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Viadeo, « le réseau leader des pays émergents »

lundi 22 octobre 2012

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit des sociétés Internet françaises aux premières loges dans leur secteur d’activité. Incontestablement, le réseau social Viadeo est de ceux qui connaissent un grand succès mondial, bien au-delà des frontières françaises. Viadeo compte aujourd’hui plus de 45 millions de membres à travers le monde. Il est accessible en six langues et, outre son siège parisien, il a des bureaux aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Russie, en Chine, en Inde et au Mexique.

Maintenant aussi en Afrique, avec l’ouverture du bureau de Dakar en 2011, et de Casablanca, au Maroc, fonctionnel depuis le début de l’année 2012. En nous recevant au siège dakarois du réseau social, Chams Diagne, le directeur général pour l’Afrique, qui avait déjà activement participé au développement de Viadeo en France et en Europe, nous explique d’emblée que la particularité de Viadeo, par rapport à Facebook et Twitter, est son orientation "professionnelle". Viadeo est, en effet, résolument tourné vers des activités métiers, avec des membres mettant en valeur leur activité professionnelle. Un autre de ses signes distinctifs est son positionnement très marqué "dans les pays émergents, en Asie, en Amérique du Sud, et aussi en Afrique". Viadeo a enfin une "démarche de localisation" dans les pays où il compte des membres. Comme l’a expliqué Chams Eddine, dans un document de la société, "les réseaux sociaux et les autres grands acteurs du web en général ne prennent pas toujours en compte les usages et approches des utilisateurs africains". A l’inverse, Viadeo a une "stratégie de développement multi-locale" qui lui permet de s’adapter, d’une certaine manière, aux différentes cultures dont sont issus ses membres.

L’histoire de ce réseau social a commencé en 2003 avec la création, par les Français Dan Serfatyl (photo) et Thierry Lunati, tous deux issus de grandes écoles, du club d’entrepreneurs Agregator dont l’objectif était de faciliter les échanges entre ses adhérents, essentiellement des entrepreneurs. Une plateforme Internet était évidemment le meilleur moyen pour faciliter ces échanges, d’où la création, en 2004, du site Viaduc. En 2006, ce site devient tout simplement Viadeo.fr. Une nouvelle étape est franchie l’année suivante avec l’acquisition du réseau chinois Tianji pour dix millions d’euros et, en 2009, le rachat du réseau indien ApnaCircle. Des initiatives qui aboutissent à la mise sur pied du groupe Viadeo rassemblant les trois concepts.

En Europe, Viadeo a certainement subi la concurrence du réseau social professionnel d’origine allemande, Xing, bien implanté dans ce continent. Est-ce ce qui a poussé les fondateurs de Viadeo à chercher à approfondir leur implantation dans les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, et en Afrique ? Le réseau compte aujourd’hui 10 millions de membres en Chine, 13 millions en Amérique du Sud, 4 millions en Inde et 2 millions en Afrique. En Europe et en Amérique du Nord, il revendique respectivement 9 et 5 millions de membres.

Selon Chams Eddine Diagne, "Viadeo est leader sur les marchés émergents". En tant que réseau social professionnel, son véritable concurrent à l’international est LinkedIn, un réseau social professionnel d’origine américaine, créé en 2003 en Californie, entré en bourse en 2011 et revendiquant plus de 150 millions de membres. Dans le monde francophone cependant dont il est historiquement issu, Viadeo semble avoir un avantage sur ses rivaux, parmi lesquels ont peut citer les réseaux professionnels Xing (déjà évoqué), mais aussi Plaxo (Etats-Unis) et Jobssip (Espagne).

Si Viadeo a choisi Dakar et le Sénégal pour se déployer en Afrique, c’est avant tout, explique Chams Eddine Diagne, pour ne pas "s’éparpiller" inutilement, et se concentrer d’abord sur le monde francophone. Dakar, dit-il, est "une plaque tournante" reconnue et l’objectif de Viadeo est de gérer toutes ses activités de la zone Afrique occidentale et centrale à partir de la capitale sénégalaise. Quant aux opérations de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord, elles seront prises en charge par le bureau de Casablanca, au Maroc.

Viadeo tire ses revenus des abonnements premium qui offrent aux abonnés toutes les fonctionnalités du réseau, alors que l’inscription basique est gratuite. D’autres sources de revenus se retrouvent dans la publicité, les solutions de recrutement (une activité qui démarre en Afrique). Le réseau a atteint son équilibre en 2011, assure le directeur général pour l’Afrique. Sans vouloir révéler le montant du chiffre d’affaires, il indique cependant que Viadeo s’autofinance sans problème et a la confiance des bailleurs de fonds. Ce qui lui permet de lever, au besoin, des fonds.

Récemment, en avril 2012, lors de son dernier tour de table pour financer ses opérations internationales, le réseau a réussi à lever 24 millions de d’euros. "L’une des plus grosses levée de fonds d’un service français", selon le blog de Cedric Deniaud, conseil en stratégie Internet. Viadeo lorgne même vers une introduction en bourse, malgré la récente tentative passablement ratée du roi des réseaux sociaux toutes catégories confondues, Facebook. Au sommet des médias et des technologies, organisé par l’agence Reuters en juin 2012, Olivier Fécherolle, directeur de la stratégie et du développement chez Viadeo, a révélé que l’entreprise pourrait remettre sur le tapis son projet d’introduction en bourse d’ici deux ou trois ans, estimant que "les réseaux sociaux professionnels sont bien valorisés", car "ce sont des business plus classiques qui génèrent des revenus solides".

En attendant, la stratégie de développement de Viadeo est simple, explique Chams Eddine. Elle consiste à "répliquer le même modèle en l’adaptant à davantage de membres" et aux pays où Viadeo est utilisé. Un partenariat vient de s’établir avec le quotidien national sénégalais Le Soleil. A l’instar, peut-être mais sur une échelle bien plus réduite, du gros concurrent américain, LinkedIn, qui, pour sa part, a déjà conclu des partenariats avec les journaux New York Times et Business Week et avec la chaîne de télévision CNBC (Consumer News and Business Channel). En ce qui concerne Viadeo, confie Chams Eddine, "ce n’est pas pour l’argent" que le partenariat avec Le Soleil" a été ficelé. Celui-ci est noué "pour permettre aux demandeurs d’emploi d’avoir plus de chance d’en trouver". "Grâce à cette alliance", soutient le directeur général pour l’Afrique, "les recruteurs vont avoir la garantie de disposer d’une offre sur un rayonnement plus large, intégrant les Sénégalais de la diaspora".

En effet, les offres d’emplois du réseau professionnel seront à la fois disponibles sur le site Internet du Soleil et dans les pages de son édition papier. Pour le directeur général du doyen des quotidiens sénégalais, appartenant par ailleurs à l’Etat, cela va "donner plus de visibilité aux offres d’emplois destinées aux jeunes diplômés de l’université et des écoles supérieures de formation, mais aussi aux cadres sénégalais en activité, qui rêvent de booster leur carrière professionnelle". Une visibilité qui se conjuguera autant au niveau national qu’à l’international, grâce à l’active présence sur Internet des deux partenaires.

Sur les perspectives de développement de Viadeo, Chams Diagne croit qu’il est important de s’appuyer sur le dynamisme des télécommunications, un secteur qui compte dans les pays émergents et singulièrement en Afrique. Il révèle que le réseau social discute en ce moment avec des opérateurs de télécommunications pour pouvoir permettre aux utilisateurs de se servir de Viadeo sur leurs téléphones portables, même en l’absence de connexion Internet – ce qui correspondra à une utilisation hors ligne, l’utilisation en ligne étant déjà possible sur les smartphones et tablettes. D’autres pistes d’évolution sont possibles et seront explorées, soutient le responsable du bureau de Dakar.

Le deuxième réseau social professionnel du monde, derrière LinkedIn, continue d’accueillir plus d’un million de nouveaux inscrits chaque mois et de traiter mensuellement dix millions de contacts. Chaque mois, ce sont également 100 millions de profils qui sont consultés dans le réseau, par des entrepreneurs, des recruteurs, des cadres et des employés de tous secteurs. Un succès intéressant que relativisent cependant certains analystes qui constatent (cf. le blog de Cedric Deniaud, conseil en stratégie Internet) que Viadeo connaît "une croissance bien moins fulgurante que son principal concurrent, LinkedIn" et qu’il est "beaucoup moins présent dans les pays anglo-saxons". Mais Cedric Deniaud confirme par ailleurs la forte empreinte de Viadeo "dans des pays émergents comme la Chine ou l’Inde".

Alain Just Coly pour le magazine Réseau Télécom No 56.

(Source : Agence Ecofin, 22 octobre 2012)

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