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Quand la publicité n’est pas réglementée dans un pays, tout devient possible !

lundi 5 avril 2010

L’ensemble des téléspectateurs qui ont suivi le combat de lutte ayant opposé Yékini à Tyson a été déçu par la prestation de la radio télévision sénégalaise (RTS) qui nous a privée de la plus grande partie du spectacle en l’entrecoupant de manière barbare de spots publicitaire. Figurez vous que tout ce qui est « petits combats » et « bakeu » (spectacle d’avant combat) n’ont pas été diffusé en direct suite à une série d’écrans publicitaires intervenant presque toutes les dix minutes et ayant duré jusqu’à plus de 20 minutes non-stop.

Cette situation a été possible à cause de l’absence d’une réglementation de la publicité au Sénégal qui laisse place un tohu-bohu semblable à ce que nous a servi notre « chère » télévision nationale. D’autres vous diront que c’est plus un manque de professionnalisme de la part de la chaîne nationale car 2STV a eu à couvrir un grand combat de lutte il y a juste deux semaines et elle a fait de telle sorte que les écrans publicitaires ne l’emportent pas sur le spectacle. Une manière de dire que même sans une réglementation spécifique, toute chaîne de télévision doit respecter ses téléspectateurs en autorégulant la fréquence et la durée des ses écrans publicitaires.

Depuis plusieurs années, les spécialistes demandent au législateur à travers le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) de légiférer sur la question, il est important que publicité et parrainage soient réglementés par des textes clairs fixant la forme des écrans publicitaires, leurs durées et leurs fréquences. Une chaîne publique comme la RTS n’a pas normalement une vocation à être plus commerciale que la 2STV qui ne reçoit pas un financement Etatique à la hauteur de ce que reçoit la RTS.

Pour des événements de ce genre, la chaîne doit en rapport avec la régie publicitaire fixer et limiter à l’avance le nombre d’écrans publicitaires à proposer aux annonceurs ou aux agences de publicité au lieu de prendre l’ensemble des demandes et vouloir les faire passer au détriment du direct. Le téléspectateur n’est pas la seule victime de ce manque de professionnalisme de la RTS. Je ne suis pas sûr que le promoteur sera ravi de voir comment la chaîne a massacré l’événement, à moins qu’il y bénéficie d’un « revenue sharing » sur les recettes publicitaires. Le modèle économique le plus classique voudrait que le promoteur vienne vendre l’événement à la chaîne qui à son tour vend des écrans publicitaires pour rentabiliser cet investissement. Il y a aussi les sponsors comme Orange qui a déboursé des sommes importantes pour bénéficier de la tribune qu’offre la télévision à cette heure de grande écoute engendrée par cet événement. Je ne suis pas sûr que le peu de direct consacré à ce spectacle puisse convenir à l’investissement fait par la SONATEL. Sur ce terrain, Tigo serait il entrain de gagner le pari de la communication pour s’être allier avec le promoteur de lutte partenaire de la 2STV ?

Il va être intéressant de voir la réaction des sponsors, du promoteur, et du CNRA suite à cette attitude mercantile de la RTS qui a pour des raisons purement financières bafoué les principes les plus élémentaires en terme de retransmission d’événements sportifs lors de la couverture de ce spectacle. Il est aussi grand temps que la publicité soit réglementée au Sénégal car je ne pense pas que le futur code de la presse n’intègre cette problématique. Et pendant que nous y sommes, nous pouvons même aller plus loin en créant une entité chargée de la validation du contenu des spots publicitaires.

Mountaga Cissé
Co-Initiateur et Manager ITMag.sn

(Source : ITmag, 5 avril 2010)

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