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Sonatel : Vente des parts de l’Etat à France Télécom, quand le Sénégal renonce à sa souveraineté

lundi 6 avril 2009

La valeur de l’action Sonatel, à la date du 6 avril, était estimée sur le marché financier régional à 120.000 CFA. Elle a chuté depuis qu’elle a atteint des sommets avec des montants qui ont titillé presque 200 mille CFA. C’est ce moment de baisse de l’action que l’Etat a choisi pour vendre ses actions sur un marché parallèle. C’est ce que la Gazette est en mesure de révéler aujourd’hui.

La Gazette a appris, de sources dignes de foi, que l’Etat du Sénégal négocie ferme avec France Télécom, pour se débarrasser des actions (27% du capital) qu’il détient encore dans la Sonatel. La négociation est conduite pour le compte du Sénégal par un cabinet parisien et une banque française la Rothschild Bank. Les observateurs qui sont au fait des transactions se demandent pourquoi l’Etat négocie sa transaction en dehors du marché officiel et préfère ainsi jouer sur un marché parallèle.

Des sources proches de la Bourse régionale des valeurs expliquent que le gouvernement est tenu par un besoin urgent de financement qui l’oblige à se débarrasser en catimini de ses actions au profit du partenaire technique dans la société qui est privatisée depuis 1997. Selon nos sources, cette vente intervient cinq mois seulement après une première opération que l’Etat avait effectuée en novembre dernier au profit de la Sonatel.

Cette première vente concernait 3 à 5 % du capital et avait rapporté 50 milliards à l’Etat. Rappelons que cette part infime du capital qui a été ainsi aliénée n’avait pas été attribuée en 1997. Elle était restée flottante depuis la privatisation intervenue, il y a douze ans maintenant. La nouvelle vente qui est envisagée, si toutefois elle se réalise, entraînerait des conséquences fondamentales dans la gestion de la société qui est de loin la plus solide et la plus prospère de l’ensemble du secteur économique national. Elle se traduirait par une perte totale de souveraineté dans un secteur fondamental. C’est étonnant que l’Etat puisse engager une telle transaction qui va le conduire à terme à ne garder que 5% du capital de la Sonatel.

Autant dire que notre pays a décidé de renoncer à avoir un œil sur le secteur des télécommunications, au moment où un pays comme la France refuse de céder les 27% qu’elle détient encore dans le capital de France Télécom. Pourtant, une directive européenne l’exige de tous les Etats membres de l’Union qui ont dans leur portefeuille un opérateur de téléphonie historique, ayant basculé du public vers le privé. La Sonatel réalise, en tant que groupe ( Sonatel historique, Orange Sénégal, Ikatel Mali et Orange Guinée Bissau), un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 500 milliards de FCFA, avec un bénéfice net de 136 milliards net. Depuis 1997, le Sénégal perçoit chaque année avec ses 27% d’actions, des dividendes qui ont varié entre 20 et 25 milliards par an.

En outre, le trésor reçoit en impôts et autres taxes diverses pas moins de 50 milliards. Pourquoi vendre ? La réponse se trouve dans l’état désastreux des finances publiques du pays. L’Etat exsangue peine à faire face à ses obligations, celui-ci tape à toutes les portes, pour trouver de l’argent. La décision de l’Etat de vendre fera de la Sonatel une simple filiale de France Télécom. Dès lors, toutes les décisions majeures qui vont déterminer son avenir seront arrêtées et orientées depuis Paris, dans l’intérêt exclusif de la société mère. De nombreux experts craignent alors un détournement de trafic au détriment de la Sonatel et au profit de France Télécom.

Celle-ci n’hésitera pas à utiliser son propre réseau extrêmement dense dans le monde, pour y diriger tout le trafic international que la Sonatel captait. La société sénégalaise, compte tenu de la position géographique du Sénégal a réussi à construite une sorte de plateforme (hub) internationale lui permettant d’écouler un trafic immense qui lui rapporte chaque année, un peu plus de 50% de son chiffre d’affaires. La Sonatel se présente de ce fait comme un agent majeur dans l’écoulement du trafic international, surtout pour ce qui concerne la région Afrique. Elle y réussit grâce à ses équipements de télécommunications très performants (câbles sous-marins, fibres optiques) qui font qu’elle soutient plus que valablement la concurrence avec n’importe quel acteur dans le monde. Quand on fait le bilan de la privatisation de la Sonatel, on note que la partie française est de loin la gagnante dans cette affaire.

Par pure considération idéologique, les institutions financières internationales ont obligé le Sénégal à privatiser la Sonatel. Le partenaire technique : France Télécom, avait investi un total de 80 milliards de FCFA au départ pour acquérir la Sonatel. Depuis, elle a perçu, en dix ans, la bagatelle de 160 milliards de FCFA, pour les dividendes payés. Sans compter les immenses sommes qui lui sont versées par la Sonatel, à qui elle a imposé l’obligation contractuelle de lui payer des frais de gestion (managmentfee) annuels calculés sur la base de 1,6 % du chiffre d’affaires annuel, en ce qui concerne la Sonatel historique. Pour avoir amener la marque Orange avec elle, France Télécom perçoit également 3 ,3% (brandfee), du chiffre d’affaires annuel de la société Orange Sénégal. Si demain l’Etat vend ses actions, le partenaire français aura la haute main sur la Sonatel.

Cette éventualité est d’autant plus redoutée par les experts que France Télécom se montre particulièrement déloyale, à en croire nos sources, quand il s’agit de respecter ses engagements contractuels. A cet égard, nos sources indiquent que les responsables de France Télécom se sont engagés, à aller à la conquête de la sous-région avec le label Orange, mais sous la bannière de la Sonatel. Ce qui l’oblige à consolider dans les bilans de la société sénégalaise les réalisations faites à l’externe. C’est le cas actuellement avec la société Mobile Mali (Ikatel). Cette disposition gène la partie française qui a alors décidé de parti investir seule au Niger, sous la bannière de France Télécom et a laissé en rade la Sonatel. Ce faisant, elle a ainsi ouvert un contentieux qui n’est pas encore réglé.

Et voilà que l’Etat semble vouloir lui donner carte blanche pour faire totalement main basse sur la Sonatel. Le départ de l’Etat est dans l’air, depuis plus d’un an. En effet, le gouvernement a produit une lettre circulaire tenant lieu de politique sectorielle, en 2006, dans laquelle il dit que sa présence dans le capital de la Sonatel est susceptible d’être cédé, en partie ou totalement, en cas de besoin. Il semble que le besoin s’est avéré. En fait, ce besoin ne s’explique pas autrement que par le souci financier du gouvernement.

C’est le moment d’attirer l’attention des Sénégalais sur la politique hasardeuse de l’Etat qui se montre incapable de dessiner des perspectives réalistes pour le secteur des télécommunications dans le pays. Le capital de la société soudanaise qui vient de bénéficier d’une licence chez nous (elle est une opératrice majeure chez elle), est détenu à 27% par le gouvernement soudanais. Les deux cas de Sudatel et de France Télécom sont assez édifiants, par rapport à la nécessité pour tout Etat moderne de maintenir une présence active et non symbolique dans le secteur des télécommunications.

(Source : La Gazette, 6 avril 2009)

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