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Pourquoi le groupe Millicom jette l’éponge en Afrique

jeudi 26 octobre 2017

Le groupe télécoms luxembourgeois estime le marché obstrué par plusieurs grands concurrents et par de plus en plus de contraintes réglementaires. Sa stratégie pour conserver et accroître sa rentabilité, est maintenant de réorienter ses investissements vers ses marchés d’Amérique Latine, considérés comme plus porteurs. Il faut dire que l’Afrique représente 44% des clients du groupe, mais seulement 14,3% de ses revenus.

Le 21 avril 2016, le groupe télécoms luxembourgeois Millicom International Cellular (MIC), opérant sous la marque commerciale Tigo, annonçait la conclusion avec succès de l’opération de cession de sa filiale de République démocratique du Congo au groupe télécoms français Orange pour la somme de 160 millions de dollars. L’opération avait été entamée en février 2016.

Le 31 juillet 2017, constatant l’échec de son précédent accord signé le 02 février 2016 avec Wari Group, MIC annonçait la signature d’un nouvel accord avec un consortium composé du Groupe Teyliom Telecom, NJJ (Xavier Niel), et Sofima (véhicule d’investissement en télécommunications géré par le Groupe Axian) pour la cession de sa filiale Tigo Sénégal à hauteur de 129 millions dollars.

Le 12 octobre 2017, dans un communiqué, le groupe télécoms annonçait la conclusion de l’opération de fusion de sa filiale du Ghana avec celle de son concurrent Bharti Airtel. Le processus entamé en janvier 2017 s’est soldé par un succès, grâce à l’approbation de l’Autorité nationale des Communications (NCA) du Ghana. Les deux parties détiendront chacune 50% de la nouvelle société qui évoluera dans un marché où opère déjà quatre concurrents que sont MTN, Vodafone, Glo et Celltel (ex-Expresso).

Ces actions de Millicom qui pourraient s’apparenter à une vaste opération de restructuration stratégiques en Afrique, représentent en fait les prémices d’un retrait progressif de la société télécoms sur le continent. Un retrait confirmé par Joyce Sagoe Gotta, la directrice marketing de l’opérateur de téléphonie mobile Tigo Sénégal, dans un entretien accordé au site d’informations sénégalais seneweb.com le 12 février 2017. La responsable marketing de l’entreprise télécoms, expliquait dans les colonnes de la plateforme web que les évènements en cours depuis février 2016 reflètent « la stratégie globale du groupe qui est de sortir progressivement de l’Afrique et d’investir un peu plus dans certains autres domaines en Amérique Latine où le business est beaucoup plus rentable ».

Dans son rapport annuel d’activité pour 2016, le groupe MIC indique que ses marchés d’Afrique (Sénégal, Tanzanie, Ghana, Tchad et Rwanda) se sont bien comportés durant l’année. Mauricio Ramos, le président-directeur général du groupe télécoms indique même qu’ils ont dépassé leurs attentes. Le revenu a augmenté de 10,5% et la marge d’EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissement) s’est améliorée de 22,1% en 2015 à 28,7%. Plus important, les marchés africains ont généré un cash flow opérationnel de 97 millions de dollars. Cependant, la forte concurrence qui s’y développe et les contraintes réglementaires de plus en plus lourdes représentent trop des risques pour la société qui voit dans les marchés d’Amérique Latine (Colombie, Guatemala, Paraguay, Honduras, El Salvador, Bolivie, Costa Rica et Nicaragiua) un plus grand potentiel.

Sur les 6,249 milliards $ de revenus générés par Millicom en 2016, l’Amérique Latine représentait 5,352 milliards contre 896 millions $ pour l’Afrique.

Ils ont contribué à hauteur de 86% au revenu du groupe télécoms. Sur les 6,249 milliards $ de revenus générés par Millicom en 2016, l’Amérique Latine représentait 5,352 milliards contre seulement 896 millions $ pour l’Afrique. Pourtant sur le nombre global de consommateurs qui a produit ce volume financier, l’écart n’est pas si important. Sur les 57 411 000 abonnés globaux auxquels le groupe télécoms a offert des services en 2016, les huit marchés d’Amérique Latine pesaient pour près de la moitié. Soit 32 004 000 clients contre 25 407 000 pour les cinq marchés d’Afrique. D’après Millicom, les marchés d’Amérique Latine affichent une marge de manœuvre très importante sur laquelle le groupe projette sa croissance pour les trois prochaines années.

L’Afrique, un marché en croissance mais plein d’obstacles

Selon la majorité des cabinets d’analyse, le marché télécoms africains va connaître un boom d’ici 2025. Mais cette forte croissance nécessite encore des mesures incitatives. Millicom, lui, n’a visiblement pas la patience d’attendre que cet environnement favorable aux investisseurs se mette en place. L’entreprise qui évolue dans des marchés surtaxés, et de plus très concurrentiels, a opté pour un renforcement de ses intérêts, plus stratégiques, en Amérique Latine.

Présent sur le continent africain depuis 1992, le groupe Millicom qui avait vu dans l’Afrique un fort potentiel d’affaires, avec la libéralisation progressive des marchés télécoms, semble être aujourd’hui arrivé au bout de son aventure. L’entreprise enregistre toujours d’assez belles performances ; 896 millions de dollars de chiffres d’affaires, 25 407 000 consommateurs, 258 millions de dollars de bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) et 160 millions de dollars de capital d’investissement (CAPEX) en 2016. Petit tour d’horizon des différents marchés africains où opère le groupe télécoms.

Ghana

Millicom opère au Ghana depuis 1992 sous la marque commerciale Tigo. L’entreprise propose des services voix et data sur mobile, tout comme des services financiers sur mobile et des solutions télécoms aux entreprises. En 2016, elle a enregistré 3,93 millions d’abonnés, en recul de 3,8% comparé à 2015. Le groupe qui détient près de 17,9% de part de marché est propriétaire à 100% de sa filiale ghanéenne.

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest de 28,9 millions d’habitants, pour 37 136 600 abonnés au 30 juin 2017, soit un taux de pénétration mobile de 115%, Millicom était le troisième opérateur du pays en termes de clients. La société qui propose la technologie 3G à ses abonnés, en proie à une féroce concurrence entretenue par ses cinq rivaux que sont MTN le leader, Vodafone le second, Airtel, Glo et Expresso (bientôt Celltel), avait décidé en mars 2017 de réduire son exposition en proposant une fusion stratégique à Bharti Airtel. A travers la nouvelle société créée depuis le 12 octobre 2017, sur approbation de la Commission nationale des communications (NCA), les deux partenaires, actionnaire à 50%, veulent former un opérateur plus puissant. Prendre la seconde place du marché, et pourquoi pas la première, en jumelant leur infrastructure, leurs clients et leurs moyens financiers. L’investissement de part et d’autre, il s’en trouvera toutefois réduit. Une aubaine pour Millicom.

Toutefois, au-delà de la concurrence, les opérateurs télécoms, tout comme leurs concurrents, restent soumis à un régime fiscal jugé « écrasant » par l’Association mondiale des opérateurs de télécommunications (GSMA).

Au Ghana, les sociétés télécoms payent onze taxes différentes

Au Ghana, les sociétés télécoms payent onze taxes différentes parmi lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée prélevée sur les équipements réseau importés, la taxe sur les cartes de recharge et les cartes SIM, les frais de numérotation, le prélèvement national d’assurance maladie, les frais d’interconnexion et de résiliation. A cela s’ajoutent l’impôt sur les bénéfices, le prélèvement national de stabilisation fiscale (NFSL), le prélèvement pour les droits de licence et le service universel, les frais de licence de passerelle, de fréquences. En tout, le secteur ghanéen du mobile est soumis à 30% de taxes qui se répercute sur le coût des services télécoms.

Tanzanie

Sous la marque Tigo, Millicom opère en Tanzanie depuis 1993. La société qui détient une part de marché estimée à 28%, propose des services voix, data et financiers sur mobile ainsi que des solutions télécoms aux entreprises. Comparé à 2016, son nombre de consommateurs de services mobiles a chuté de 2%. Au-delà des 28% de part de marché détenue à travers sa marque commerciale Tigo, Millicom, qui est également détenteur à 85% de Zanzibar Telecom (Zantel), occupe 2% de part du marché via cet autre opérateur. Grâce à cette double présence sur le marché télécoms tanzanien, Millicom est deuxième du pays en termes d’abonnés, derrière Vodacom et devant Airtel, Halotel, Smart, Zantel et TTCL. La société détenait au total 12 262 732 abonnés au 30 juin 2017 dans un marché de 39 856 212 clients et disputé par sept opérateurs. Dans ce pays de 54 millions d’habitants, avec un taux de pénétration du mobile de 63%, une rude bataille se joue sans cesse au niveau des prix, de la qualité de services, de la couverture. Le meilleur en investissement conserve toujours la place de leader. Ici aussi le marché est soumis à une forte pression fiscale qui entrave quelque peu les désirs de grandeur des opérateurs télécoms.

En Tanzanie le secteur du mobile est l’un des plus lourdement taxés par le gouvernement. Il croule sous dix impôts différents auxquels doivent s’acquitter mensuellement et annuellement les opérateurs.

En Tanzanie le secteur du mobile est l’un des plus lourdement taxés par le gouvernement. Il croule sous dix impôts différents auxquels doivent s’acquitter mensuellement et annuellement les opérateurs. Comme au Ghana, les sociétés télécoms sont soumises entre autres à la taxe sur les équipements réseau importés, les cartes SIM et les cartes de recharge. Les services mobiles tels que les appels, les SMS et même la data sont soumis à un droit d’accise de 17%. Il y a la contribution au service d’accès universel, la taxe sur les sociétés, etc.

D’après GSMA, les opérateurs télécoms présents en Tanzanie contribuent à plus de 11% des recettes fiscales totales générées par le pays. Cette contribution était de plus de 510 millions de dollars en 2014. Les sociétés télécoms sont en tout imposées à hauteur de près de 35%. Un volume de charge fiscale qui se révèle plus élevé que celui des secteurs tels que le tabac (32%), l’alcool (27%) ou encore le carburant (35%). En plus de toutes ces contraintes opérationnelles, Tigo, comme ses concurrents, doit se conformer à une nouvelle réglementation qui exige la cession de 25% de leur capital sur le Dar es Salaam Stock Exchange (DSE).

Sénégal

Présent au Sénégal depuis 1999, Millicom, plus connu sous le nom commercial Tigo, est aujourd’hui présent sur les segments de la voix, de la data, des services financiers sur mobile et des solutions télécoms pour entreprises. C’est le second opérateur télécoms en termes de consommateurs. La société comptabilisait 24,58% de parts de marché au 30 juin 2017 avec 3,7 millions de consommateurs, sur un marché de 15 140 838 de consommateurs.

Dans ce marché de 17 millions d’habitants, avec 102,2% de taux de pénétration du mobile, Tigo est confrontée à une féroce concurrence, bien que le marché ne soit disputé que par trois opérateurs. La Société nationale des télécommunications (Sonatel), filiale du groupe Orange, plus forte en moyens financiers, enregistre 53,19% de parts de marché et conserve la mainmise sur le marché télécoms depuis déjà plusieurs années. Elle ne cesse d’innover en services. Sonatel s’est d’ailleurs permis de casser les coûts d’accès à Internet à très haut débit une fois acquise sa licence 4G. La société, qui a aussi lancé de nouveaux services numériques, a pris une longueur d’avance sur ses concurrents qui peinent encore à acquérir la licence large bande. Conséquence, la portabilité des numéros mobile instituée par l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) en septembre 2015 profite grandement au leader. En termes de concurrence, la filiale de Millicom est également talonnée de très près par Expresso, filiale du groupe Sudatel qui détient 22,23% de parts du marché télécom national et qui lui a même ravi, sur une courte période, la place de second du marché télécoms en décembre 2013.

Sur le plan fiscal, Tigo et ses concurrents sont toutefois mieux lotis si l’on compare à la situation qui prévaut dans les autres marchés d’Afrique où le groupe est présent. La société n’est en effet confrontée qu’à trois grandes taxes que sont l’imposition de 5% sur l’utilisation et l’accès aux télécommunications, la taxe de 3% pour la Contribution au développement du service universel des télécommunications et du secteur de l’énergie (Codete) et celle d’1% représentant le Prélèvement spécial sur les télécommunications (Pst). En tout, une imposition fiscale de 9%. Conscient de cet environnement fiscal moins pesant, l’Autorité de régulation des télécommunications et de la poste (Artp) se montre intraitable sur la qualité des services et le respect par les opérateurs des obligations contenues dans les cahiers de charges.

Tchad

Le lancement de ses activités télécoms au Tchad, le groupe Millicom l’a effectué en 2005. La société télécoms, bien que pionnière dans la data très haut débit lancée depuis 2014, fait actuellement face à une rude concurrence entretenue par Airtel qui, malgré son réseau 3G, réussit à toucher de plus en plus de populations grâce à l’extension rapide de sa présence sur le territoire national.

Dans ce pays de près de 5 millions de consommateurs et un taux de pénétration mobile de 40%, Tigo reste leader au 30 juin 2017 avec 3,2 millions d’abonnés, en progression de 2% par rapport à 2016. La compagnie qui opère sur les segments de la voix, data, des services financiers sur mobile et des solutions télécoms pour entreprises, a enregistré une part de marché de 55,2% contre 43,8% pour Airtel et 1% pour Salaam. Malgré cette domination sur le marché local, la qualité de service et de couverture réseau demeure insatisfaisante selon l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep). Ces injonctions appellent donc à des investissements supplémentaires de l’entreprise dans ce marché, le plus petit, qui ne pèse pas pour beaucoup dans les finances du groupe.

Aux contraintes opérationnelles auxquelles fait face Tigo Tchad, s’ajoute un environnement fiscal dénoncé par l’Association pour la défense des droits des consommateurs (ADC).

D’après GSMA, les opérateurs mobiles au Tchad ont versé près de 143 millions de dollars américains (85 milliards Fcfa) de taxes et autres frais au gouvernement en 2015. Ces impôts représentaient environ 48% du revenu généré par le marché.

Le secteur télécoms au Tchad, est soumis à une dizaine de taxes diverses qui vont de l’impôt de 1000 Fcfa sur l’activation de la carte SIM, à la taxe sur les appels internationaux entrants, en passant par la taxe de 1% sur les revenus de la vente des cartes de recharge et cartes SIM. A cela il faut ajouter la taxe journalière sur l’usage du mobile, la taxe de 1% sur tous les appels émis pour alimenter le Fonds national de développement du sport, la taxe quotidienne de 10 Fcfa et celle de 1 Fcfa pour l’environnement.

Il faut aussi compter les divers frais administratifs à régler auprès du régulateur télécoms comme ceux relatifs à chaque station télécoms, le droit d’accise sur le spectre de fréquence, la numérotation. Autant d’obligations fiscales qui créent des incitations négatives à l’investissement, augmente le coût des services télécoms pour les populations. Conséquences, les usagers réduisent leur consommation. D’après GSMA, les opérateurs mobiles au Tchad ont versé près de 143 millions de dollars américains (85 milliards Fcfa) de taxes et autres frais au gouvernement en 2015. Ces impôts représentaient environ 48% du revenu généré par le marché.

Rwanda

De tous ses marchés africains actuels, le Rwanda est le dernier dans lequel le groupe télécoms Millicom a lancé ses activités. La marque Tigo est en effet apparue dans le paysage télécom national en 2009, aux côtés de MTN et Airtel.

Dans ce marché de 8 580 523 abonnés au mobile, avec un taux de pénétration mobile de 79,2% ; la filiale rwandaise de Millicom revendique 3,3 millions d’abonnés, soit 39% de parts de marché au 30 juin 2017. Elle est la seconde société télécoms du pays en termes de parts de marché. Tigo vient derrière MTN, le leader avec 42% de parts de marché. Airtel vient en dernière position avec 19% de présence sur le territoire national. La concurrence est rude sur les segments de la voix, de la data, du Mobile money et des solutions télécoms pour entreprises. MTN ne cesse d’investir pour creuser l’écart avec ses concurrents.

Du côté de la fiscalité, GSMA estime que le secteur de la téléphonie mobile du Rwanda est l’un des plus lourdement taxé d’Afrique. Les opérateurs sont assujettis à 10 taxes différentes, plus les frais et les charges réglementaires. Les abonnés payent un droit d’accise de 10% sur la carte de recharge, en plus de 18% de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Les sociétés, elles, payent entre autres les frais douaniers sur les équipements de réseau ; une taxe sur le revenu représentant 30% de leur bénéfice annuel ; 3% sur les revenus issus des transactions financières par mobile ; 3% sur les revenus mobile ; 0,10 $ par minute pour les appels ; Les opérateurs paient également un pourcentage sur tous les appels internationaux se terminant sur les réseaux locaux ; 0,02 $ pour les appels depuis ou vers le Kenya, le Soudan et l’Ouganda.

Selon tous les opérateurs télécoms présents en Afrique, les taxes sont l’un des grands défis du marché télécoms sur le continent. Au fil du temps, les gouvernements ont eu tendance à les multiplier au regard de l’essor fulgurant du secteur et des prédictions de forte croissance que lui attribue de nombreuses études. Dans les territoires où opère Tigo, la forte pression fiscale a comme conséquence un frein à l’investissement des opérateurs, un coût assez élevé des services télécoms qui entraîne une chute du revenu moyen par utilisateur (Arpu), avec un impact négatif sur les revenus des sociétés télécoms.

Dans un entretien accordé au magazine Global Telecom Business le 19 août 2016, Cynthia Gordon, la présidente directrice générale de la branche Afrique de Millicom avait déploré le fait que les gouvernements considèrent les opérateurs télécoms comme des poules aux œufs d’or. « Ils nous utilisent pour collecter des taxes et parfois jusqu’à 50% des revenus. Bien sûr, nous comprenons que les pays doivent imposer des taxes pour payer les services, mais l’industrie du mobile paye un montant déloyal. La situation fiscale est vraiment pénalisante », avait déploré Cynthia Gordon.

L’Amérique latine, 56% des clients pour 86% des revenus

Contrairement aux marchés africains, les territoires d’Amérique Centrale et du Sud de Millicom sont demeurés, au fil du temps, ceux qui offrent de plus belles opportunités d’affaires au groupe. Malgré une forte concurrence et un environnement fiscal également élevé, l’entreprise a cependant profité d’un cadre réglementaire plus flexible qui lui a permis de se déployer dans plusieurs segments d’activités du mobile et autres. Cette diversité se répercute positivement dans ses comptes financiers.

Actuellement, l’Amérique latine représente 86% des revenus financiers du groupe télécoms Millicom International Cellular. La compagnie qui opère sous la marque Tigo enregistrait 32 millions de clients au terme de l’année 2016. Grâce à des investissements stratégiques, la société télécoms est présente sur des segments de marchés à forts potentiels, qui compensent le recul de croissance dans la voix sur mobile. En Amérique Latine, Millicom est fortement présent dans la data mobile à très haut débit, la data très haut débit à domicile, la fourniture de solutions télécoms pour entreprises, la télévision par satellite, les services financiers sur mobile, les services en ligne. Fort de cette diversité, chacun des sept marchés où opère le groupe télécoms luxembourgeois enregistre des résultats financiers stables, avec un fort potentiel de croissance.

Bolivie

Le groupe Millicom opère en Bolivie depuis 1991 sous la marque commerciale Tigo Bolivia. C’est le second opérateur du marché télécoms national avec 3 029 000 abonnés au 31 mars 2017. Il vient après Entel Movil, la branche mobile de l’opérateur historique Entel, et avant NuevaTel qui opère sous la marque Viva. Dans ce pays d’Amérique du Sud, fort de près de 11 millions d’habitants, de 10 355 954 de clients au premier trimestre 2017 et avec un taux de pénétration du mobile de 98%, la compagnie télécoms revendique 38% de parts de marché.

Ici, aussi, comme dans les marchés africains, la pression fiscale est forte. Les opérateurs télécoms sont soumis à près de huit taxes différentes ciblant entre autres l’importation des équipements réseau, les appels, le spectre de fréquence, les revenus. Mais dans ce marché, la compagnie a accès à une multitude de marchés porteurs. Elle est présente sur les segments de la voix, data fixe et sans fil, des services financiers sur mobile, des solutions télécoms pour entreprises et la télévision par câble et satellite.

Tigo Money, le service Mobile Money de la société, s’est révélé un « être un énorme succès et cette année, nous avons ouvert l’écosystème pour permettre aux clients d’utiliser le service entre les fournisseurs ».

Au 31 décembre 2016, le revenu total de l’opérateur était de 542 millions de dollars contre 531 millions de dollars l’année précédente. Une belle performance portée par la data. Le revenu data mobile a grimpé de 32,9% par rapport à l’année précédente, tirée principalement par le déploiement de la 4G. Avec environ 43% de ses utilisateurs faisant l’expérience de la data sur smartphone, le revenu moyen par utilisateur data a augmenté de 19%. L’activité Business B2B a vu sa clientèle fixe tripler pour atteindre plus de 900 clients, offrant une croissance de 25,6%. Les revenus des services numériques et de TV par câble ont grimpé de 29%. Tigo Money, le service financier sur mobile de la société, s’est révélé « être un énorme succès et cette année, nous avons ouvert l’écosystème pour permettre aux clients d’utiliser le service entre les fournisseurs », a expliqué Millicom dans son rapport financier 2016.

Colombie

La marque Tigo fait son apparition sur le marché télécoms colombien en 2003. En 2014, elle devient TigoUNE suite à une association stratégique avec UNE EPM. Sur le marché télécoms colombien riche de 59 074 868 d’abonnées au 31 mars 2017 et fort d’un taux de pénétration du mobile de 119,8%, la compagnie est le troisième opérateur télécoms du pays en termes de clients. Elle détient en effet 13,5 millions de consommateurs, soit 22,86% de parts d’un marché disputé à neuf concurrents. Claro, filiale d’América Movil, est l’opérateur leader. Après Tigo, vient Movistar, dans lequel le gouvernement est actionnaire. C’est Uff movil qui est dernier du marché.

Malgré cette rude concurrence, exacerbée par la forte pression fiscale ; le secteur télécoms de Colombie étant soumit à une vingtaine de taxes et autres frais réglementaires ; la filiale colombienne de Millicom reste tout de même plus dynamique que chacune des opérations africaines du groupe télécom.

Malgré la chute du revenu global de TigoUNE de 3,2% ; passant de 1,982 milliard de dollars US en 2015 à 1,717 milliard de dollars US en 2016 ; les performances de l’entreprise dans la voix, la data mobile, la data fixe et les solutions télécoms pour entreprises, le Mobile Money, la télévision par câble étaient toujours jugées en progrès. « Nous avons poursuivi notre forte position concurrentielle et renforcé notre efficacité opérationnelle malgré ces conditions de marché plus difficiles. Notre leadership en matière de données mobiles nous a permis de compenser partiellement la baisse des revenus », affirmait le groupe Millicom. Plus d’un tiers des clients de l’entreprise sont déjà des utilisateurs de données mobiles grâce à la 4G et à la pénétration croissante des smartphones. Les revenus de la TV par câble ont également augmenté grâce à l’accroissement du nombre de clients des services Triple play suscité par le dynamisme du partenariat de TigoUNE avec Netflix. Même son de cloche dans les segments des services financiers sur mobile.

Costa Rica

Le groupe télécoms Millicom est présent au Costa Rica sous la marque TigoStar depuis 2009. Sur ce marché, la société ne propose pas des services de téléphonie mobile, mais plutôt de la télévision payante par câble et plusieurs autres services adossés à l’Internet à très haut débit (data fixe, téléphonie fixe par IP, services par fibre optique et des services numériques en ligne) qu’elle offre aux entreprises. Elle n’a pas pu décrocher de licence mobile lors de la libéralisation du secteur en 2011. Le marché avait rapidement été occupé par les opérateurs RACSA de Fullmovil, Telefónica de Movistar, Televisora de Tuyo Móvil et Claro. Ils rejoignaient ainsi KÖLBI, la marque mobile de l’opérateur historique ICE, monopole depuis 1994. En 2016, les cinq opérateurs se disputaient 8,3 millions d’abonnés, soit un taux de pénétration de 170%, dans un marché où la concurrence a été encore accentuée dès 2014 avec l’introduction de la portabilité. Le groupe Millicom, lui, il a continué sa voie dans le segment de la télévision payante et l’Internet.

Sur ce marché, la société ne propose pas des services de téléphonie mobile, mais plutôt de la télévision payante par câble et plusieurs autres services adossés à l’Internet à très haut débit

En 2016, le marché de la télévision payante comptabilisait 821 575 abonnés disputés par six opérateurs. Le segment de la télévision par câble, où opère Millicom, enregistrait 67% de ces abonnés, soit 548 113 clients contre 257 486 clients pour la télévision par satellite. La télévision sur IP et par multipoint se partageaient 15 976 abonnés. Dans son segment, la Superintendencia de Telecomunicaciones (Sutel) déclarait Tigo leader.

Pour ce qui est du segment de la data, fort de 636 087 abonnés au terme de l’année 2016, TigoStar était second sur un marché disputé par une vingtaine d’opérateurs. La compagnie venait juste derrière ICE. Au terme de l’année 2016, son revenu total était en progression de 3,1%, passant de 151 millions de dollars en 2015 à 153 millions dollars.

Guatemala

Le groupe Millicom opère sur le marché télécoms du Guatemala depuis plusieurs années. Le nom de marque Tigo a été officiellement adopté en 2005. Sur ce territoire de 16,5 millions d’habitants, pour 18,26 millions d’abonnés au mobile en 2016, l’entreprise fournit des services voix et data mobile en plus du Mobile Money. Malgré un marché fortement concurrentiel, Tigo est l’opérateur dominant. Il détient près de 52,2% du marché, soit près de 11 millions de clients, devant Claro et Movistar.

La société offre également des services dans le segment de la télévision payante. Une diversité d’activités qui lui a permis d’enregistrer d’assez bons revenus. Au terme de l’année 2016, Millicom a enregistré 1,284 milliard de dollars de revenu total, en recul de 2,2% par rapport à l’année 2015 durant laquelle l’opérateur avait comptabilisé 1,306 milliard de dollars US. Malgré cette légère chute de son chiffre d’affaires, Tigo Guatemala s’est réjoui du dynamisme de son segment data, porteur des résultats financiers de 2016.

Au terme de l’année 2016, Millicom a enregistré 1,284 milliard de dollars de revenu total, en recul de 2,2% par rapport à l’année 2015.

Grâce à la forte expansion de la couverture 4G mobile, le segment data de Tigo Guatemala a enregistré une croissance de 35% de ses revenus par rapport à l’année précédente. La data à domicile, elle, s’est accrue de plus de 37% par rapport à l’année précédente. Une embellie portée par le lancement de la Triple Play et l’introduction du service Netflix dans le segment des services numérique en ligne, qui ont contribué à soutenir les habitudes multi-écrans des clients. Le nombre de foyers abonnés a ainsi augmenté de 12,6% en 2016.

Pour ce qui est du Mobile Money, les revenus ont augmenté de 43,1%, atteignant plus de 500 000 utilisateurs mensuels. La branche Business (solutions télécoms pour entreprises) a également enregistré de bonne performances financières grâce à la création continue de nouveaux services pour les clients, y compris des solutions Cloud et TIC améliorées.

Paraguay

Millicom revendique le titre de pionnier dans la téléphonie mobile au Paraguay, en 1992. Aujourd’hui, la compagnie a élargi ses champs de compétences et fournit déjà, en plus des services voix et data sur mobile, de la télévision par câble et satellite, de l’Internet à haut débit fixe, le Mobile Money et des solutions télécoms pour entreprises. Sur ce marché de près de 6,8 millions de consommateurs, avec un taux de pénétration mobile de 102%, la société télécom occupait toujours la place d’opérateur leader avec 3,2 millions de clients au 31 mars 2017. Soit une part de marché de près de 53%, en recul de 2% par rapport à la fin 2016. Malgré la forte concurrence entretenue par les opérateurs Personal, Claro et VOX et une pression fiscale se déclinant à travers une dizaine de taxes et frais règlementaires, Millicom se réjouissait au terme de l’année 2016 d’une certaine croissance dans ses segments d’activités essentiels.

« Nous avons continué à améliorer notre performance commerciale avec une croissance de 4,6% des revenus de services organiques. La poursuite de l’élan 4G, suite à son lancement en avril 2016, a suscité une forte croissance de l’utilisation de la data, ce qui a plus que compensé la baisse des revenus de la voix et des SMS. La diminution de la clientèle totale reflète principalement la perte du très faible revenu moyen par utilisateur (Arpu) des clients prépayés acquis lors de promotions précédentes et n’a eu aucune incidence sur les revenus », renseignait Millicom.

Grâce au lancement d’une application mobile téléchargeable, permettant aux clients un accès complet à la chaîne latino-américaine de sport 24/7, la société a pu ralentir sa chute en clients et susciter la consommation data. Dans le segment Mobile Money, le nombre d’utilisateurs du portefeuille de Tigo a toutefois progressé de 8,7% depuis 2015.

Au 31 décembre 2016, le groupe enregistrait un revenu total de 623 millions de dollars en 2016, en recul de 1,3% par rapport à l’année 2015 durant laquelle Tigo a enregistré 673 millions de dollars.

Honduras

Le groupe Millicom, détenteur de 66,7% de l’opérateur de téléphonie mobile TigoStar au Honduras, est le leader du marché télécoms national, devant Claro et Hondutel. La société, présente dans le pays depuis 1996, propose son expertise dans les segments de la voix et de la data mobile, la data fixe, les services financiers sur mobile, la télévision par câble et les solutions télécoms pour entreprises. Elle affichait 4 848 000 de consommateurs au terme de l’année 2016 pour 65,5% de part de marché. Ces chiffres ont changé au premier trimestre 2017. La société enregistrait déjà 4,7 millions d’abonnés pour près de 63,5% de part de marché. En proie à une quinzaine de taxes différentes, comme ses rivaux, son revenu total a chuté en 2016, passant de 649 millions de dollars US en 2015 à 609 millions de dollars US. Malgré ce recul de ses performances financières, tout de même maîtrisé grâce au dynamisme de l’entreprise dans ses autres segments d’activités, le groupe s’est réjoui de continuer à opérer sur « un marché plein d’opportunités ».

D’après Millicom, le segment de la data a contribué pour beaucoup dans les revenus de l’entreprise. Il a enregistré une croissance de revenu de 25,6%, avec une augmentation d’environ 15% dans ses accès à domicile.

D’après Millicom, le segment de la data a contribué pour beaucoup dans les revenus de la filiale. Il a enregistré une croissance de revenu de 25,6%, avec une augmentation d’environ 15% dans ses accès à domicile. « La base d’utilisateurs data par smartphone a augmenté de 33,6% et les utilisateurs 4G ont augmenté de 784% par rapport à l’année dernière. Le marché affiche un fort changement dans les habitudes d’utilisation, car plus de consommateurs migrent vers les contenus en ligne et à la demande », expliquait le groupe qui ajoutait que de « grands progrès ont été réalisés dans le déploiement du réseau fixe, atteignant plus en plus de nouvelles villes et d’accès à domicile ». Pour ce qui est du marché B2B (entreprise), il a eu une activité modérée, provoquée par la réduction du financement ou l’annulation de certains projets gouvernementaux. Le segment du Mobile Money s’est également révélé très actif, s’était est félicité Millicom.

El Salvador

En 1992, le groupe Millicom a déposé ses bagages au Salvador, petit Etat d’Amérique central de 6,5 millions d’habitants. Sous la marque Tigo El Salvador, l’entreprise qui comptabilisait 3 213 000 consommateurs à la fin d’année 2016, en progression de 8,6%, occupait la place d’opérateur leader dans un marché disputé avec Claro, Movistar, Digicel et Intelfon. L’opérateur qui détenait près de 38% de part de marché, opère dans les segments de la voix, de la data mobile et fixe, du Mobile Money, de la télévision par câble et des services télécoms pour entreprises. Au 31 mars 2017, il déclarait 3 267 000 abonnés qui lui assuraient toujours la première place d’un marché de près de 9,2 millions d’utilisateurs.

Au terme de 2016, l’entreprise présentait un revenu total de 426 millions de dollars, en recul de 5,3% comparé à 2015. La société évolue dans un marché soumis à une dizaine de taxes, enrichi récemment d’un nouvel impôt pour financer les efforts de sécurité du pays.

Dans son rapport financier 2016, le groupe expliquait que sa filiale salvadorienne a vu ses résultats quelques peu malmenés par des conditions économiques faibles et un paysage réglementaire et politique sévère, qui se sont entre autres manifestés par le blocage obligatoire du signal télécoms autour des prisons et de certaines zones urbaines depuis avril 2016. Mais la croissance était tout de même au rendez-vous. « Nous avons connu une croissance encourageante du nombre de smartphones et d’utilisateurs de données mobiles, ce qui représente 12,6% des revenus data. Nous avons maintenant 3,2 millions d’abonnés mobiles dans le pays, soit 8,6% de plus qu’en 2015. Dans le segment d’activité en direction des domiciles, nous avons connecté 9,3% foyers de plus que nous l’avons fait en 2015 et le revenu est en hausse de 7,7%. Le chiffre d’affaires des services par câble et en ligne est en hausse de 6,7% par rapport à 2015 », révélait Millicom qui anticipe déjà sur de bons résultats data en 2017, portés par le réseau 4G actuellement en cours de déploiement à travers le pays.

En Amérique Latine, pour 2017, Millicom prévoit d’accorder la priorité à la fourniture de plates-formes numériques accessibles et sécurisées, au renforcement de la capacité du réseau et à l’amélioration de l’expérience client. Le but global cette stratégie est l’offre d’un service de haute qualité, répondant aux besoins des consommateurs pour susciter un accroissement des services. Le groupe télécoms Millicom n’a pas fourni de données sur ces activités au Nicaragua où il opère sous la marque Tigo Business. La société exploite un réseau de fibre optique et sans fil exclusivement dédié au secteur des entreprises. L’entreprise fournit des services tels que la Voix sur IP, des services Cloud, l’Internet haut débit, la location d’équipement et l’installation de systèmes Wifi, des solutions à valeur ajoutée telles que la vidéo-sécurité, la vidéoconférence.

Dossier réalisé par Muriel Edjo

(Source :Ecofin Hebdo, 26 octobre 2017)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 35 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 9 354 455 abonnés Internet

  • 9 077 056 abonnés 2G+3G (97,10%)
  • 151 437 clés Internet (1,60%)
  • 107 550 abonnés ADSL (1,10%)
  • 18 412 abonnés bas débit (0,20%)

- Taux de pénétration des services Internet : 63,21%

(ARTP, 30 septembre 2017)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 287 980 abonnés
- 219 734 lignes résidentielles (76,30%)
- 68 186 lignes professionnelles (23,68%)
- lignes publiques (0,02%)
- Taux de pénétration : 1,94%

(ARTP, 30 septembre 2017)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 15 556 649 abonnés
- Taux de pénétration : 105, 11%

(ARTP, 30 septembre 2017)

FACEBOOK

- 2 800 000 utilisateurs

(Facebook Ads, août 2017)