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Marketing politique : « C’est dangereux de couper les liens virtuels une fois l’objectif électoral atteint »

dimanche 10 février 2013

Le co-fondateur et manageur du portail sénégalais de veille technologique ITmag.sn analyse la présence des présidents de l’Afrique de l’Ouest sur les réseaux sociaux.

Dans la sous-région Afrique de l’Ouest, quels sont d’après vous les présidents les plus connectés ?

Mountaga Cissé : Sans doute le président nigérian Goodluck Jonathan est celui qui est le plus connecté parmi nos dirigeants. Il draine près de 850 000 fans sur Facebook. Il est suivi par le président ghanéen nouvellement élu John Dramani Mahama (136 000 fans). Ensuite, loin derrière, nous avons Macky Sall du Sénégal (près de 31 000 fans). Et enfin les autres qui ont une présence quasiment inexistante avec seulement quelques milliers de fans sur Facebook comme le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, Paul Biya du Cameroun, etc.

Le président Ouattara en Côte d’Ivoire n’utilise pas mieux le web et les réseaux sociaux ?

MC : Non pas du tout. Je remarque beaucoup d’interactions sur sa page Facebook, mais qui proviennent seulement des internautes ou disons des e-citoyens ivoiriens. On note des questions, suggestions et interpellations auxquelles M. Ouattara ou son staff online ne semblent pas réagir, ce qui à mon sens est à éviter. On constate de même que le président Ouattara a arrêté de répondre aux questions des internautes sur son site web personnel adosolutions.ci, une fois qu’il a accédé à la magistrature suprême.

Qu’est-ce qui explique cela et d’après vous, est-ce un danger ?

MC : Oui justement, c’est dangereux de couper les liens virtuels une fois l’objectif électoral atteint. C’est une erreur commise aussi par certains politiciens occidentaux. Il est tolérable de baisser le rythme de sa présence online, mais de là à se déconnecter complètement, c’est grave.

Comment appréciez-vous la présence du président Macky Sall sur les réseaux sociaux ?

MC : Cette présence suit une logique normale. Le président Macky Sall disposait d’un bon staff de communicants lors de la dernière campagne présidentielle et je pense que ces derniers ont bien pris en compte les réseaux sociaux dans leurs stratégies. La présence du président Sall sur Internet en général est une continuité, ce qui est une bonne chose.

Avec des messages comme « suite au rappel à DIEU du Khalife général des Tidianes, Mouhamadou Mansour Sy, je présente mes condoléances à la famille du défunt, à tout le Sénégal et à la Umah » sur Facebook, pensez-vous que c’est le président lui-même qui gère ses comptes sur les réseaux sociaux ou alors dispose-t-il des community managers qui s’en occupent ?

MC : Je ne pense pas que le président gère lui-même ses comptes sur les réseaux sociaux. Et c’est d’ailleurs le cas chez la plupart des personnalités publiques ou politiques. Ils délèguent cette tâche à des community managers. Il peut arriver quand même que le président publie lui-même certains messages sur Facebook. Je donne l’exemple de président Obama, il ajoute toujours ses initiales « bo » à la fin de chaque message qu’il poste lui-même pour signaler que cette fois-ci il est le vrai auteur en lieu et place de ses community managers. Pour le cas de Macky Sall, cette distinction n’est pas précisée, ce qui laisse à penser que c’est toujours son staff qui publie sur les réseaux sociaux.

La présence du président sur les réseaux sociaux a-t-il entraîné un effet de suivi de la part des autres cadres de l’administration sénégalaise ?

MC : Non malheureusement, cet effet de suivi n’a pas été constaté. Je dirai que les cadres de l’administration sénégalaise sont pour le moment absents sur les réseaux sociaux. Si certains d’entre eux y sont, c’est seulement dans un cadre purement personnel ou privé. En revanche, on note une timide présence mais évolutive de quelques structures parapubliques.

Comme aux Etats-Unis, les réseaux sociaux et le web ont-ils participé à l’élection de Macky Sall à la tête du pays ?

MC : Les réseaux sociaux et le web ont juste été des leviers de diffusion et de partage de l’information. Au Sénégal, seulement 10% de la population est connectée. Je pense que l’Internet a marqué son entrée dans le processus électoral sénégalais, mais il faudra attendre les prochaines élections présidentielles pour véritablement lui faire peser de son poids.

En général, comment évaluez-vous l’implication du président Macky Sall dans la promotion des TIC et des Télécoms au Sénégal ?

MC : Nous attendons encore que des actes concrets soient posés. Le département ministériel qui gère les TIC et les Télécoms au Sénégal fait partie des plus instables dans les différents gouvernants formés depuis 2000. Beaucoup de projets sur l’économie numérique sont encore dans les tiroirs et je pense qu’il est vraiment temps de les mettre dans les circuits d’exécution avant que la technologie ne nous dépasse…

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum pour le magazine Réseau Télécom n° 59

(Source : Agence Ecofin, 10 février 2013)

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