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Tenons les états généraux de la communication au Sénégal

jeudi 29 juillet 2004

S’il y a un domaine dans lequel l’alternance n’a jusqu’ici imprimé aucune rupture fondamentale par rapport à la gestion précédente, c’est bien dans le secteur de la communication au Sénégal. Pire, on ose à peine croire que le pouvoir actuel écoute une seule seconde les moindres avis d’un spécialiste en communication, au regard des rapports heurtés, sans finesse et sans commerce de qualité que les autorités étatiques entretiennent avec la presse sénégalaise depuis un certain temps. Car le bras de fer que ces responsables cultivent de manière récurrente avec les professionnels de la communication en général et ceux des médias privés en particulier, dénote un manque de vision d’une politique alternative dans un domaine aussi stratégique et une inculture charriant des conséquences négatives dans l’image globale que les opinions nationales et internationales se font de plus en plus des dirigeants sénégalais crédités cependant au lendemain de l’alternance d’un fort capital de sympathie et de crédibilité à tous les niveaux ! Hélas tout cela semble fondre inexorablement comme du beurre importé sous le chaud soleil du Sahel... Voudrait-on cependant parvenir à une bonne gouvernance, à l’émergence d’une citoyenneté responsable, à l’apaisement d’un climat social favorable à l’instauration et à l’éclosion de toutes les initiatives de développement, qu’il faudrait s’y prendre autrement en matière de politique de communication dans ce pays ! De manière générale, la presse constitue un partenaire de choix dans la formulation, la mise en œuvre et le suivi-évaluation de tout projet ou initiative visant à transformer, de manière qualitative, les conditions socio-économiques et autres de vie de la population. Il s’agit par conséquent de savoir négocier les relations à entretenir avec elle dans le respect de ses spécificités, d’étudier les formes idoines de cheminement sans compromission de par et d’autre, de gérer dans l’art, les contradictions et autres frictions inévitables entre les professionnels de l’information et de la communication et les responsables étatiques à tous les niveaux de la sphère décisionnelle. En somme, la communication est une chose trop sérieuse pour être confiée au plan de la formulation et de la mise en œuvre d’une politique sectorielle comme d’ensemble, à des amateurs et autres mystificateurs qui la réduisent à une phraséologie et à une incantation de mots désincarnés et qui ne s’appuient sur aucune aisance conceptuelle et pratique dans ce domaine. Pourtant l’impératif d’instaurer un environnement démocratique favorable à l’éclosion des initiatives et des idées novatrices, de concevoir autrement le rapport du pouvoir à l’univers journalistique en particulier et à la communication en général, sonne comme une urgence de premier plan dans l’agenda de nos responsables gouvernementaux. Car devoir penser que l’intimidation, le musellement, les coups bas, le harcèlement, en somme le bras de fer permanent peuvent constituer les lignes forces d’une politique de communication, pour gagner la bataille d’opinion, relève d’une vision simpliste et d’une myopie politique, aux antipodes des rapports fort civilisés et respectueux que les professionnels de l’information doivent entretenir mutuellement avec les autorités administratives à tous les échelons d’un pays. Or, il apparaît dans une lecture au premier degré des relations entre ces deux instances, une situation négative et à court terme, plus préjudiciable aux autorités dans la nécessaire et impérative mission de communiquer avec les populations, démarche nécessitant forcément le recours aux canaux de communication, surtout ceux qui ont acquis une forte crédibilité. C’est le cas en général du secteur de la presse privée qui a fini de démontrer au Sénégal comment asseoir un professionnalisme de qualité dans la collecte et le traitement quotidiens de l’information. Même ici, si naturellement on peut relever des insuffisances de temps en temps. Ce qui est loin du reste d’être une exception sénégalaise. La lecture globale, à première vue que l’on peut se faire de la situation de la communication au Sénégal se décline ainsi : - un manque de rupture au lendemain de l’alternance dans la définition du rôle et de la fonction des médias dits d’Etat, au regard des mutations profondes que connaît la société sénégalaise. Les conséquences fâcheuses d’une telle situation sont nombreuses et se traduisent entre autres, par une utilisation irréfléchie et partant un rejet de ces médias publics par des populations qui en arrivent à les assimiler uniquement à des officines de propagande d’un pouvoir peinant à articuler son discours avec la praxis que vivent au quotidien les masses sénégalaises. Une situation qui contraste cependant avec les compétences professionnelles avérées dont regorgent ces structures. - une incompréhension du rôle et de la place de la presse privée dans ses rapports avec les tenants du pouvoir et dans le cadre de sa mission globale de veille et d’alerte publiques, entre autres. - une confusion terrible entretenue sur les profils des managers des politiques de communication à tous les échelons de l’Etat. Résultat : le désordre créé fait jouer à de nombreux charlatans de la communication des rôles qui ne correspondent ni à leur formation, ni à leur expérience, ni à leurs capacités conceptuelles et professionnelles. Il n’empêche, tout le mode s’affuble du titre de Conseiller en communication, même des étudiants en début de cycle de formation mais qui jouissent d’une proximité avec tel ou tel responsable... Pourtant dans ce domaine aussi, faute de mieux, l’on pouvait continuer à se conformer aux pertinentes recommandations de la convention collective élaborée par le Synpics et qui définissent clairement les conditions à remplir pour être attaché de presse, conseiller en communication et autres fonctions de management dans les médias. En tout cas, le laisser-aller et le manque de transparence dans le choix de ces planificateurs de la communication au sein des instances administratives jouent négativement dans la visibilité des activités de ces structures mais aussi influent négativement dans les relations entre la presse privée et les autorités administratives, qui, faute de disposer d’une bonne aide à la décision communicationnelle, n’en font qu’à leurs humeurs.

Alors, comment dans ce contexte entrevoir les relations adéquates à l’émergence d’une presse émancipée et d’une véritable communication au service de citoyens avertis et conscients de leurs responsabilités ? Une telle perspective, n’est point une perpétuation d’une propagande d’Etat via des médias publics infantilisés ou une démarche visant à soudoyer la presse privée pour nouer avec elle de sombres desseins de collaboration hypothétique vouée à l ‘échec.

Il s’agit plutôt de marquer des ruptures dans la formulation et la gestion des politiques et autres stratégies de communication devant déboucher sur une acceptation de la mission de la presse dans sa diversité, sur une bonne visibilité de la démarche et une vulgarisation des résultats des actions entreprises par les pouvoirs publics, la société civile et par tout autre porteur d’initiatives au profit des populations. Par conséquent, des ruptures sont à marquer dans la formulation et la gestion des différentes politiques sectorielles de communication en cours pour l’instauration d’un véritable climat favorable à un dialogue national, orienté vers les questions de préoccupation majeures de développement, acceptant de faire jouer aux médias du service public leur véritable rôle d’ouverture systématique à toute la classe politique sans exclusive et aux membres de la société civile qui s’affirment de plus en plus comme forces sociales incontournables dans la marche de la société sénégalaise.

Le Sénégal, qui se targue de donner des leçons de démocratie et de bonne gouvernance au reste de l’Afrique, devrait se regarder dans sa glace médiatique pour mesurer aujourd’hui le long chemin qui lui reste à faire et ses insuffisances par rapport à des pays dont on ne soupçonne pas les progrès de plus en plus notables en matière de communication ! Il est vrai que si l’on n’avance pas, on recule ! C’est mon talentueux collègue, directeur de l’Issic Abdou Latif Coulibaly qui me faisait récemment cas du bond fulgurant en termes d’implantation de chaînes de télévisions et de radios enregistrées par un pays comme... la Rdc, au moment où on disserte encore sur l’éventualité de libéraliser ce secteur au Sénégal ! Le Bénin, par exemple, peut nous inspirer positivement sur les critères de choix objectifs, sans connotation politique mais selon des critères professionnels avérés, de dirigeants des médias du service public. A ce titre, l’affaire Madiambal Diagne aura eu le mérite de nous montrer à tous qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, entre le discours sénégalais et le vécu en matière de médias .

Mais toutes ces questions qui agitent depuis quelque temps le Landerneau médiatico-politico-syndical sénégalais ont besoin d’être débattues dans une perspective de réflexion commune approfondie dans laquelle place sera donnée largement aux acteurs de la communication, à tous ceux et celles qui ont vocation à conceptualiser et à s’investir dans les sciences de l’information et de la communication. Bien entendu, nous n’appelons pas à un monologue entre spécialistes et praticiens uniquement pour analyser le mal communicationnel sénégalais. Les états généraux de la communication dont nous souhaitons la tenue, par-delà les pertinentes questions d’ordre corporatiste qu’elles vont soulever, devraient permettre au Sénégal d’amorcer une nouvelle vision dans le champ de la communication, dans une perspective de formulation d’une nouvelle politique acceptée par tous les différents acteurs. Cette activité devrait, au regard de l’actualité brûlante, figurer parmi les urgences de l’agenda gouvernemental mais aussi syndical, pour l’organisation professionnelle la plus représentative dans ce domaine qu’est le Synpics. Car en laissant s’installer le statu-quo, c’est le Sénégal dans son ensemble qui perd, face à son expertise communicationnelle reconnue et à la richesse de ses talents journalistiques qui ont fini de faire leurs preuves et qui peuvent concevoir une nouvelle politique dans ce domaine. L’éclairage conceptuel et l’arbitrage attendus de telles assises, dépassant le traditionnel face à face ministère de l’Information (?), syndicats de journalistes, pour donner à la rencontre le caractère scientifique et la crédibilité attendus, militent en faveur de l’appel à la contribution de l’expertise internationale. Certaines organisations internationales spécialisées comme l’Unesco, la Fao et bien d’autres institutions reconnues devront être sollicitées pour apporter leur contribution à cet effet.

Dans un secteur aussi vital que la communication pour le développement par exemple, la Fao a appuyé de nombreux pays d’Amérique et même d’Afrique dans la formulation de leur politique nationale. Il en est de même de l’Unesco, dont une des vocations est naturellement la communication. Bien entendu, cette sollicitation de l’expertise internationale n’est nullement une remise en cause de la valeur des cadres pluridisciplinaires sénégalais. En venant exposer les cas d’école qui ont fait recette ailleurs, en apportant leur contribution à une réflexion d’ensemble, cette expertise va participer à l’émergence d’une vision claire et durable d’orientation de la politique nationale de communication. Naturellement, une telle démarche nécessite une approche participative tant dans la formulation que dans la mise en œuvre des pertinentes recommandations issues de cette rencontre inédite .Elle est par conséquent, aux antipodes d’une perpétuation d’une propagande stérile et désuète ou d’une volonté inavouée d’embrigadement de la presse privée dont l’émancipation de plus en plus marquée, ne saurait être ignorée par tout décideur attentif aux signes que lui envoie sa société. Malgré la cristallisation des positions, le respect et le dépassement obligatoire attendus des pouvoirs publics vis à vis de la presse, militent en faveur d’une véritable perspective de convergences et de solutions durables à un mal beaucoup plus profond que ne le laissent entrevoir les soubresauts des rapports heurtés entre le gouvernement et le segment le plus dynamique de la presse sénégalaise. Il appartient par conséquent aux pouvoirs publics de ne plus apporter de fausses solutions à un vrai problème, mais d’instaurer une nouvelle vision et de nouveaux rapports de confiance mutuelle et de partenariat, fruits des assises ainsi dessinées à grand trait, même si une vision conceptuelle de leur élaboration ne manque point.

La responsabilité du ministère de tutelle, est engagée pour la tenue dans les délais impartis de cette rencontre de décrispation devant amorcer une nouvelle vision dans tous les aspects qui traversent le riche champ de la communication au Sénégal. Une telle démarche est une exigence de bonne gouvernance et partant de restauration d’un environnement citoyen responsable au Sénégal.

Antoine Ngor FAYE
Journaliste Formateur à l’Issic
antoinefaye@hotmail.com

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