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Silence, on data-gouverne… La « guerre de Toi » ne devrait pas avoir lieu

lundi 27 avril 2020

La guerre de Troie n’aura pas lieu… cette célèbre pièce de théâtre de Jean Giraudoux s’était voulue un signal, un avertissement, relatif aux dérives et aux écarts avant-coureurs de la Seconde guerre mondiale en préparation. Comme souvent, dans l’histoire de l’Humanité, le droit était en cours de manipulation pour justifier des fins prédatrices, commerciales et politiciennes, pas toujours porteuses d’intentions consciemment louables.

Aujourd’hui, il ne s’agit ni d’Hélène, ni d’Hector, ni de Pâris, ni de Priam… Il s’agit de notre « soi », de votre « toi », projetés dans un espace à effets biométrisés multiples dont nous perdons le contrôle petit à petit, à coup d’algorithmes créateurs d’opacité pour certains d’entre eux, et destructeurs d’éthique pour d’autres. La protection des données, stricto sensu à caractère personnel, est, de plus en plus, un combat du passé. Au nom de l’efficience et de la rationalisation de gestions diverses, on nous convainc de la légitimité de collectes de données tous azimuts.

Silence, on collecte…

En fait, c’est probablement la compréhension du concept de vie privée qui est dévoyée, ou, a minima, qui n’est plus communément partagée. Certains vont jusqu’à soutenir que la vie privée n’a plus de sens… qu’il s’agit d’une notion liée à la révolution industrielle, dépassée en cette époque de digitalisation croissante.

Nous n’avons rien à cacher, répète-t-on à qui veut bien l’entendre. Il semble que nous ne soyons plus vraiment en mesure de bien appréhender les conséquences, sur notre vie tout court, qu’elle soit privée ou non, d’une digitalisation technicienne, techniciste et techno-centrée. Il ne s’agit bien évidemment pas de remettre en cause les bénéfices du principe de la digitalisation et de l’apport des nouvelles technologies, mais plutôt d’alerter sur les modalités de leurs déploiements pas toujours bien réfléchies. Il ne s’agit pas de refuser de monter dans la voiture, bien au contraire, mais de s’entendre sur le code de la route. Faut-il rouler à 120 km à l’heure dans les ruelles de nos villages intimes ? Nous ne pouvons qu’être heureux, en cette période de COVID-19, de bénéficier d’un certain nombre de services numériques. Il faut juste veiller à bien organiser les modalités de déploiement de la digitalisation et éviter qu’elles ne soient qu’une simple affaire de techniciens raffolant de la gestion de bases de données jumelées à quelques smartphones.

Ces modalités de déploiement doivent être sujets à une démarche citoyenne, contrôlée par des outils démocratiques modernes, adoptant des positions favorisant le progrès et le respect des droits humains.

Le progrès n’est pas que technique. Il doit se traduire par le respect de l’autre et par la mise en place de gouvernance construite sur autre chose que l’intrusion systématique dans la vie intime des personnes et, loin de certaines pratiques basées sur la peur et la colère, pouvant ouvrir la voie à certains mécanismes fascisants.

Nous sommes tous en « avatarisation » avancée. Devons-nous gérer nos identités ou celles de nos avatars ? Certes, les objectifs de développement durable préconisés par les Nations unies, en particulier l’ODD 16.9, prônent une identité légale pour tout citoyen du monde, mais n’imposent nullement que cette identité légale se traduise par une identité numérique unique exprimée par un identifiant unique et public. Un tel raccourci est intellectuellement faux et peut constituer une erreur de gouvernance stratégiquement coûteuse.

D’autant plus que les finalités de rationalisation des gestions quotidiennes souhaitées et souhaitables peuvent être atteintes autrement. Il est tout à fait possible de disposer d’identités numériques sectorielles permettant de préserver la vie privée, de réduire et contrôler les méfaits des visions à 360° élargies, et de réglementer les algorithmes de profilage en vue de les « humaniser ». Il s’agit aussi d’éviter de stocker aux mêmes endroits les données d’usage et les données d’authentification.

Silence, on calcule…

Pas partout. Par exemple, la Constitution du Portugal, en date du 2 avril 1976, indique dans son article 35 qu’il est interdit d’attribuer aux citoyens un numéro national unique… Une identité légale unique n’est pas synonyme d’une identité digitale unique. Le numérique n’est pas qu’une question technique, il devient un outil de reconfiguration des équilibres du quotidien, institutionnels, voire constitutionnels. Quel est le rôle des démocraties digitalisées dans la production de politiques publiques ? Celles-ci resteront-elles du ressort des gouvernances nationales ou seront-elles portées par des entités internationales détentrices d’algorithmes de profilage aussi performants que inatteignables ?

Silence, on data-gouverne…

Pourrons-nous aspirer à être encore des citoyens porteurs et producteurs d’idées ? Ou simplement des avatars producteurs de données brutes ?

Il devient ainsi important de se poser les bonnes questions.

Où va-t-on ? Il n’y a pas d’idées préconçues a priori. Il faut juste s’entendre sur les méthodologies d’acceptation des évolutions en cours. A-t-on encore le droit d’en parler, ou faut-il se résigner au diktat du fait accompli et de la situation de non-retour ? Nous engageons des choix techniques qui ne prennent pas le recul suffisant sur les impacts sociétaux induits.

Nous devrions mettre en place des comités d’éthique pour accompagner les choix de digitalisation. Avec un peu de lucidité, un peu d’échanges et un peu de débats, la « guerre de Toi » ne devrait pas avoir lieu.

Omar Seghrouchni [1]

(Source : CIO Mag, 27 avril 2020)

[1] Président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) au Maroc. Natif de Rabat (Maroc), Omar Seghrouchni a exercé près de 32 ans en France dans les domaines de l’organisation et des systèmes d’information. Spécialiste de la gouvernance des transformations, il a été nommé en novembre 2018, président de la CNDP au Maroc. Il préside depuis 2019 la CDAI (Commission du Droit d’Accès à l’Information). Au-delà de la protection des données à caractère personnel, il travaille pour celle du citoyen au sein de l’écosystème numérique.

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