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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Juillet > Libéralisation de l’espace audiovisuel : Une affaire nationale

Libéralisation de l’espace audiovisuel : Une affaire nationale

mercredi 2 juillet 2003

Audiovisuel

« Le public, notre raison d’être ». Comment peut-on asséner un tel slogan et obturer le chemin de la diffusion aux produits de chez nous ? Les producteurs privés de l’Association professionnelle des producteurs privés de télévision (APPP TV ou A3PTV), qui ont réclamé le lundi 30 juin au cours d’un point de presse la libéralisation de l’espace audiovisuel sénégalais, ont eu ce clin d’œil pour la Radiodiffusion télévision du Sénégal (Rts).

Il faudra finalement cogner très fort sur la tête de l’Etat du Sénégal pour qu’enfin il se réveille à la nécessité de libéraliser l’audiovisuel. A moins que le sommeil de cet Etat ne procède d’une volonté affirmée et entretenue d’esquiver la question. Si oui, c’est peine perdue. Les producteurs privés de télévision l’ont fait savoir au cours d’une rencontre avec la presse le lundi 30 juin à l’Alliance franco-sénégalaise. Au-delà de l’opportunisme « légitime » qui soutend leur sortie, ils n’en appellent pas moins l’Etat à « libéraliser l’espace télévisuel au nom de la visibilité des productions nationales » et du « droit des Sénégalais à les voir ». C’est qu’« en réalité, il existe au Sénégal une masse énorme de productions endogènes de haute facture, mais toujours invisibles ». La Radiodiffusion télévision du Sénégal (Rts) étant la seule structure sénégalaise de diffusion, il se pose donc un réel problème quant à son accès. D’abord parce que le volume de la production est impressionnant ; ensuite parce qu’au niveau de la Rts, selon les producteurs réunis au sein de la structure dénommée A3PTV (pour Association professionnelle des producteurs privés de télévision), il s’y sont développées une politique et pratique complètement en porte-à-faux avec le slogan : « Le public, notre raison d’être ». « Comment peut-on asséner un tel slogan et obturer le chemin de la diffusion aux produits de chez nous ? », ont questionné les conférenciers. De là à affirmer qu’il y a une organisation mafieuse qui opère selon ses propres lois, il y a un pas que les producteurs privés n’ont pas franchi. Ils ont cependant déclaré qu’à la Rts - la plupart y animent des émissions -, « il y a une opacité fonctionnelle et une démarche déconcertante qui échappent même à la vigilance des directeurs ».

Compte tenu des propos qu’ils ont avancé, les membres de l’A3PTV ne prônent rien moins qu’« une libéralisation de l’espace audiovisuel qui permettrait aux productions nationales d’être vues par les Sénégalais ». Par ailleurs, ont déclaré les privés, l’ouverture réclamée est une question de combat culturel. Et qui s’inscrit en droite ligne des préoccupations de l’Etat. Ce dernier n’a-t-il pas, en effet, initié et diligenté la mise sur pied d’une « Coalition nationale pour la diversité culturelle » dans l’optique de contrer le projet d’ethnocidaire nourrit par les peuples dits « forts » à l’égard de ceux qui sont dits « faibles » ? Sous ce rapport, le combat pour « libéralisation - télé » est une « affaire nationale ». « Elle relève de la responsabilité aussi bien de l’Etat qui doit être logique avec lui-même jusqu’au bout, que des partis politiques et du peuple », ont conclu sur ce point les producteurs.

Autre aspect abordé par Cheikh Tidiane Ndiaye, Khalil Guèye, Adama Sow et compagnie, celui de l’octroi des marchés audiovisuels. Pour dire de concert que rien ici n’obéit à la loi de la transparence. « A 99%, ces marchés sont donnés de gré à gré », ont estimé les conférenciers. Et de faire remarquer que « si trop de comédie et de folklore masque souvent le message essentiel que l’on voudrait faire passer, c’est que le projet est confié à des gens qui ne s’y connaissent pas ».

C’est conscients des difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur métier, que les producteurs privés se sont retrouvés dans la structure « A3P TV ». Ils entendent ainsi faire bloc et ramer vers la même direction.

Félix NZALE

(Source : Sud Quotidien 2 juillet 2003)

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