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Paiement mobile : encore des entraves à l’interopérabilité

jeudi 28 mars 2019

En 2018, l’interopérabilité a franchi un cap. Deux des plus gros opérateurs du continent, Orange et MTN, ont décidé de s’unir pour créer Mowali (pour Mobile Money Interoperability). Mais l’interopérabilité ne va pas encore de soi sur le continent.

La filiale commune aux deux géants que sont Orange et MTN sera installée à Abidjan. Les tests techniques sont en cours, et l’ouverture effective est prévue pour cette année. Une coentreprise créée alors que l’Afrique est en tête de course concernant l’usage des paiements digitaux via smartphone, puisqu’elle concentre les trois quarts des usagers de ce type de transactions. Ce qui représente aujourd’hui, selon Orange, 338 millions de clients.

« Mowali offre une promesse d’universalité, estime Patrick Roussel, directeur des services financiers mobiles chez Orange. Jusqu’à présent, on pouvait envoyer de l’argent et payer à condition que l’individu ou le site marchand soit client du même opérateur. Par exemple, un restaurateur à Dakar, pour accepter les paiements en mobile money de tous ses clients, devait ouvrir autant de comptes que d’opérateurs  : c’était plus facile de prendre du cash. L’usage était limité aux frontières des réseaux de télécoms. »

Réglementation rigide

À partir du moment où l’usager est connecté à Mowali, il peut payer et recevoir des fonds de tout autre utilisateur de la plateforme, où qu’il soit. Les banques font partie des acteurs financiers invités à rejoindre l’aventure. À côté des 150 opérateurs de mobile money, l’Afrique compte 650 banques, rappelle Patrick Roussel  : « Et, sauf à Madagascar et en Tanzanie, il n’y a pas d’interopérabilité entre les acteurs. Mowali offrira un service bank to wallet, il sera possible de transférer de l’argent vers et depuis ses comptes. »

En Afrique de l’Ouest, l’interopérabilité reste soumise à une réglementation parfois trop rigide, regrettent les acteurs du secteur. Si un opérateur veut lancer des services interopérables, il doit demander une autorisation à la banque centrale de son pays et faire figurer les infrastructures techniques qui vont être utilisées.

Pour le professeur Bitange Ndemo, ancien secrétaire permanent du ministère de l’Information et des Communications au Kenya, un pays à l’avant-garde de cette révolution, « les régulateurs ne devraient pas entraver l’innovation. On veut que les technologies soient plus accessibles pour être plus inclusives, les autorités doivent laisser de l’espace aux innovateurs ».

Stéphanie Wenger

(Source : Jeune Afrique, 28 mars 2019)

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