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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2008 > Septembre > Le trafic internet contourne les Etats-Unis

Le trafic internet contourne les Etats-Unis

vendredi 5 septembre 2008

Internet

Inventé par des chercheurs états-uniens dans les années 70, Internet s’est répandu tout autour du globe. Durant les trois premières décennies du réseau, la plupart du trafic circulait à travers les Etats-Unis et les données échangées entre deux endroits à l’intérieur d’un même pays passaient souvent par les Etats-Unis.

Mais ce rôle de pivot est désormais révolu et les ingénieurs ayant participé à l’élaboration d’Internet affirment qu’il était impossible aux Etats-Unis de maintenir cette hégémonie sur le long terme à cause de la nature même d’Internet qui ne comporte aucun point central. Les données circulent aujourd’hui de plus en plus en dehors des Etats-Unis, ce qui a des conséquences pour les services de Renseignements du pentagone.

Conscients de l’avantage que leur procure le trafic d’information sur leurs infrastructures, les responsables de la CIA et de la NSA tentent de préserver leur rôle central au mieux et travaillent en partenariat avec les compagnies de télécommunications états-uniennes pour intercepter les communications étrangères. Ces pratiques ont cependant peut-être accéléré les déviations des trafics canadiens et européens et depuis l’adoption du Patriot Act, beaucoup d’entreprises basées en dehors des Etats-Unis sont réticentes à stocker leurs informations, notamment financières, aux Etats-Unis de peur d’être surveillées par les agences de Renseignement états-uniennes par des procédés peu légaux. Toutes les nations considèrent désormais les réseaux de données essentiels au développement économique. La dépendance à l’infrastructure d’un autre pays engendre une grande vulnérabilité.

A cause de la forte concurrence entre fournisseurs d’accès locaux qui ne s’échangeaient pas de données entre eux et qui préféraient passer par des fournisseurs d’accès internationaux, des communications entre deux villes d’un même pays passaient par un autre. L’Egypte a ainsi été pratiquement paralysée en janvier dernier suite à la rupture d’un câble dans la Méditerranée car les fournisseurs d’accès égyptiens ne partageaient leurs données qu’avec des opérateurs européens. Le mois dernier la Géorgie, dont le réseau dépend des infrastructures russes et turques s’est également retrouvée immobilisée en partie suite à des attaques de hackers russes. Les pays émergents ne sont pas les seuls sujets vulnérables et le Japon s’attèle ainsi a construire des routes alternatives à travers la Chine et l’Inde pour éviter les Etats-Unis. Alors que les Etats-Unis voyaient circuler 70% du trafic mondial il y a 10 ans, ce pourcentage s’est réduit à 25% aujourd’hui.

Les réseaux internationaux qui transportent des données depuis et vers les Etats-Unis s’agrandissent à un rythme soutenu mais les infrastructures dans d’autres régions du monde se répandent encore plus rapidement. Ces mouvements de données en dehors des Etats-Unis compliquent la tâche des agences de Renseignement mais ne rendent la surveillance d’Internet impossible. « Nous sommes dans une situation où les choses sont un peu plus compliquées. Les Etats-Unis n’ont vraiment pas investit assez pour récolter des renseignements sur Internet et on laisse ainsi libre cours aux terroristes » affirme John Arquilla, professeur à l’Ecole Navale de Monterrey.

D’autres observateurs remarquent que cette éclipse des Etats-Unis comme point central du cyber-espace est un des indicateurs montrant que les rapports de force économiques et politiques mondiaux s’équilibrent peu à peu. Les Etats-Unis sont toujours un acteur majeur mais ne contrôlent plus le monde. La Chine vient d’ailleurs de dépasser les Etats-Unis en termes d’internautes en juin dernier. L’Asie accueille désormais 578,5 millions, soit 39,5%, des internautes alors que seule 15,3% de la population asiatique est connectée à Internet d’après Internet World Stats. De l’autre côté du Pacifique, il y avait 237 millions d’internautes en Amérique du Nord mais le taux de pénétration se rapproche d’un seuil maximal avec 71% de la population couverte.

Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT

(Source : Bulletins-electroniques, 5 septembre 2008)

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