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Tiémoko Coulibaly : « Les similitudes entre l’Inde et l’Afrique sont bien plus grandes que les disparités »

dimanche 3 juin 2012

Tiémoko Coulibaly est le PDG d’Airtel. A 47 ans, cet Ivoirien est chargé du développement des télécommunications de l’opérateur indien Bharti sur l’Afrique francophone, un territoire qui englobe sept pays : Burkina Faso, République du Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Madagascar, Niger et Tchad.

Que représente l’Afrique francophone pour l’opérateur indien Bharti ?

Tiémoko Coulibaly : Airtel est présent sur le continent depuis l’acquisition des actifs de Zain Afrique, en 2010. Il est positionné sur seize pays africains, dont sept de l’espace francophone. Sur tous ces marchés, nous sommes numéro un ou numéro deux. C’est un réservoir de croissance important pour le groupe Bharti. Nous comptons d’ailleurs aller à la conquête de nouveaux marchés en renforçant nos investissements et notre leadership dans les pays où nous opérons, et en intervenant sur de nouveaux territoires de la zone francophone. Notre ambition est d’être perçus comme la marque la plus appréciée et la plus connue du continent africain en 2015.

Quels sont les challenges à relever ?

TC : Nous aimerions démocratiser – ou plutôt généraliser – l’accès aux données et à l’internet sur le continent. Il existe un véritable engouement pour le haut débit mobile, qui continue de croître à un rythme exponentiel. Un rapport sur ces usages en Afrique a du reste été publié en juillet 2010 par Opera – un créateur de navigateur Internet norvégien. Celui-ci indique que le nombre de pages consultées a augmenté de 182% en 2009, et que le nombre de visiteurs uniques a connu une croissance de 124% sur la même période. Nous comptons à présent sur les gouvernements et les régulateurs dans les pays d’Afrique francophone pour nous aider à déployer cette technologie afin de réduire la fracture numérique.

RTN : Quels sont les objectifs d’Airtel en Afrique ?

TC : Si notre marque opère depuis peu sur le continent, elle n’en demeure pas moins déterminée à créer un impact positif sur le développement économique en offrant des services abordables et en élargissant sa couverture réseau. L’objectif est de toucher les populations qui vivent dans les zones rurales souvent peu desservies. Nous voulons contribuer à bâtir une infrastructure télécom en Afrique francophone, et faire en sorte que les clients puissent bénéficier d’un accès le plus économiquement avantageux à la téléphonie et à l’internet mobile.

Nous consolidons nos acquis sur les marchés où nous sommes déjà présents, et nous prévoyons également d’accélérer le développement du mobile au plan continental. Dans ce cadre, nous avons noué un partenariat avec IBM pour le déploiement et la gestion des technologies de l’information (TI). Ceci nous permet d’apporter des innovations de taille sur le marché africain, comme par exemple la technologie d’accès au web par la voix, laquelle permet aux utilisateurs de partager des informations à travers le réseau téléphonique existant. Cette application est particulièrement adaptée aux populations peu ou pas alphabétisées, aux malvoyants et à ceux qui n’ont pas accès aux ordinateurs.

Comment le transfert de compétences opère-t-il entre l’Afrique et l’Inde ?

TC : Nous investissons des ressources considérables dans le développement des capacités du capital humain tout en lui donnant des possibilités de progresser. Airtel Afrique a ainsi lancé un programme exceptionnel de transfert de personnel. En février 2011, une première vague d’employés est partie en mission au sein de différents départements de la société mère Bharti Airtel, en Inde. Le personnel africain a travaillé durant une année dans différents services, notamment le réseau, le développement d’infrastructures, les solutions pour les entreprises de taille moyenne, la vente et la distribution, les systèmes financiers, le marketing, et bien d’autres. Cette initiative n’est qu’une première étape visant à rapprocher nos équipes à l’international.

Selon vous, les Indiens réussissent-ils mieux leurs partenariats avec l’Afrique que certains autres concurrents ?

TC : Je ne puis parler des concurrents, mais en ce qui concerne Airtel, nous avons déjà initié un certain nombre de projets – comme celui du transfert des compétences que je viens de mentionner – qui contribuent véritablement à rapprocher les deux continents. Au-delà de ces programmes spécifiques, je pense que les similitudes entre l’Inde et l’Afrique sont bien plus grandes que les disparités. Ceci facilite l’acceptation de l’offre Airtel sur les marchés africains.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement intéressé chez Bharti et comment concevez-vous l’avenir avec ce groupe indien sur l’Afrique francophone ?

TC : Bharti, actuellement sixième opérateur mobile au monde, est une vraie multinationale. C’est une entreprise de surcroît multiculturelle, qui concentre un véritable savoir-faire dans la téléphonie mobile, et en particulier dans les services à destination des populations à faibles revenus. L’Afrique bénéficie de ce savoir-faire.

Quelles sont les compétences requises pour occuper ce poste de direction au sein d’Airtel Africa ?

TC : Je fais partie de ceux qui croient et préconisent le leadership actif. Il faut adopter ce que nos amis anglo-saxons appellent « walk the talk », c’est-à-dire joindre les actes à la parole. J’encourage mes équipes à s’approprier les valeurs cardinales du groupe Bharti, qui tournent autour du professionnalisme et de l’esprit d’entrepreneur.

Quel est votre parcours, M. Tiémoko Coulibaly ?

TC : Je suis un produit de l’école ivoirienne, diplômé de l’Ecole de commerce ESCA. J’ai eu l’opportunité d’enrichir ma formation à la London Business School, et à l’International Institute for Management Development (IMD) en Suisse.

J’ai une longue expérience dans la direction stratégique et opérationnelle des entreprises, mais aussi dans le marketing et la vente en général. Avant de rejoindre Celtel International (actuellement Airtel), j’ai occupé différents postes de responsabilité au sein du Groupe Nestlé en Côte d’Ivoire, en France, en Afrique du Sud, au Gabon et en République démocratique du Congo. Puis j’ai été nommé directeur général de Nestlé Gabon, jusqu’à mon départ pour rejoindre le secteur de la téléphonie mobile.

En 2006, j’ai rejoint le groupe Celtel en qualité de Group Marketing Director Operations, et j’ai été nommé vice-président en charge des opérations francophones pour l’Afrique de l’Ouest. Celtel a par la suite été racheté par Zain, et depuis l’acquisition du groupe par Airtel, en 2010, je suis CEO (PDG), responsable de sept pays francophones (Burkina Faso, République du Congo, RD Congo, Gabon, Madagascar, Niger et Tchad).

Etes-vous un panafricaniste convaincu ?

TC : Si être panafricaniste veut aussi dire encourager le rapprochement des peuples, des pays, des économies et des cultures africaines, alors oui, j’en suis un. Je crois en l’Afrique. Je reste persuadé que le continent contribuera encore beaucoup plus à l’humanité et à la prospérité dans le monde. Pour ma part, j’essaye d’y contribuer, comme beaucoup d’autres, Africains ou non-Africains.

Propos recueillis par Véronique Narame pour le magazine Réseau Télécom Network n°54

(Source : Agence Ecofin, 3 juin 2012)

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