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Télécoms : le plus grand datacenter d’Afrique de l’Ouest est-il sénégalais ?

mercredi 2 août 2017

Un opérateur de télécommunications sénégalais revendique « le plus grand datacenter de l’Afrique de l’Ouest et du Centre ». Qu’en est-il réellement ?

Le 20 juin 2017, la Société nationale de télécommunications (Sonatel) inaugurait son datacenter en le présentant comme étant « le plus grand de cette envergure en Afrique de l’Ouest et du Centre ».

« Ce datacenter propose une sécurisation des données de classe mondiale car il est de niveau Tier III+. Il est composé d’un bâtiment de 2 224 m² sur une superficie globale de 3 500 m², comprenant trois salles informatiques ayant chacune une surface de 250 m² », précise la société, dans un communiqué.

Pourtant, le 6 juillet 2017, Tigo (filiale du groupe luxembourgeois Millicom International Cellular) a également présenté son datacenter comme étant le « premier certifié Tier III Design (TCDD) de l’Afrique de l’Ouest francophone », indique un communiqué de presse consulté par Africa Check.

« Nous sommes sur un terrain de 1,5 hectare avec un datacenter qui occupe 300 mètres carrés d’espace blanc, avec de l’énergie en continu et une connectivité complète », a dit Mitwa Ngambi, la directrice générale de Tigo, lors de la cérémonie d’inauguration de l’infrastructure.

Les informations autour de ces deux datacenters ont largement circulé dans les médias. De Sud Quotidien à Jeune Afrique, presque tous en parlent.

Comment le datacenter de Tigo peut-il être le premier certifié Tier III en Afrique de l’Ouest francophone alors que celui de la Sonatel, inauguré deux semaines plutôt, détiendrait une certification Tier III+ ? Le datacenter de la Sonatel est-il réellement le plus grand d’Afrique de l’Ouest et du Centre ?

C’est quoi la Certification Tier ?

La Sonatel et Tigo ont chacune indiqué que leurs certifications respectives leur ont été délivrées par Uptime Institute, qui se présente comme l’autorité globale en matière de classification des datacenters et qui est reconnue comme tel dans le domaine de l’informatique à travers le monde.

L’entreprise OVH, spécialisée en hébergement Internet et en sécurité informatique, explique sur son site qu’Uptime Institute classe les datacenters en quatre niveaux : Tier I, II, III et IV qui correspondent à un certain nombre de garanties sur le type de matériels déployés dans le datacenter en vue d’assurer sa redondance.

Selon Sylvie Neau Le Roy, chargée du développement des affaires d’Uptime Institute en France et en Afrique, cette certification « couvre la conception, le design, la construction et le fonctionnement opérationnel des datacenters. C’est une évaluation des performances de l’infrastructure spécifique du datacenter qui ne peut être effectuée que par l’Uptime Institute ».

Le Roy ajoute, dans un entretien avec Africa Check, que « la certification garantit que le datacenter a été construit comme prévu par le design et qu’il est capable de satisfaire les exigences définies par la classification Tier ».

Qu’est-ce qui caractérise la certification Tier III ?

Le Roy s’est appesanti sur les caractéristiques de la certification Tier III qui comprend trois étapes.

« Tier III signifie que le site soit maintenable de façon concourante ; ça veut dire que vous pouvez y effectuer une maintenance et continuer à opérer normalement ; que cette maintenance puisse se faire sur chaque composante de distribution et de capacité ; et qu’il n’y ait aucun arrêt des équipements pour toute maintenance prévue ».

La Certification Tier III « c’est vraiment pour connecter tous les points : de l’ingénierie – le plan de départ – à l’opération et ensuite à ceux qui l’opèrent », a insisté la représentante d’Uptime Institute.

Le datacenter de Tigo certifié Tier III

« Tigo a obtenu la certification des documents design Tier III (TCDD) pour son nouveau datacenter », a confirmé la chargée du développement des affaires d’Uptime Institute en France et en Afrique.

Sylvie Neau Le Roy a confié à Africa Check que ce datacenter est encore à la première étape de la certification Tier III et que Tigo a « prévu de valider les deux étapes qui restent ».

Tiers III+, « ça n’existe pas »

Dans son discours prononcé lors de l’inauguration du datacenter de Tigo, Leroy a confirmé que Tigo a rejoint « un petit groupe de datacenters élites en Afrique ». « Il est en fait le seul datacenter certifié design Tier III en Afrique de l’Ouest francophone », a-t-elle dit.

Par contre, le datacenter de la Sonatel « n’a pas encore été validé par Uptime Institute, mais ils ont été en contact avec nous. Ils n’étaient pas encore prêts mais je pense qu’ils vont certifier pour plus tard probablement », a confié Leroy à Africa Check. « Mais Tier III+ ça n’existe pas. C’est soit Tier III soit Tier IV », a-t-elle insisté.

Pourtant, dans son communiqué annonçant l’inauguration de ce datacenter, la Sonatel indique bien qu’il est classé Tier III+, donc supérieur au Tier III selon le classement Uptime Institute : « Je ne savais pas qu’ils avaient dit ça », a réagi Le Roy.

Quand nous avons demandé à la Sonatel sur quelles données repose le fait que son datacenter est le plus grand d’Afrique de l’Ouest et centrale, Noumbé Bâ Soumaré, chef du service presse et médias sociaux de la Sonatel, nous a dit qu’ils se basent sur la superficie du site et sur la capacité de l’infrastructure.

« La superficie du site est de 3,5 ha, avec trois salles informatiques et télécoms de 750 m² (pour 250 m² chacune) et extensible à 1 000 m². En termes de capacité, le site peut supporter 210 baies dont 70 baies par salle », nous a-t-elle notifié.

Mais, d’après le Dr Alex Corenthin, spécialiste en réseaux informatiques et directeur de NIC Sénégal, l’organe de gestion des extensions du domaine sénégalais ‘‘.SN’’, « le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est difficile de caractériser le plus ‘‘grand’’ datacenter ».

« Pour classer les datacenters, les critères sont généralement : la qualité de service mesurée par la qualification Tier et la surface équipée qui est étroitement liée à la capacité théorique d’accueil », a-t-il expliqué à Africa Check.

En comparant donc la surface équipée et la capacité théorique d’accueil du datacenter de la Sonatel à celle du datacenter MDX-i, officiellement classé Tier III et construit par MainOne à Lagos au Nigeria, on constate que le premier a une surface équipée de 750 m2 pour une capacité de 210 baies. Le second détient une surface équipée de 1500 m2 pour une capacité de 600 baies, des données confirmées par le site spécialisé Techpoint.

La Sonatel a tort

La Sonatel présente son datacenter comme étant « certifié Tier III+ » et « étant le plus grand d’Afrique de l’Ouest et centrale », Tigo revendique que le sien est le « premier datacenter certifié Tier III de l’Afrique de l’Ouest francophone ».

Les données actuellement disponibles chez Uptime Institute (l’unique institution habilitée à classifier les datacenters dans le monde) révèlent que le centre de données de Tigo est effectivement de rang Tier III : le seul en Afrique de l’Ouest francophone.

Par ailleurs, la certification Tier III+, revendiquée par la Sonatel « n’existe pas », selon Sylvie Neau Le Roy, chargée du développement des affaires d’Uptime Institute en France et en Afrique. Le Roy a précisé à Africa Check que la Sonatel a été en contact avec Uptime Institute mais son datacenter n’a pas encore été validé.

Aussi, sur la base des critères de grandeur indiqués par le Dr Alex Corenthin, le datacenter de la Sonatel n’est pas le plus grand d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Sa surface équipée est de 750 m2 pour une capacité de 210 baies. Au Nigéria, pays d’Afrique de l’Ouest, le datacenter MDX-i a une surface équipée de 1500 m2 pour une capacité de 600 baies.

Hyppolite Valdez Onanina

(Source : Africacheck, 2 aout 2017)

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