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Poursuites judiciaires contre des responsables de l’ARTP : Daniel Goumalo Seck et ses complices emportés par le MCA

samedi 13 mars 2010

Le déclenchement des poursuites judiciaires contre les membres de l’Artp ne serait que le début d’une longue série qui va s’étendre à d’autres structures. Les gages de transparence alors donnés par le Sénégal à la signature de la convention du Mca sont à l’épreuve.

Le gouvernement et le régime libéral de Wade avait applaudi des deux mains à l’annonce de l’élection du Sénégal au Millenium challenge account (Mca). Mais ce prêt de 270 milliards de francs Cfa commence à peser lourdement sur la tête des tenants du régime. Les conditions d’acceptation de cette convention de prêt auxquelles l’Etat du Sénégal était soumis exigent une plus grande transparence dans la gestion des affaires publiques. En effet, selon des informations recoupées à différents niveaux, les exigences des Américains ne sont pas étrangères au déclenchement des poursuites judiciaires contre le directeur général de l’Artp, Daniel Goumalo Seck et ses complices. L’on confie, outre le fait que M. Seck ait été sacrifié du fait de ses bisbilles avec la hiérarchie, qu’il est le premier à payer pour les gages de transparence donnés par le gouvernement sénégalais. Seulement, l’on souffle qu’en sus des membres du Conseil de surveillance convoqués ce matin par le doyen des juges, « le passage d’Abdoulaye Baldé en sa qualité de directeur exécutif de l’Anoci alors est agité dans le milieu judiciaire ». Car il est fait cas dans les accusations que la somme de 96 millions de francs Cfa avait été allouée à cette agence dont le président du Conseil de surveillance était Karim Wade, fis du chef de l’Etat. « Un versement dont le juge voudrait vérifier l’effectivité et les raisons de son affectation », selon nos sources.

D’après des confidences de sources informées, la machine judiciaire ne s’arrêtera pas à l’Artp car d’autres structures épinglées par des missions de vérification et de contrôle sont annoncées au ballet judiciaire. En attendant, le personnel de l’Artp qui a reçu de l’argent est prié de rendre, dans les plus délais, les sommes indûment perçues. Du côté du pouvoir, « l’on essaie de verrouiller au maximum pour ne pas soulever des lièvres, mais l’inquiétude gagne actuellement nombre de responsables visités par les missions de vérification ». D’ailleurs, des lobbies s’activent en haut lieu pour limiter les dégâts. En effet, d’après nos interlocuteurs, la dernière sortie du chef de l’Etat dans le journal « Marianne », annonçant un audit indépendant de l’Anoci qui blanchirait son fils, procède de sa volonté d’écarter ce dernier des griffes de la justice. Car « la pression des Américains pour une culture de la bonne gouvernance est très forte », avise-t-on.

Par ailleurs, si l’on en croit les mêmes sources, cette affaire qui met l’Artp au-devant de l’actualité sera loin d’être étouffée et les personnes impliquées auront tort de prendre ce dossier à la légère. Le Dg de l’Artp a été moins chanceux compte tenu de la communication qui a été faite autour de la cession de la licence de Sudatel. « Malheureusement, pour Goumalo Seck et les autres personnes impliquées, leur affaire a éclaté au moment où le régime s’acharne sur les conditions de cession de la licence de Millicom par l’ancien régime ». Ainsi, « si des accusations de malversation et de détournement d’une partie de l’argent de la licence de Sudatel circulent, il est du devoir du régime d’activer la justice pour tirer cette affaire au clair. C’est aussi un moyen de légitimer la bataille autour de la renégociation de la licence de Millicom », rapportent nos sources.

Suspicions autour de l’utilisation des 90 milliards

L’affaire Daniel Seck commence à avoir des conséquences dans la gestion des affaires de l’Etat. Car c’est au moment où les accusations de malversation et de détournement de la redevance sur la cession de la licence à Sudatel sont brandies contre l’Artp que des interrogations persistent sur la destination des 90 milliards de francs que l’Etat avait empochés. Ces questions sont d’autant plus légitimes que depuis la remise du chèque au ministre des Finances le 15 novembre 2007, aucune information n’a été fournie sur l’utilisation de ce pactole.

Cette lenteur inhabituelle constatée dans le versement de fonds dans le budget national a fait naître des suspicions. Car des interlocuteurs jurent que cette somme n’a pas été laissée intacte dans les caisses de l’Etat. Ce climat de suspicion n’est pas sans faire des effets au sommet de l’Etat. L’on rapporte que des directives et des orientations seraient données au ministère des Finances et du Budget pour préparer une Loi rectificative des Finances afin d’intégrer l’utilisation des 90 milliards de francs dans le budget en cours.

COMMENTAIRE : La leçon d’histoire

A l’orée de la célébration du 10e anniversaire de l’alternance politique du 19 mars 2000, la Cour des Comptes, l’Agence de régulation des marchés publics (Armp) et l’Inspection générale d’Etat (Ige) se sont rappelées au bon souvenir des Sénégalais, dans ce qui ressemble à un exercice catharsis, mais que certains pourraient aussi interpréter comme une volonté manifeste de ces institutions de redorer leur blason. Car, en décidant de secouer le cocotier et de mettre un terme à une longue liste de magouilles et de détournements de deniers publics qui n’ont pas disparu avec la défaite du Parti socialiste, elles entendent jouer pleinement leur rôle et montrer aux « alternanciers » que le peuple qui les a élus en a marre d’être dupé. Et pour cause, depuis qu’ils se sont installés au pouvoir, les Libéraux et leurs alliés, dont une grande partie de transhumants et de militants de la 25e heure, se sont évertués à montrer des signes de richesses plus qu’insolentes. Rendant dubitatifs tous nos compatriotes qui avaient cru à une révolution dont l’une des résultantes devait être l’assainissement des finances publiques, la fin de l’impunité et du mensonge.

Hélas, au découragement de nos concitoyens, était venue s’ajouter la méfiance avec laquelle ils avaient commencé à regarder ces fameux corps de contrôle. En effet, pour parler de l’Ige, nous savons que sa crédibilité a sérieusement été entamée dans l’affaire des chantiers de Thiès. Quant à la Cour des Comptes et à l’Armp, elles se sont souvent signalées par des conclusions inefficaces, arguant du caractère non coercitif de leur mission ! Mais aujourd’hui, avec le récent rapport de l’Armp qui a ébranlé bien des certitudes, au point que des barrons du régime libéral, comme Pape Diop et Awa Ndiaye, se sentent obligés de monter au créneau pour s’expliquer, on peut dire qu’un mythe vient de tomber. Nos gouvernants ne peuvent pas infiniment défier le bon sens et continuer à piller nos richesses, sans avoir à rendre compte de leurs agissements. Le coup de semonce que l’Ige vient d’administrer aux prévaricateurs et autres rentiers qui ont volé l’argent du contribuable sénégalais par le biais de l’Artp peut être interprété comme une leçon d’histoire qui restera en bonne place dans les annales de l’histoire. Pourvu seulement que la loi aille jusqu’au bout de sa logique et que les pouvoirs publics s’abstiennent de freiner la machine judiciaire, dont l’action pourrait être salutaire pour les générations actuelles et futures. Il y va de leur crédibilité auprès des Sénégalais, mais aussi auprès des partenaires au développement comme les Etats-Unis qui ont déboursé quelque 270 milliards de francs dans le cadre du Mca, pour financer des projets dans notre pays.

Ndiaga Ndiaye et Sérigne Saliou Samb

(Source : L’Observateur, 13 mars 2010]

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