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Passage au numérique : Les chaines de valeurs cassées

lundi 30 mars 2015

Le basculement vers le numérique attendu au soir du 17 juin 2015 va chambouler le fonctionnement des industries des médias. Cette révolution de la société d’information dont les autorités rassurent être prêtes pour le passage, permettra aux téléspectateurs d’avoir une télévision de rattrapage (possibilité d’enregistrer un émission). Les enjeux sont majeurs dans la mesure où les chaines de télévision s’occuperont que de la diffusion avec la numérisation obligatoire.

La nouvelle infrastructure mise en place s’occupera non seulement du transport du signal, mais aussi de la diffusion et de l’archivage. Par conséquent, les opérateurs concentreront leurs efforts désormais sur l’édition et la production. Pour Mamadou Baal, membre du Comité national de Pilotage de la Transition de l’Analogique vers le Numérique (Contan), l’heure est venue pour les télédiffuseurs de s’ouvrir aux producteurs externes pour valoriser leurs offres de contenus. D’où, indique-t-il, la nécessité de l’accompagnement de l’Etat pour la promotion des productions locales et l’encadrement des contenus médiatiques.

Le 17 juin, date butoir pour le passage vers le numérique, arrive à grandes enjambées. Aux lendemains du basculement, le numérique pour tous s’impose, et les opérateurs de télévisions n’ont pas le droit de rater ce rendez-vous avec l’histoire. Ils se doivent d’être prêts pour continuer évidemment à offrir des programmes aux téléspectateurs. Les enjeux restent majeurs dans la mesure où les chaînes de télévisions n’ayant plus de fréquences, s’occuperont que de la diffusion. Avec la numérisation obligatoire, la chaîne de valeurs est cassée. La nouvelle infrastructure mise en place s’occupera du transport du signal, la diffusion et l’archivage. Les opérateurs concentreront leurs efforts désormais sur l’édition et la production. Pour Mamadou Baal, membre du Comité national de Pilotage de la Transition de l’Analogique vers le Numérique (Contan), l’heure est venue pour les télédiffuseurs de s’ouvrir aux producteurs externes pour valoriser leurs offres de contenus.

Soutenant la nécessité d’une mise sur pied d’une plateforme qui puisse amener les éditeurs à accepter de coexister avec les producteurs, l’ancien directeur de la télévision sénégalaise (Rts) souligne que « les éditeurs ne doivent pas être dans une situation où ils doivent faire tout et tout seul. Il faut s’attaquer à la chaîne de valeurs ».

« Faire en sorte que les opérateurs acceptent de se reposer plus sur les producteurs extérieurs qui en faisaient très peu. Tf1 ou Canal font appel à des sociétés privées. Canal n’a pas de cameras pour les matchs de football. Il fait appel à une société de production pour filmer les matchs en direct », a-t-il précisé.

Au-delà de la cassure des chaînes de valeurs, les opérateurs télévisions engageront la bataille des contenus pour espérer avoir le maximum de téléspectateurs et engranger des publicités. Si les promoteurs de télévisions n’auront pas de problèmes majeurs pour le transport du signal, la diffusion et l’archivage en respectant les cahiers de charges définis par l’autorité compétente, toujours est-il que la concurrence deviendra beaucoup plus rude.

« C’est évident que les contenus feront la différence. A partir de ce moment pour sortir la tête de l’eau, notamment bénéficier des publicités, il faut que les téléspectateurs vous regardent. Pour cela, il faut un programme de qualité », a fait savoir M. Baal.

L’Etat providence

Si le basculement interpelle les maisons de productions dans la chaîne de valeurs, il n’en demeure pas moins que l’Etat a une part à jouer. En plus de son rôle d’accompagnement du passage avec la subvention des décodeurs (Seto box), les autorités devraient inciter les privés à se lancer dans la production de qualité de masses, des programmes instructifs, pédagogiques ou éducatifs. Pour Mamadou Baal, « des contenus utiles qui reflètent ce qui les sénégalais voudraient voir. Le marché va se réguler de lui-même. Les meilleurs contenus seront regardés sur les meilleures télévisions. Les annonceurs sauront orienter leurs publicités ».

Le basculement vers le numérique a pour avantage aussi d’archiver tous les contenus télévisuels. La nouvelle infrastructure prendra en charge cette vieille question de l’archivage qui est « un rôle régalien ». Pour Baal, « l’Etat doit archiver les émissions pour que dans 50 ans on puisse retrouver les archives. Aucune chaîne de télévision ne l’acceptera de le faire parce que cela coûte des millions. L’Etat archive pour la postérité que les télévisions le veuillent ou pas. L’Etat ne vendra pas les archives ».

Ibrahima Baldé

(Source : Sud Quotidien, 30 mars 2015)

Post-Scriptum

Encadrer les contenus

L’encadrement des contenus médiatiques s’avère un exercice périlleux au regard des convergences technologiques et du basculement. Le Contan entend ainsi procéder à l’élaboration de critères et de conditions de création, d’exploitation et de diffusion de contenus audiovisuels et à la révision des cahiers des charges applicables aux éditeurs de programmes audiovisuels. Ce qui, selon l’ancien patron de la télévision nationale, permettra « aux chaînes de télévision de ne pas produire des émissions soft. Le cahier de charges sera établi pour la protection des téléspectateurs suivant les réalités socio-culturelles. Il est question aussi de mettre de l’ordre dans la maison ».

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