : simplifier le paiement des revenus publicitaires reversés aux éditeurs de sites par Google en échange de l’affichage de liens commerciaux, afin qu’ils aient une motivation supplémentaire à mettre des contenus en ligne. Une solution semble avoir été trouvée en Afrique de l’Est avec Western Union pour éviter l’envoi de chèques en dollars, qui implique l’ouverture d’un compte bancaire et le paiement de frais de change.

Pour mettre en œuvre sa stratégie africaine, Google bénéficie de moyens inégalés. L’entreprise de la Silicon Valley affiche en effet quelque 33 milliards de dollars de liquidité (24 milliards d’euros), soit plus d’une année de chiffre d’affaires. Présente à Nairobi depuis 2007, la firme a ouvert le bureau de Dakar en 2009, trois ans après la première visite de ses émissaires venus sonder l’appétence des Sénégalais pour les nouvelles technologies. Le groupe est également implanté en Afrique du Sud, au Ghana et au Nigeria.

Mais quand viennent les questions portant sur le budget de Google en Afrique, son représentant devient moins disert : « On ne parle pas d’argent, ce n’est pas dans notre culture. » Tout juste apprend-on que les bureaux africains fonctionnent pour leurs opérations avec des budgets internationaux et qu’ils bénéficient de l’appui de nombreux collaborateurs basés aux États-Unis ou en Allemagne. « Nous n’avons pas encore d’objectif de rentabilité, indique Tidjane Deme. Quand on me sollicite pour passer de la publicité, je renvoie le demandeur vers le bureau de Paris, ce n’est pas ma priorité. » Pourtant, Google ne devrait pas attendre trop longtemps avant d’être rentable sur le continent. D’ici à 2014, selon les experts du secteur.

Julien Clémençot

(Source : Jeune Afrique, 11 novembre 2010)

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