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Vente des parts de l’Etat à France Télécom : Le Sénégal à contre courant de l’économie mondiale

samedi 25 avril 2009

L’Etat du Sénégal vient de procéder à la vente de 9,87% des parts du capital détenues dans la SONATEL à France Télécom, qui possède ainsi 52,2% de l’entreprise. Les revenus estimés par cette opération se chiffrent à 200 milliards de FCFA. Le Sénégal se retrouve avec 17,28% du capital, et reste le deuxième actionnaire du groupe. Cette décision, qui s’inscrit en rupture de la logique économique et de la sauvegarde des intérêts nationaux, va a contre-courant des bonnes pratiques dictées par l’orientation de l’économie mondiale.

En effet, depuis quelques années, l’approfondissement de la mondialisation a suscité de nouvelles craintes quant à la possible perte de contrôle, par les Etats-Nations, d’entreprises devenues la cible des investisseurs étrangers. Nombre de pays ont amorcé un virage dynamique vers la remise en cause de l’allocation par le secteur privé, n’hésitant pas recourir à des artifices pour maintenir l’actionnariat des firmes à l’intérieur. Outre les pratiques actuelles liées à la crise financière, certaines décisions récentes illustrent à l’envi la force qui caractérise le retour de l’Etat. Ainsi, en août 2005, la Banque d’Italie s’est opposée à l’achat d’un établissement de crédit romain par un groupe néerlandais. Son Gouverneur a engagé une croisade pour sauvegarder « l’italianité » des banques et un encrage culturel de deux siècles, empêchant ainsi le groupe ABN AMRO de prendre possession de la société financière Antonveneta. Au Royaume-Uni, dans la même semaine, des fonds publics ont été dépensés pour empêcher le russe Gazprom de prendre possession du groupe gazier Centrica.

Un mois auparavant, les milieux politiques français se sont émus d’une tentative de rachat, sous forme d’Offre Publique d’achat (OPA), par l’américain PepsiCo sur le groupe agro-alimentaire français Danone. L’Etat français a déployé des efforts pour rendre le groupe « inopéable », estimant que la spécificité alimentaire française doit être préservée. Dans le même pays, le groupe indien Mittal a lancé, en 2006, une offre de rachat de Arcelor pour fusionner les deux premiers groupes mondiaux de l’acier pour contrôler 10% du marché. Le Gouvernement français a fait part de ses « plus vives inquiétudes » au sujet de cette offre hostile, en avançant un argument d’un nouveau genre, selon lequel « la grammaire des affaires n’a pas été respectée » et que les différences de cultures d’entreprise sont trop importantes. L’Etat français a même, par la suite, pris un décret l’autorisant à contrôler toute prise de participation étrangère dans 11 secteurs dits stratégiques. Une loi anti OPA a aussitôt été élaborée pour garantir la « francité » des entreprises.

En septembre 2005, le Gouvernement américain et le Congrès ont empêché l’aboutissement de l’offre du Chinois CNOOC sur le pétrolier Unocal. Le Congrès a, pour toute explication, considéré que les enjeux du monde pétrolier sont trop importants pour être laissés à des mains étrangères.

Ces mesures soulignent un désir légitime de conserver un patrimoine bâti le plus souvent à coups de restructurations avec des fonds publics. Elles témoignent également d’un enjeu d’ordre institutionnel puisque nombre d’Etats voudraient avoir des nationaux comme interlocuteurs dans le cadre de leurs orientations sectorielles. Si ces postures protectionnistes, parfaitement opposées aux discours d’ouverture officiels, ont pu être adoptées, c’est qu’elles s’appuient sur un courant d’opinion très profond qui considère que la légitimité nationale peut également s’incarner dans une entreprise particulièrement symbolique.

En matière de politique économique, ces pratiques sont plus utiles dans les pays pauvres comme le Sénégal. En effet, des rapports se sont succédé sous l’impulsion de la CNUCED pour estimer que dans les pays à faibles revenus, la réduction de la pauvreté n’a jamais fait bon ménage avec le retrait de l’Etat du secteur productif. Cette pauvreté est de plus en plus imputée au manque de moyens institutionnels lié à la mondialisation plutôt qu’à la faiblesse de création de richesse. Au delà des sentiments nationalistes légitimes, le refus de l’Etat de céder ses parts au secteur privé, étranger de surcroît, reflète un besoin de corriger les instruments de politique économique, l’appui sur le marché ayant démontré ses limites et sa dangerosité.

Dans une autre perspective, les restructurations inévitables en période de tension, laissent présager une forte diminution des effectifs, sans occulter le rapatriement des bénéfices permis par les dispositions de la zone franc. Du point de vue de la consommation, en particulier, la présence de l’Etat dans des sociétés permet de garantir un prix modéré et de faire, au besoin, une discrimination pour les plus défavorisés. L’entreprise publique confère également la possibilité institutionnelle d’anticiper sur les velléités d’union de grands groupes pouvant se constituer en conglomérats, et aboutir ainsi à un monopole préjudiciable au consommateur.

Sur le plan de la gouvernance, l’entreprise disposant d’une forte présence publique offre l’avantage d’être plus démocratique, plus réactive aux signaux de la collectivité et aux desiderata des citoyens. Ceux qui ont pu croire que la régulation sociale peut s’exercer autrement que par l’Etat sont de nos jours au centre du processus de réhabilitation de la puissance publique.

Au demeurant, si la cession des parts de la SONATEL peut s’expliquer par des engagements internationaux et le souci de rester à équidistances des différents opérateurs, il n’en demeure pas moins qu’elle contient de nombreux avatars dont la restriction des instruments de politique économique et sociale. Quant à la question du partenariat stratégique, elle n’est plus opérante dès lors que dans les télécommunications, comme ailleurs, tous les services sont disponibles sur le marché.

Au surplus, l’Etat aurait pu prendre à son compte le constat empirique selon lequel les meilleures privatisations sont celles qui concourent à l’émergence d’un secteur privé local. Au delà du vice d’opportunité qu’elle soulève, l’orientation de l’Etat sénégalais pose, entre autres, le problème du sentiment implicite que les opérateurs économiques locaux ne sont pas dignes du capitalisme. Dans un autre registre, il faut désormais s’attendre à voir la SONATEL perdre des marchés dans la sous région au profit de sa maison mère et désormais concurrent. Seule une grave cécité empêche de voir que des moyens alternatives existent de renflouer les caisses. Il s’agit notamment de l’amélioration de la fiscalité par la baisse des exonérations, de suppression des nombreuses Agences et du Sénat et surtout, de la définition de marges par une politique budgétaire prudente.

En fin de compte, il est très probable que les dirigeants sénégalais soient instruits de toutes ces considérations. Ils payent peut-être simplement les errements budgétaires récents qui les obligent à vendre leur souveraineté économique et les rares moyens d’actions qui leur restent. L’hypothèse selon laquelle ils obéissent aux instructions de la France, qui a consenti un prêt d’urgence, n’est pas à écarter. La formule est connue : qui te prête des yeux te dicte la direction où regarder. En diminuant ses parts dans les entreprises, le Sénégal se met à contre courant du bouleversement intellectuel universel qui caractérise la politique des revenus.

Au regard de la gravité de cette décision, notamment quant à ses conséquences sociale et économique, la société civile est de nouveau invitée à s’approprier le combat, en vue de sa remise en cause. L’opposition, ragaillardie par ses derniers succès électoraux, tient ici l’occasion de tordre le cou à une idée reçue selon laquelle ses préoccupations sont d’ordres purement politiciens. Pour sa part, le patronat étonnamment discret dans ce dossier, à tout à perdre. Dans cette lutte, la « jurisprudence du stade Assane Diouf » offre de réels espoirs.

Dèwo Elimane

(Source : La Gazette, 25 avril 2009)

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