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Rachat de Tigo par Wari : Véritable tournant ou feu de paille ?

mardi 28 février 2017

L’annonce du rachat de l’opérateur de téléphonie mobile Tigo Sénégal, propriété de la firme luxembourgeoise Millicom International Cellular (MIC), par la société sénégalaise de transfert d’argent Wari a été, sans conteste, la surprise de ce début d’année 2017. Pour Millicom, cette opération s’inscrit dans une dynamique consistant à se séparer des filiales africaines les moins rentables pour se concentrer sur les marchés jugés les plus prometteurs. Dans ce cadre, en avril 2016, Tigo RDC a été vendu à l’opérateur français Orange et, dans le courant du mois de février 2017, Tigo Ghana a été cédé à l’opérateur indien Bharti Airtel. Suite à cette série de désengagements, Tigo, qui historiquement était surtout présent sur les marchés latino-américains (Bolivie, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Paraguay et Salvador), n’est plus présent que dans trois pays africains à savoir le Rwanda, la Tanzanie et le Tchad. Quant à Wari, l’entreprise sénégalaise de transfert d’argent dirigée par Kabirou Mbodje, elle a réussi, en moins d’une décennie, à s’implanter dans près de soixante pays grâce à des partenariats signés avec des banques et des institutions financières, des organismes publics, des réseaux postaux, des loteries nationales, des stations-service, des entreprises et différents types de commerces. Pour cette dernière, le rachat de Tigo constitue à la fois une diversification de ses activités vers le secteur de la téléphonie mobile et en même temps un renforcement de son activité de base lorsque l’on connait l’importance prise par le Mobile Money en Afrique comme l’illustre le succès de M-Pesa développé par l’opérateur kenyan Safaricom ou encore d’Orange Money porté par l’opérateur français Orange. Cette opération symbolise également l’arrivée d’un acteur national dans un secteur entièrement dominé par le capital étranger, suite d’une part, à la privatisation de la SONATEL et surtout à l’abandon de la minorité de blocage détenue par l’Etat sénégalais avec la cession d’environ 10% de ses parts à France Télécom et d’autre part à la libéralisation du marché avec l’arrivée dans un premier temps de Millicom à travers la marque commerciale Sentel et dans un second temps à celle de SUDATEL avec la marque commerciale Expresso. Cependant, il est légitime s’interroger sur la viabilité de ce nouvel opérateur lorsque l’on sait que le secteur des télécommunications est dominé par de grands groupes multinationaux présents dans de nombreux pays. Sur le continent, le seul opérateur africain capable, jusqu’à présent de rivaliser avec ces grands groupes étrangers, a été le sud-africain MTN présent dans vingt-deux pays, l’opérateur Maroc Télécom étant désormais devenu une filiale du groupe français Vivendi. Ailleurs, les petits opérateurs nationaux ont souvent fait faillite que ce soit au Bénin (Bell Bénin Communication et Libercom), en Côte d’ivoire (Green, Comium et Café Mobile) ou au Cameroun (Eto’o Télécom) ou rencontrent de grandes difficultés ne serait-ce que pour démarrer leurs activités comme c’est le cas d’Alpha Télécom au Mali. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer sur les chances de survie de ce nouvel opérateur et seul l’avenir nous permettra de savoir si le rachat de Tigo par Wari marque un véritable tournant dans le secteur des télécommunications ou bien s’il ne s’agit en réalité que d’un feu de paille dont l’issue finale sera le rachat par un grand groupe international de télécommunications. Toujours est-il que pour ce « nouvel » opérateur, le défi sera tout d’abord d’être capable de continuer à fournir un service de qualité à ses abonnés pour ne pas les voir partir en masse chez la concurrence et surtout d’être en mesure de faire des investissements lourds tant pour améliorer et développer la couverture existante du réseau que pour proposer de nouveaux services comme la 4G. A plus ou moins long terme se posera également la question de l’image de marque pour ne pas dire la marque commerciale tout court qui permettra d’identifier car on voit mal comment la marque Tigo pourra continuer à être utilisée par un opérateur de télécommunications qui n’appartient plus au groupe Millicom avec tous les risques de confusion qui en découlent. Enfin, contrairement à ses concurrents, le « nouvel » opérateur ne pourra pas faire jouer la solidarité entre ses différentes filiales à travers un système de subventions croisées puisqu’il ne sera présent que sur le marché sénégalais ni bénéficier de l’appui multiforme d’une maison-mère. Dès lors, l’alternative qui se présente à ce nouvel opérateur est de réussir ou de périr et nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance.

Alex Corenthin
Secrétaire aux relations internationales

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