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Tamsir Amadou Salif Bâ, directeur général de l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE) : « Grâce à l’ADIE, l’Etat économise 4 milliards de francs par an »

samedi 15 octobre 2011

Directeur général de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie), Tamsir Amadou Salif Bâ décline les avantages de cette agence qui permet à l’administration de se passer des entreprises de téléphonie mobile et fixe. Grâce à cette indépendance, l’Etat économise, selon les premières estimations, quelque 4 milliards de francs Cfa par an. Le directeur de l’Adie dévoile aussi les projets de cette agence.

Wal fadjri : Quelle est la mission de la structure que vous dirigez ?

Tamsir Amadou Salif Ba : L’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) a pour mission de mutualiser, de rationaliser et d’harmoniser l’informatique de l’Etat. Donc, elle est chargée de mettre en œuvre la politique informatique définie par le chef de l’Etat. Ce, en outillant l’administration, en la dotant du matériel informatique et des accessoires informatiques pour l’aider à travailler en parfaite adéquation avec ce qui se fait ailleurs dans le monde. En somme, c’est pour permettre à l’Etat du Sénégal d’avoir une administration efficace et sécurisée capable de satisfaire les citoyens.

Entre autres outils, vous avez développé l’intranet gouvernemental. Pouvez-vous en parler pour les non-initiés ?

C’est un ensemble. Il y a d’abord les infrastructures. Aujourd’hui, tous les bâtiments de l’administration sont interconnectés. Les gens peuvent partager des applications. Ceux qui travaillent sur le budget au ministère des Finances peuvent le faire à distance. Il y a aussi la messagerie gouvernementale (.gouv) utilisé par tous les ministères. Et il y a beaucoup d’exemples qu’on peut citer. Pour dire que l’intranet est un partage de l’information en temps réel et en toute sécurité. L’intranet gouvernemental est synonyme de sécurité, de fiabilité et de gain de temps pour l’administration. Et cela se répercute inévitablement sur les administrés. Il faut dire que, avant, l’administration était caractérisée par sa lourdeur, avec beaucoup de papiers et surtout par une perte de temps pour les administrés.

Vous travaillez donc seulement pour l’Etat ?

Et pour les populations aussi. Nous travaillons pour les deux. Nous travaillons pour l’Etat, mais au bénéfice de la population. Par exemple, nous avons mis en place une infrastructure, une fibre optique, qui couvre pratiquement sept régions et onze capitales départementales. Elle aide les zones enclavées à accéder à l’internet et aux applications utilisées par l’administration. Si je prends par exemple les sites des démarches administratives, un citoyen qui se trouve à Kédougou et qui a besoin d’un document peut consulter le site pour avoir les informations et connaître les démarches à suivre pour obtenir un document administratif. Pour l’administration, l’Etat payait des coûts de connexion très élevés à la Société nationale de télécommunications (Sonatel). Actuellement, toute l’administration est couverte en connexion internet, grâce à l’Adie. Même les gens qui sont hors de Dakar, dans les régions les plus reculées ont la connexion. Maintenant, à la place des clés Usb et autres supports pour transporter des informations jusqu’à Dakar, les fonctionnaires utilisent des connexions internet. Imaginez le temps gagné par l’administration pour traiter des informations.

‘L’intranet gouvernemental est synonyme de sécurité, de fiabilité et de gain de temps pour l’administration. Et cela se répercute inévitablement sur les administrés.’

Cependant, des gens qui vivent à Dakar, mais nés dans les régions, continuent de se déplacer dans leur lieu de naissance pour obtenir un document administratif.

Nous sommes en train de travailler avec les collectivités locales par rapport aux extraits de naissance et autres documents administratifs. Je disais que nous avons déjà fait l’infrastructure et là nous sommes en train de travailler sur le contenu. Je prends un exemple sur le Tva. Les grandes entreprises gagnent beaucoup de temps et donc d’argent en faisant leurs déclarations en ligne. C’est la télé-déclaration. Donc ce sera pareil pour le citoyen. D’ici peu de temps, pour avoir son extrait de naissance, on n’aura plus besoin de se déplacer jusqu’à son lieu de naissance. La personne pourra se connecter, introduire ses données et peut-être qu’on va lui envoyer son document par internet.

Vous dites dans peu de temps. Pouvons-nous avoir une idée précise de la durée ?

Notre domaine, ce sont les infrastructures, la connectivité, etc. Il y a d’autres ministères comme celui des Collectivités locales qui s’occupent d’autres programmes. Et cela est du ressort de ses ministères. Mais, je pense qu’ils sont en train d’y travailler avec des Coréens. Nous avons travaillé avec eux sur les termes de référence et tout est presque acquis. Le financement ne va pas tarder. Ils sont en négociation et, à court terme, tout cela sera solutionné.

Combien avez-vous permis à l’Etat d’économiser ?

Nos tableaux de simulation ont donné 4 milliards de francs Cfa par an. Et on peut aller au-delà de ce chiffre, parce que nous n’avons pris en compte que 6 mille terminaux mobiles et 6 mille terminaux fixes. Si nous avons quinze mille, imaginez combien l’Etat pourra économiser. Avant, l’Etat dépensait, en téléphonie mobile comme fixe, environ 17 milliards de francs Cfa. Mais le gain n’est pas seulement pour l’Etat. Ces infrastructures sont aussi bénéfiques pour les citoyens. Je prends un exemple sur la téléphonie que nous avons mise en place. Dans les régions, les ambulanciers et tous les agents de santé ont des téléphones mobiles. De ce fait, on peut évacuer un malade en un temps record. Autrefois, parfois dans certaines zones, l’ambulancier ou le médecin n’était pas accessible ; vous pouvez maintenant appeler le ministère de la Santé qui vous donnera toutes les informations nécessaires.

Est-ce que votre travail peut induire une réduction du coût du téléphone pour le citoyen ?

Peut-être en partie. Le citoyen qui habite, par exemple, Matam qui utilisait son téléphone pour avoir l’ambulancier, l’infirmier, le médecin etc, peut maintenant simplement contacter l’ambulancier. Et ce dernier va utiliser le téléphone de l’Etat pour contacter par exemple le médecin ou la direction de l’hôpital. Le malade n’a plus besoin d’appeler quatre agents de santé pour régler son problème. Il lui suffit juste d’appeler une seule personne dans le circuit et celle-ci pourra donner l’information à toute la chaîne. Là, on fait économiser aux citoyens un coût de téléphone impossible à mesurer.

Est-ce que votre action n’est pas limitée si l’on sait qu’une grande partie de la population n’a pas accès aux outils informatiques ?

Le président de la République l’a compris et c’est pourquoi, il fait tout pour donner à chaque Sénégalais un ordinateur. Il a compris que seule la révolution numérique peut aider au développement d’un pays comme le nôtre qui n’a pas de ressources naturelles. C’est aussi le cas des pays comme le Japon et la Corée. Si nous arrivons à mailler l’ensemble du pays et à outiller tous les Sénégalais du matériel pour leur permettre d’accéder à l’information, nous pourrons révolutionner notre Sénégal, surtout dans le domaine de l’éducation.

Votre travail ne va-t-il pas léser les opérateurs de téléphonie ?

Je ne pense pas. Ce sont nos partenaires, nous travaillons ensemble. Nous ne sommes pas là pour les concurrencer. Si l’Etat du Sénégal en arrive là, c’est grâce à l’appui de ces entreprises, en particulier la Sonatel. Elles ont aussi leur part de contribution pour le développement du pays. La Sonatel doit aider l’Etat à mieux servir les citoyens. Et l’Etat a aussi pour mission d’aider ces opérateurs de téléphonie pour l’émergence du pays dans le domaine de la révolution numérique.

Quels sont vos projets ?

C’est, d’abord, doter le maximum d’agents de l’administration de téléphone mobile pour la rendre accessible et couvrir l’ensemble du pays avec la fibre optique. Sur ce point, nous travaillons sur le programme coréen qui est en phase terminale. A terme, tous les bâtiments de l’administration seront arrosés par le réseau Wimax avec l’intégration des Pabx. Ainsi, l’agent qui est à Tambacounda pourra appeler à tout moment dans les autres villes sans payer et sans passer par un opérateur de téléphonie. Si on arrive à doter toute l’administration de téléphone mobile et d’ordinateur, cela pourra aider le citoyen à avoir l’information dont il a besoin. A long terme, nous allons travailler sur les applications. L’Adie qui a constaté que les Sénégalais sont intelligents - car nous encadrons beaucoup de stagiaires - s’est dit : pourquoi ne pas essayer de vendre les applications à l’international comme le système Gaïnde qui est connu dans le monde. Nous avons des projets qu’on aimerait faire connaître à l’étranger pour faire connaître l’expertise sénégalaise et favoriser des rentrées d’argent.

Tout cela suppose des moyens. Avez-vous les moyens de votre politique ?

Effectivement, l’argent est le nerf de la guerre. Notre budget tourne seulement autour de 1,1 à 1,2 milliard de francs Cfa. Ce qui est insuffisant si l’on sait que le fonctionnement absorbe beaucoup d’argent à cause de la taille du réseau. On fait le tour des régions pour faire la maintenance de nos infrastructures avec seulement vingt-quatre ingénieurs, alors qu’au même moment Sonatel, Expresso emploient beaucoup d’ingénieurs. Vous imaginez aisément que nos ingénieurs et nos techniciens souffrent pour maintenir ce réseau. Néanmoins, nous essayons de faire avec le peu que nous avons. Nous avons beaucoup investi, en terme, de réseaux. Nous avons investi entre le projet chinois et coréen environ 50 millions de dollars pour mettre en place toute cette infrastructure. Et si nous n’avons les moyens de l’entretenir, cela peut porter préjudice à l’Etat. Si on ne nous aide pas à maintenir et à entretenir ce que nous avons investi, cela va poser des problèmes. J’ai même fait des correspondances dans ce sens pour que l’administration ait conscience de pérenniser nos investissements. Nous avons vraiment besoin de maintenir notre investissement de taille, parce que nous avons commencé à voir les résultats. Les lignes fixes qui coûtaient à l’Etat 500 millions de francs Cfa par an sont maintenant supprimées. Avec ce réseau, l’Etat a fait des économies d’échelle. C’est pourquoi, ce réseau mérite d’être maintenu.

Vous êtes au Technopôle, dans la banlieue. J’imagine que vous êtes sollicité par les populations ?

Je suis en train d’installer des ‘points-jeunesse’, des sortes de cyber-café à Guédiawaye où les jeunes du quartier pourront accéder gratuitement à l’internet et donc à l’information. Chaque ‘point-jeunesse’ comprend une dizaine d’ordinateurs avec une connexion internet. Les jeunes qui préparent, par exemple, leur mémoire de licence ou de maîtrise y seront encadrés. En plus, pendant les vacances ces ‘points-jeunesse’ servent de lieu de formation aux étudiants qui ont une certaine assise intellectuelle dans des applications comme photoshop, dreamwever, etc. Ces ‘points-jeunesse’ sont bien organisés, car on y accède par des cartes. Chaque maison dispose d’une carte. En même temps, on met à la disposition des gens les contacts des hommes importants du quartier comme l’imam, le plombier, le menuisier, etc qui seront accessibles à tous. Pour le moment, nous avons installé deux points fonctionnels : un à Notaire et un autre à Sahm. D’ici le mois de février, nous comptons installer une dizaine de ‘points-jeunesse’ dans cette partie de la banlieue dakaroise, si toutefois, mes moyens me le permettent.

(...)

Propos recueillis par Charles Gaïky Diène

(Source : Wal Fadjri, 15 octobre 2011)

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