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SMS (Short message system) : un nouvel ordre linguistique ?

vendredi 11 avril 2008

De la lettre au sms, un écart considérable qui va de l’espace dont dispose l’expéditeur au laps de temps qu’il a pour rédiger son idée et l’envoyer à son destinataire. Et dans cette logique de vitesse et d’exigüité d’espace, on assiste à tout un bouleversement de l’ordre linguistique pré-établi et sur lequel se fonde l’enseignement. Face à l’inquiétude des parents d’élèves, voici quelques réponses avisées des professionnels de la question.

Modou Ndiaye, Grammairien au département de Français de l’UCAD : « Le recours à ce mode d’écriture se comprend... »

« Concernant l’impact des sms, il faut commencer par cerner les espaces où ce mode d’écriture est utilisé. Je crois, si je ne me trompe, qu’il est employé dans les messages envoyés par téléphone cellulaire (destinés à un autre téléphone cellulaire ou à une émission de télévision) ou par internet (pour participer à un forum). Dans le premier cas (par téléphone cellulaire), le recours à ce mode d’écriture peut être compris du fait de l’étroitesse de l’espace d’écriture qui ne facilite pas la réalisation de longues phrases. Il faut ensuite décrire ce mode d’écriture qui, dans sa démarche, peut être rapproché de la prise de notes de cours telle que pratiquée par les élèves avancés et les étudiants : une simplification de l’orthographe par des procédés comme l’abréviation, la siglaison, l’emploi de symboles divers. Ces deux modes ont en commun le fait qu’ils ne sont pas organisés par des règles partagées par tous, comme le sont les règles de l’orthographe normale. Mais, alors que les notes de cours sont destinées à l’expéditeur lui-même, c’est-à-dire à l’étudiant qui les écrit et qui donc en a fixé les règles, un message en sms est destiné à quelqu’un d’autre. Cela fait qu’un message en sms, contrairement à toute attente, est souvent plus difficile à déchiffrer qu’un message en orthographe normale, même et surtout, quand le destinataire n’a pas une maîtrise satisfaisante de la langue de communication. Les messages en sms qui défilent à l’écran de nos téléviseurs ont un effet dévastateur concernant l’apprentissage de la langue écrite par les tout petits et les jeunes élèves. Une action doit être envisagée pour arrêter les dégâts. Il est vrai cependant que l’orthographe française, qui est à la fois lexicale étymologique et grammaticale, doit être simplifiée pour prendre en compte les nouvelles réalités liées au TIC. Il faut savoir d’ailleurs que cette orthographe a été réformée plusieurs fois, les dernières à la demande de linguistiques informaticiens. Les emprunts et néologismes se retrouvent aussi dans la langue courante, ils ne sont pas spécifiques aux messages sms ».

Oumar Ndao, Professeur de Lettres à l’UCAD et Metteur en scène : « Il faut payer le prix fort certaines innovations ».

« La question magistrale qui se dégage du sujet, est de savoir si la langue française n’est pas appelé à évoluer. Quand on fait un retour dans le passé, on se rend compte que l’actuel français n’est pas celui qu’il a été il y a quelques années. Il est en effet parti du bas latin à l’ancien français pour aboutir à ce que nous avons actuellement. Alors, on se demande si les sms ne marquent pas un état nouveau de la langue. On a beau tenir à l’académisme, il y a des mutations qu’on ne peut même pas contrôler. L’impact du sms sur l’enseignement pourrait être positif du point de vue de l’efficacité de l’expression de la pensée car, sur un espace restreint, on doit exprimer l’essentiel pour ne pas dire le vital. Du point de vue de la communication et de la performance personnelle, le sms est un exercice de l’esprit, de rationalité, d’efficacité, d’économie, et donc d’efficience. Or, certains exercices comme le résumé de texte ou certains aspects du commentaire, appellent ce type de qualité de précision et de concision que n’ont pas toujours les étudiants. Le terrain du sms peut donc être un bon champ d’entrainement. Le problème est de savoir si ce qu’on va gagner vaut ce qu’on va perdre (efficacité de la pensée et académisme de la langue). Le choix est vite fait : la performance. On a beau protéger cet académisme, les écrivains ont été les premiers à la violer : Amadou Kourouma, Sony Labou Tansi et autres ont créé des bâtards linguistiques.

Il existera trois champs d’expression en langue française : l’oral, l’écrit et le sms qui est un nouveau code à qui on ne peut pas refuser le droit de vie, n’en déplaise aux puristes qui, chaque fois qu’il y a révolution, croient que cette dernière est la fin du monde alors qu’elle n’est qu’une évolution linguistique. Il faut payer au prix fort certaines innovations. Nous avons accepté l’inclusion massive de l’image dans notre environnement.et donc de l’un de ses supports, l’écran, qui a l’air plus vivant, plus interactif que le papier et qui semble mobiliser plus de sens. Ne faudrait-il donc pas développer une méthodologie de l’apprentissage par l’image et par l’écran qui appelleraient d’autres méthodologies et d’autres règles ? »

Fary KA, Sociolinguiste : « Les lourdeurs orthographes sont évacuées »

« Le monde, comme les hommes, marche à des pas alternés et c’est ce qu’on appelle révolution. Dans le sens non violent du terme, s’entend. Et c’est cette même révolution que les Tics sont en train de créer dans le monde. Après une approche quantitative des actes humains, la qualité arrive nécessairement à un point de rupture qualitative. Les Tics font actuellement donc une révolution mondiale aujourd’hui. C’est un élément dialectique irréversible. Cela étant, ils remodèlent le système éducatif, car, le système est dorénavant fondé sur trois piliers : l’information, la communication et la compétition. Les jeunes, avec les ordinateurs, internet et autres, sont obligés d’utiliser ces Tics pour gagner en vitesse et en information. SMS (short message system) a été inventé pour aller vite. Les lourdeurs orthographiques et autres sont évacuées. Et même si cette nouvelle forme d’écriture n’est pas officielle, elle ne gêne en rien les règles fondamentales des langues. »

Pape Alioune Ndao, Sociolinguiste : « Si les étudiants font beaucoup de fautes, c’est parce qu’ils ne respectent pas les syntaxes. »

« Le linguiste, dans l’exercice de sa profession, est très prudent. Il ne peut donc se prononcer sur un sujet après des travaux de recherche. Alors, même si on remarque que les étudiants font de plus en plus de fautes, ce n’est pas automatiquement imputable à l’influence des sms. Une langue s’apprenant sur une longue durée. Avant de dire que les sms ont un impact sur elles, il faut nécessairement s’adonner à la vérification de son hypothèse. Il n’est donc pas dit que cet impact ait pu avoir lieu sur un bagage syntaxique acquis après de longues années d’études et de formation. Et même si cela était le cas, cet impact ne saurait en aucune façon être décisif dans les pertes de compétence des étudiants, élèves et autres. Ce qui différencie le sms des règles habituelles de rédaction, c’est le choix et le mode d’encodage du discours de la pensée. On se rappelle la sténographie et la prise de notes par abréviation. Vu que les registres de langue ne sont pas les mêmes et que l’individu arrive à passer de l’un à l’autre selon son milieu, il n’y a alors aucun problème à ce que celui-ci passe du langage sms à celui normal quand besoin sera. Dire que les sms ont un impact négatif sur les étudiants, c’est se prononcer trop vite sur un domaine qui n’a pas encore été sondé. Si les étudiants font aujourd’hui beaucoup de fautes, c’est simplement parce qu’ils ne respectent pas les syntaxes. Alors, pour arriver à une recherche pertinente sur la question, il faudrait cibler une population de jeunes qui, dès le bas âge, a été impliquée dans le monde sms pendant une longue durée. Et cela, deux étudiants s’y attellent déjà ».

Armelle Dagba

(Source : African Global News, 11 avril 2008)

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