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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Mars > La prostitution estudiantine via Internet : Un trottoir sans barrières

La prostitution estudiantine via Internet : Un trottoir sans barrières

mercredi 25 mars 2009

Usages et comportements

Cliquer sur le moteur de recherches d’un ordinateur suffit amplement pour découvrir de nombreux sites où de jeunes femmes tentent de monnayer leur charme. Avec des clichés qui en disent long sur leur motivation : profil complet, mensurations, atouts physiques... Un phénomène qui touche particulièrement les étudiantes plantées dans la bretelle fatale. Ainsi, sans aucune idée des risques qu’elles encourent, elles plongent dans la spirale du plus vieux métier du monde, via le cyberespace. Étudiantes le jour, prostituées la nuit...

L’arrestation suivie de la relaxe des étudiantes compromises à tort dans une affaire de prostitution via Internet relance le débat sur un phénomène devenu préoccupant sous nos cieux. Une bien triste réalité qui touche, malheureusement, beaucoup plus les étudiantes issues de milieux défavorisées ou plus simplement celles qui rencontrent des difficultés à trouver des sous pour financer leurs études. Sans oublier celles qui ont fait de la sape une obsession.

C’est du moins ce qui ressort d’une enquête menée dans plusieurs établissements de la place. Une enquête qui a, également, bénéficié de l’éclairage des sociologues. Ces derniers, en poussant leur analyse, inscrivent cette tare, dans le sillage d’une société en proie à une crise de valeurs aussi bien économiques que sociales. Selon le sociologue Kaly Niang, la prostitution en ligne est la résultante d’une logique de survie individuelle pour satisfaire des besoins primaires. Sortir de la précarité pousse certaines étudiantes à obéir à ce genre de « commodité souterraine ». Poursuivant, M. Niang soutient que « la mondialisation de la culture et le développement des Tics, en particulier l’Internet, rendent les demoiselles plus vulnérables, face aux tentations et aux sollicitations des « agresseurs en ligne ». Elles sont plus exposées ».

Pour le cas de la cité Claudel qui est une micro société, composée d’individus issus de milieux différents, il n’est pas surprenant d’y recenser des comportements qui tranchent d’avec la normalité pour devenir, dans certains cas, pathologiques. Entre autres, le port vestimentaire et des attitudes qui facilitent la charte des « tontons say-say » (vicieux) et des délinquants sexuels ». Aussi, pour le sociologue, « la faiblesse des garants méta- sociaux, la démission des parents et la conscience collective donnent à l’étudiant admis à l’Université une certaine maturité et excluent naturellement le contrôle parental ».

Annuaires en ligne

Il suffit juste de saisir sur le moteur de recherches d’un ordinateur, pour visiter une kyrielle de sites ou blogs où de jeunes femmes sont presque mises aux enchères. On se croirait dans un négoce de filles où le plus offrant peut disposer à sa guise de la plus sulfureuse des filles. Et rien ne manque pour guider le choix du visiteur : profil complet, atouts physiques, qualités, mensurations... Rien n’est laissé en rade dans la quête d’un potentiel client, amateur de sensations fortes. Et il est presque sûr d’y trouver son compte. Svelte, câline, coquine, gros nichons, fesses rebondies, lèvres sensuelles..., c’est selon.

Dans ces annuaires en ligne, le gros de la troupe est composé d’étudiantes. Dans une quête effrénée d’accomplissement professionnel et n’arrivant pas à joindre les deux bouts, elles sont prêtes à tout, même à plonger dans la spirale du sexe tarifé.

En un clic, elles s’improvisent marchandes de plaisir sur l’interface de l’écran. Entre les manuscrits, le loyer, la nourriture, les transports et l’argent devenu rare, elles n’ont pratiquement pas le choix. À moins de crouler sous le poids d’une une vie infernale et incommodante, une rémunération alléchante pour une heure de plaisir est la bienvenue. Étudiantes le jour, prostituées la nuit, elles cèdent au vice de l’argent facile, même si beaucoup parmi elles sont convaincues qu’au bout c’est la désillusion

Revers de la médaille

Un petit tour dans certains établissements de Dakar montre à quel point le cyberespace a relégué le trottoir loin derrière dans la pratique du plus vieux métier au monde. Dans ces cyberespaces, l’anonymat est garanti. En effet, il ressort de nos investigations que les jeunes femmes préfèrent la prostitution à travers la toile, pour la bonne et simple raison qu’elles demeurent inconnues de leur futur partenaire jusqu’au jour du rendez-vous. De plus, elles ne sont pas contraintes d’avoir un carnet sanitaire qui leur impose, chaque mois, des visites médicales. C’est également une manière subtile pour ces adeptes de la « prostitution de salon », d’éviter la rude concurrence qui existe dans la rue. Elles sont également à l’abri des rafles de la Police.

La prostitution de salon est donc à tout point de vue, un trottoir sans palissades pour les épicuriens d’occasion. Toutefois, elles encourent de plus grands risques. À visage couvert tout comme leurs clients, elles conviennent d’un rendez-vous avec un parfait inconnu. Or, les maniaques sexuels ciblent de préférence ces sites. Lorsqu’elles décrochent un rendez-vous, le plus souvent dans des maisons closes, elles sont seules, sans défense et peuvent être exposées à des sévices qui peuvent déboucher sur la mort. Comme qui dirait, la pratique du plus vieux métier du monde, même derrière l’écran, est tout aussi risquée.

Maria Dominica T. Diédhiou

(Source : L’Observateur, 25 mars 2009)

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