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MVNO : Et si le Sénégal s’était trompé de modèle ?

mercredi 31 août 2022

Officiellement sélectionnés en juin 2017, à l’issue d’un appel d’offre, les Opérateurs Mobiles Virtuels – du moins ceux qui y sont arrivés-, ont mis du temps pour se connecter au réseau. Un seul semble avoir, pour le moment, enjambé la fameuse vallée de la mort. Il s’appelle Sirius Télécom. Les deux autres, Origines SA et You Mobile se sont montrés plus que virtuels : aucun signal depuis. Ni démarrage, ni retrait des licences, en dépit de ce que disent les cahiers des charges. A côté des business models pratiqués, désormais, le modèle de MVNO choisi par Dakar interroge et divise connaisseurs et régulateur.

Ce jour de juin 2017, les télécommunications sénégalaises étaient visiblement promises à un beau lendemain. Les consommateurs s’attendaient à l’arrivée de nouveaux acteurs pour permettre, « non seulement d’accroitre la contribution du secteur des communications électroniques au PIB », mais aussi « booster la concurrence au sein du marché des services de communications électroniques », comme le précise plus tard, l’ARTP. 5 ans plus tard, seul Promobile, amené par l’homme d’affaire Mbackiou Faye, a pu se connecter au réseau de Sonatel, et après un premier démarrage raté avec Free au Sénégal. Depuis lors, la situation est en l’état. Les deux MVNO n’ont plus donné de nouvelles, à notre connaissance. Les autorités habilitées, non plus, n’ont annoncé avoir retiré leur licence ou rappelé les autres candidats recalés, à l’issue de l’appel d’offre.

Un modèle peu adapté pour le Sénégal

Directeur de la régulation technique et économique du groupe Airtel Africa, Ousseynou Ndiaye défend la thèse d’une inadaptation du modèle choisi par Dakar. Pour cet expert de la question, grand observateur de l’écosystème, « les MVNO ont été jetés dans la gueule du loup, en leur demandant de négocier ». Selon lui, « le cadre devait d’abord venir, avec des conditions et des critères et des opérateurs disposant d’une offre publique d’hébergement des MNVO, assortie de tarifs orientés vers les coûts ». Dans sa logique, « il y a eu des manquements au départ », puisque, estime-t-il, « les opérateurs ne voulant pas qu’il y ait de la concurrence, allaient évidemment mettre des barrières à l’entrée avec des conditions très difficiles ». Analyse que réfute Amadou Manel Fall, ex-Coordonnateur du FDSUT persuadé que « l’État ne s’est pas trompé » sur cette affaire.

Un business model tout aussi décalé

« Beaucoup de MVNO se sont pris pour des MNO », explique-t-il, disculpant complètement l’État « qui a donné toutes les garanties d’un exercice plein et entier de cette activité-là ». De son côté, un autre spécialiste des télécommunications rappelle que nous sommes en présence d’un « secteur sensible et complexe qui ne peut souffrir ni de tâtonnement, ni d’improvisation, ni d’affairisme », même s’il ne donne pas, non plus raison au régulateur. « D’abord, il n’y a pas de licence à vendre à un MVNO dans la mesure où l’État ne lui cède aucune ressource rare (ni bande de fréquences, ni séries de numéros, ni positions orbitales, ni rien …), toutes les ressources, si nécessaires, étant cédées aux MNO », alerte cet ancien haut cadre du secteur, en concluant que « les sommes payées à l’Etat sont indues ».

L’arrivé de Free sur le marché a changé la donne

Pour un autre observateur, spécialiste en régulation, le modèle économique proposé est loin d’être le problème. Ce serait plutôt l’arrivée de Free, avec des offres commerciales ayant impacté l’ensemble du business des télécoms, qui explique les soucis des MVNO. « À mon avis, il y avait de la place sur le marché. Les conditions d’entrée n’étaient pas mauvaises, mais le facteur imprévu a fortement perturbé, par la suite, le marché : la vente de Tigo et le lancement des activités de Free. La conséquence majeure était un changement majeur de l’environnement pour les MVNO et la forte baisse de la valeur du marché. A partir de ce moment », estime-t-il, « les business plans originels étaient obsolètes », puisqu’il « fallait profondément tout modifier pour se lancer ». Ce qu’appuie Babacar Niang, haut cadre à Iplook Technologies, persuadé qu’avec « un bon modèle, on peut même avoir 5 MVNO au Sénégal ».

Quelles issues pour le secteur ?

Si les difficultés sont visibles, Promobile semble faire bonne figure. A la question de savoir s’il s’en sort, le Directeur général répond que « ça commence à marcher », convaincu que « le MVNO, c’est quelque chose qu’on apprend » et que “c’est dans la pratique qu’on découvre certains aspects ». Si Ousseynou Ndiaye préconise des sanctions, un autre connaisseur des télécoms pense qu’on « devrait plutôt leur rendre l’argent qu’ils ont dépensé pour acheter des licences qui ne leur offraient aucune contre-valeur », non sans partager deux leçons à tirer de cette expérience sénégalaise. D’une part, « lorsqu’on ne dispose pas d’un réseau commercial de large couverture distribuant déjà d’autres produits et services supportant une bonne partie des coûts, se faire MVNO devient très vite une opération risquée » et d’autre part, “les tarifs de gros offerts par le MNO au MVNO doivent, au préalable, être l’objet d’un calcul extrêmement précis, service par service, excluant toute contribution des coûts des activités commerciales non éligibles du MNO. C’est en reventilant ses propres coûts marginaux à ces services que le MVNO doit déterminer sa compétitivité, donc sa viabilité ». Le Directeur de la régulation technique et économique du groupe Airtel Africa appelle, lui, l’ARTP, à « prendre langue avec Promobile » pour s’enquérir d’éventuels obstacles tout en revisitant le cadre réglementaire ».

Le modèle de MVNO se justifiait pourtant

Du côté de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes, l’on soutient que « le modèle de MVNO avait obéi à la réglementation » (…) en vigueur au moment de leur sélection, à savoir la loi de 2011 portant Code des Télécommunications ». C’est « en vertu de ce texte », poursuit le régulateur, « que les MVNO étaient soumis au régime de la licence qui appelait de la part de l’État, le recours à un appel à concurrence ». Questionnée sur la garantie d’une concurrence possible avec les MNO, l’ARTP souligne qu’il « s’agit moins de problèmes de textes que d’évolution progressive », puisque, d’après le gendarme des télécoms, « pour qu’un MVNO atteigne une vitesse de croisière, il faut un temps qui permet à ce dernier de se faire connaître, de proposer des offres qui attirent les consommateurs avec des tarifs soutenables qui lui permettent bien entendu d’être rentable si on se réfère à ses coûts ».

Les MVNO disposent bien de ressources attribuées par l’État

Réagissant à la question soulevée sur l’absence de « licences à vendre à un MVNO », l’ARTP précise que les Opérateurs Mobiles Virtuels « sont attributaires de numéros avec leurs propres préfixes », même si l’institution, au sujet de la licence, dit être « entièrement » en phase. « C’est d’ailleurs, la raison pour laquelle, aujourd’hui, les MVNO ne sont plus soumis au régime de la licence, mais plutôt à celui de l’autorisation où ce dernier discute avec son opérateur hôte (MNO) avant de solliciter une autorisation », relève l’ARTP.

Le débat sur la viabilité des MVNO est prématuré

Seulement, l’Autorité de régulation estime que le débat sur la viabilité des Opérateurs Mobiles Virtuels peut attendre. « Il est prématuré de parler de viabilité des MVNO en ce sens qu’ils sont encore très jeunes et que la connaissance progressive du marché devra leur permettre progressivement de réorienter leur stratégie et atteindre la croissance voulue », analyse le régulateur qui se dit conscient que « lesdits MVNO doivent disposer d’une comptabilité analytique qui leur permet de maîtriser leurs coûts et par ricochet, les tarifs raisonnables à appliquer » afin de « concurrencer les opérateurs globaux présents sur le marché ».

(Source : Le Techobservateur, 31 aout 2022)

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