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Sven Mikser, Ministre estonien des Affaires étrangères : « La coopération entre l’UE et l’UA sur les questions numériques est vitale »

samedi 3 mars 2018

Peuplé seulement de 1,3 million d’habitants, l’Estonie est le seul pays au monde où le secteur public numérique couvre l’ensemble des compartiments des services gouvernementaux. Aucun domaine de la vie public n’échappe au numérique. Une empreinte de cette dynamique numérique que l’Estonie a voulu imprimer lors de sa présidence de l’UE. Cette présidence a coïncidé avec la tenue du 5ème Sommet UE/UE tenu à Abidjan fin novembre. Le ministre des affaires étrangères de l’Estonie Sven Mikser, expose dans cette interview, la position de son pays face au développement numérique de l’Afrique, les perspectives qui y sont relatives mais aussi les atouts qui font de l’Estonie l’un des pays au monde les plus avancés dans l’E-gouvernance.

Depuis le 1er juillet 2017, votre pays préside l’UE. Votre ambition est de stimuler l’agenda numérique européen en faisant en sorte « que la libre circulation des données » soit reconnue comme le cinquième pan de la liberté de circulation du marché intérieur. Six mois après la fin de cette présidence en boucle, quelle évaluation tirez-vous de cette empreinte que vous laissez ?

Les six mois de présidence du Conseil de l’UE ont été un défi révélateur pour le secteur public estonien. Gérer les politiques pour 511 millions de personnes pour un pays d’un pays de 1,3 million a été une expérience qui nous a prouvé le besoin d’un état d’esprit et de culture de digitalisation plus forts.

Cette présidence a été une avancée critique vers une Europe plus numérique. Elle a été un déclic quant au changement de mentalité dont l’UE a désespérément besoin. Les systèmes traditionnels doivent rapidement changer pour maintenir la vitesse de développement technologique.

L’idée de la libre circulation des données est une direction que l’UE reconnaît maintenant comme l’un de ses objectifs à long terme. Ceci offre des possibilités infinies pour les citoyens et les entreprises qui seront la fondation de notre nouvelle économie numérique.

La fin de cette présidence a coïncidé avec la tenue du sommet UE / UA à Abidjan il y a quelques semaines (Ndlr,fin novembre 2017). Ce sommet, largement consacré à la coopération et aux jeunes, a-t-il laissé sa place dans l’agenda numérique qui fait partie de vos priorités ?

La coopération entre l’UE et l’UA sur les questions numériques est vitale pour les deux parties. Les pays africains ont beaucoup dépassé plusieurs technologies traditionnelles sur lesquelles les systèmes traditionnels européens sont administrativement bloqués. Les Européens peuvent soutenir la construction de cette société de l’information avec leur savoir-faire et leur soutien financier.

Espérons qu’à long terme les Européens pourront apprendre de l’expérience africaine et également commencer à adapter leurs propres infrastructures sociales en conséquence. La coopération et l’apprentissage sont les clés ici, autrement dit, la fertilisation croisée.

Le cadre africain avec sa diversité s’avérera, espérons-le, être un terrain fertile pour des idées novatrices « pratiques » qui peuvent profiter à l’économie et à la société, sur le long terme.

Par ailleurs le Premier ministre estonien a signé un protocole d’accord à Abidjan avec le Président de l’Union africaine sur la coopération numérique. Nous espérons coopérer pour créer une boîte à outils numérique ouverte à la formation d’Etats membres de l’UA sur la gouvernance électronique.

Dans un même élan, l’Estonie a signé un mémorandum d’accord similaire avec la République de Maurice afin de mettre en œuvre un centre de formation régional sur les questions d’e-gouvernance. Je crois que l’UE devrait soutenir l’Afrique au niveau continental, régional et national pour mettre en place l’E-gouvernance.

A cet effet, l’Estonie a d’ores et déjà fait des propositions à Bruxelles. Lesquelles concernent le développement de normes d’E-Gouvernance africaines, une interopérabilité du cadre et un programme de formation qui aident les gouvernements africains à la gouvernance de l’ère numérique du 21ème siècle.

Nous savons que l’Afrique a l’une des économies les plus dynamiques du monde et les gouvernements doivent suivre le rythme des innovations du secteur privé.

« L’Estonie est un laboratoire de la société numérique »

L’Estonie est très peu connue des Africains. Et pourtant, votre pays est l’un dès le plus avancés dans le domaine d’eGov. Quels sont les atouts de votre pays dans ce domaine ?

L’Estonie étend progressivement son empreinte en Afrique grâce à ses forces relatives particulièrement au secteur numérique. Plusieurs africains ont visité l’Estonie ou ont participé à différents événements organisés dans des pays tiers, y compris les pays africains en Estonie. À titre d’exemple, l’Académie e-gouvernance estonienne a organisé des conférences sur la digitalisation. Lesquelles sont une tendance résolument moderne, surtout chez les jeunes. Les États doivent capitaliser sur les possibilités offertes par la numérisation, y compris la fourniture de meilleurs services de gouvernance et la création d’emplois, en particulier chez ces jeunes. L’Estonie est le seul pays au monde où le secteur public numérique couvre toute la portée des services gouvernementaux publics et où la population utilise vraiment ces services numériques et entièrement. En ce sens, l’Estonie est un laboratoire de la société numérique. On peut voir comment le modèle de la société de l’information y fonctionne réellement. Notre pays possède de solides compétences en matière d’E-Gouvernance. Ces compétences sont disséminées par entités regroupant des personnes qui travaillent dans le secteur gouvernemental, le secteur privé et les ONG. Le cœur de ce réseau est l’e-Gouvernance Academy (eGA) qui fonctionne en tant que facilitateur pour la plupart des projets coopératifs. Lesquels ont déjà associé plusieurs pays africains au sujet de l’amélioration de leurs systèmes et de leurs infrastructures numériques. Les entreprises et consultants estoniens ont noué des contrats liés à la numérisation des gouvernements africains pour mettre en place une infrastructure de gestion publique numérique, telle qu’une identification numérique ou un réseau d’interopérabilité ou des services de gestion financière publique.

Qu’est-ce qui explique ce fort intérêt de votre pays pour ce virage numérique ?

C’est le fait d’avoir compris à quel point le numérique est bénéfique. Une masse critique dans le gouvernement des années 1990 et le début des années 2000 était innovante et disposée à investir 1% du budget de l’Etat dans le développement de la société numérique et des systèmes informatiques. C’était aussi le besoin. Le manque de ressources naturelles devrait être compensé par l’efficacité dans la gestion du bien public. Côté climat, le nôtre est mauvais et froid pendant une bonne période de l’année contrairement à l’Afrique. A cet effet, nous devons donc être extra rationnel avec la quantité de ressources que nous avons. Cela a permis de construire une tradition d’état d’esprit innovateur ayant permis à nos populations de se construire au fil des siècles. Cette efficace est inscrite dans notre ADN.

En 1991, quand nous avons pris notre indépendance de l’Union soviétique, il nous fallait réinventer complètement tout le système administratif. Les PC commençaient leur intégration dans les masses à ce moment-là, de sorte que la décision d’aller vers le digital était une étape assez logique

Dans le développement numérique d’aujourd’hui, il y a beaucoup de critiques concernant les coûts des technologies. L’expérience estonienne montre clairement que l’ancienne façon de faire les choses dans un système juridique sur papier est plus chère qu’administrer une démocratie numérique. Même si cela n’est pas encore visible, le temps prouvera que l’investissement dans l’économie numérique rapportera cent fois plus.

Comment cette expérience de votre pays peut-elle servir le continent africain ?

Nous avons des idées transformatrices et des plans pour transformer complètement la prestation de services au public, tels que les applications de l’économie partagée pour la prestation de services publics, l’E-Résidence, l’attraction des investissements étrangers, la lutte contre la fraude et la collecte des recettes fiscales etc.

Nous pouvons partager le code de notre couche d’échange d’informations (X-road) et le savoir-faire socio légal et l’implémenter à différentes échelles. Nous pouvons montrer les études de cas de différents systèmes d’information dans la pratique et collaborer pour la construction de la première condition pour les rendre réelles. Nous pouvons partager la vision de l’écosystème numérique et l’analyse du cycle de vie pour apporter les dividendes numériques aux citoyens et aux entreprises dans la société. Cependant, il est essentiel de comprendre que la technologie joue un rôle moins important dans cette transformation. C’est avant tout une question d’état d’esprit et de culture d’une société de confiance nécessitant d’être construit tout au long de nombreux cycles électoraux. De nombreuses entreprises estoniennes sont déjà présentes sur le marché africain. C’est le cas de Cybernetica qui propose UXP, I-Voting, la plateforme d’interopérabilité X-Road. Elles ont développé la plateforme d’interopérabilité pour la Namibie. Un autre exemple est Nortal qui offre la science des revenus, la facilité de faire du business, le digital Health, l’Industrie 4.0, l’e-Identy, la protection des données et des finances publiques. Leur portefeuille comprend déjà le système de gestion des finances publiques au Nigeria. Lequel a déjà sauvé plus de 7 milliards d’euros pour le gouvernement nigérian. Aussi, cette entreprise a construit le système fiscal du Botswana où les citoyens peuvent déclarer leurs taxes en 5 minutes. NetGroup est actif dans les solutions eJustice, eEducation présentement en Ouganda. ReachU offre des systèmes de géo information, des solutions de veille intelligente, des analyses de la Terre pour l’industrie agricole etc.

Quel type de coopération aimeriez-vous établir avec l’Afrique ?

L’Estonie peut montrer comment il est possible de construire une E-société à partir de rien, en utilisant ses propres ressources et entreprises informatiques. L’Afrique a suffisamment de potentiel local pour développer des solutions avantageuses pour l’ensemble de l’économie. L’Estonie n’est pas en train de vendre ses biens et services à l’Afrique comme le font de nombreux grands pays. L’Estonie se distingue des grands pays donateurs en n’offrant pas seulement les résultats, mais une voie à l’Afrique. L’objectif principal de l’Estonie est, bien sûr, la gouvernance électronique, mais cela signifie construire une confiance dans les composantes de la société de l’information, en construisant le système de valeur et d’efficacité main dans la main avec la transparence et la vie privée. Différents types de systèmes d’informations gouvernementaux peuvent être rassemblés pour élaborer un écosystème chaque fois plus flexible pour maintenir les identités culturelles locales.

À long terme, nous espérons en apprendre davantage sur la façon de rendre nos propres systèmes meilleurs, parce que divers emplacements peuvent créer différentes solutions.

En tant que Ministre des Affaires étrangère, quelle est votre stratégie de diplomatie numérique ?

Le numérique fait partie de notre fonctionnement quotidien, il fait partie de notre prise de décision, notre communication et notre diplomatie, il n’est pas distinct de tout ce que nous faisons.

Le ministère des Affaires étrangères forme régulièrement ses collègues pour veiller à ce que les diplomates soient équipés de la dernière boîte à outils numérique nécessaire pour leur travail en Estonie et à l’étranger.

Concernant la diplomatie numérique et l’Afrique, l’Estonie a récemment effectué plusieurs visites de haut niveau en Afrique. Le Président Kaljulaid a visité le siège de l’Union africaine, l’Ethiopie et le Rwanda en novembre ; Le Premier ministre Ratas a participé au sommet UE-UA à Abidjan en novembre et a effectué une visite au Ghana. J’ai moi-même visité l’Union africaine en 2017 et j’aurai plusieurs réunions à la fin de Janvier 2018 à Addis-Abeba. La diplomatie numérique est et a été un élément permanent dans l’agenda de nos rencontres avec les dirigeants africains. Enfin, l’Estonie s’engage également dans la diplomatie numérique en tant que candidat à un poste non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies entre 2020-21. Le patron de la campagne estonienne est Son Excellence Mme Kersti Kaljulaid, Présidente de la République d’Estonie, candidate pour la première fois à cette fonction onusienne. Nous croyons que tous les membres de l’ONU devraient avoir l’opportunité de participer à la création de la stabilité et de la sécurité dans le monde. L’Estonie est un petit pays et apportera une petite perspective nationale au Conseil. Courir pour le Conseil de sécurité démontre l’engagement à long terme de l’Estonie de prendre plus de responsabilités dans le monde. L’Estonie est engagée dans le Programme de paix et de sécurité des femmes, ainsi que dans la lutte contre l’impunité, le maintien et la consolidation de la paix, mais également dans les méthodes de travail du Conseil de sécurité, ainsi que contre les nouvelles menaces à la sécurité et le terrorisme. En tant que nation innovante, nous nous engageons à partager notre expérience et les meilleures pratiques en matière de gouvernance efficace et de solutions électroniques créatives. Nous croyons que nous pouvons aussi accroître l’efficacité et les méthodes de travail du Conseil de sécurité lui-même.

Propos recueillis par Mohamadou Diallo, interview parue dans CIO Mag N°50 Janvier-Février 2018

(Source : CIO Mag, 3 mars 2018)

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